SOUS LE VERNIS, LA BARBARIE
Par Ginette Lewis
Il n'y avait pas que les paysages qui étaient surréalistes, il y avait dans cette crise (et c'est en partie pourquoi on appela ça une crise) des situations qui cristallisaient les injustices alors qu'en d'autres temps cela se saupoudrait, se répandait sans trop paraître.
Il y eut d'abord les grandes compagnies si respectables que le président de la FTQ a dû les dénoncer car elles refusaient de payer leurs employé-e-s après qu'elles-mêmes eurent fermer leurs usines. Ces chères grandes compagnies québécoises et si technologiquement performantes en aéronautique accusaient un retard de livraison c'est pourquoi elles devaient faire pression sur leur personnel. Et j'ai nommé Bombardier et Pratt et Whitney. Deux géants québécois qui se foutaient du verglas. Et dire que je trouvais bizarre l'annonce de la mise en place d'une ligne téléphonique d'urgence au Ministère du travail pour dénoncer les écarts de conduite des patrons trop voraces. Faut croire que je suis encore trop naïve sur la perfidie de la bourgeoisie.
La FTQ a aussi profiter de la situation pour s'associer avec l'organisation des travailleurs autonomes pour demander un dédommagement de ces gens. Actuellement le ministre Landry a seulement annoncé des facilités d'emprunt pour cette nouvelle catégorie de travailleurs et travailleuses. Ca sent la syndicalisation, un peu comme la CSN avec les avocats. Et que dire des annonces de remerciement du SCFP (Syndicat canadien de la fonction publique où sont syndiqué-e-s les membres de l'Hydro-Québec) dans le Devoir du week-end! Comme quoi la crise peu aussi servir les syndicats.
Mais le vernis syndical de monsieur Godbout et de la FTQ a été un peu écorché quand les membres du Fonds de solidarité ont rendu publique les pressions de leur employeur pour reprendre le temps perdu dans la tempête de verglas.
Autre géant technologique du Québec qui s'est fait très discret durant la crise et pour cause, il empochait à pleine main: c'est la compagnie Bell. Quand les médias lui ont reproché sa pingrerie, elle a riposté en disant permettre les appels interurbains gratuitement dans les centres d'hébergement. Aucun allègrement pour les consommateurs et consommatrices dont le seul instrument pour contrer leur impuissance et combler les distances étaient le téléphone. Mais quand arrivent dans ses plates-bandes les grosses compagnies concurrentes comme AT&T et Sprint, en moins de 24 heures une riposte fulgurante et une baisse à .10 $ la minute le soir et les fins de semaine. Comme quoi ce qui compte c'est le marché, pas les hommes et les femmes qui utilisent le service dans les cas d'urgence.
Oui en l'espace d'une crise sociale, on a vu les vraies couleurs de la grande bourgeoisie; et qu'elle soit québécoise ou internationale, ne change en rien sa voracité. Par chance que la solidarité s'est faite ailleurs.
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