Élections régionales en France
Des listes radicalement à gauche
par Christian Picquet
Dans la bataille des régionales, la LCR s'est efforcée de parvenir à la présentation de listes de gauche indépendantes de la politique gouvernementale. Premier bilan et premier tour de France.
Avec une âpreté qui ira croissante, la bataille des régionales s'est maintenant engagée. À n'en pas douter, elle se soldera par un remodèlement substantiel de la carte politique de l'Hexagone. À une droite déconfite, qui n'a plus pour projet que de demeurer à la tête des régions par elle conquises en 1992, s'oppose une gauche "plurielle" dont l'union sur des listes communes dans la plupart des départements dit à quel point ses différentes composantes veulent faire du scrutin un acte de soutien à la politique du gouvernement de Lionel Jospin. Face à ces 2 blocs, qui paraissent communier dans le culte de Maastricht et des contraintes du Pacte de stabilité budgétaire, le Front national tente de s'imposer comme l'alternative radicale et il risque d'engranger à nouveau les dividendes des dévastations sociales du libéralisme.
C'est la raison pour laquelle nous avons voulu faire apparaître le plus grand nombre possible de listes indépendantes de la politique gouvernementale. Nous nous sommes, en ce sens, adressés à toutes les forces de gauche, leur proposant la constitution de larges rassemblements sur la base de quelques points clés, reprenant ce que seraient de véritables choix de gauche : une loi des 35 heures qui, à la différence de l'actuel texte de Martine Aubry, n'ouvrirait pas la voie à une flexibilité accrue du travail ; la défense des services publics contre les processus de privatisation à l'oeuvre ; l'abrogation de toute législation discriminatoire envers les immigrés et la régularisation de tous les sans-papiers ; l'exigence de la non-ratification, par la majorité des députés élus en juin dernier, du traité d'Amsterdam. L'ensemble de ces axes devant, naturellement, s'articuler à une série d'objectifs traduisant ce que devrait être une politique de rupture avec le libéralisme, dans des assemblées régionales dont la majorité basculerait à gauche.
De contacts exploratoires en négociations de plates-formes, nous sommes ainsi parvenus à conclure des accords unitaires dans un nombre non négligeable de départements. Les plus notables, parce qu'inédits jusqu'à ce jour, concernent les Verts, voire d'autres composantes locales de la "majorité plurielle". La Ligue se retrouve ainsi sur la liste conduite par Marie-Christine Blandin qui, dans le Nord, bénéficie d'une très large sympathie à gauche, face aux prétentions hégémoniques des caciques socialistes regroupés derrière Michel Delebarre. Elle fera également, en alliance avec diverses formations locales, liste commune avec la fédération des Verts dans les Bouches-du-Rhône où aucun accord de toute la gauche ne se sera révélé possible pour barrer la route du conseil régional à Le Pen et Mégret. Elle se retrouvera, dans le cadre de la même démarche, alliée aux Verts et au Mouvement des citoyens dans le Lot-et-Garonne, sans parler des discussions qui peuvent encore, à l'heure où ces lignes sont écrites, se poursuivre ici ou là.
Plus "classiques" apparaîtront les accords noués avec les différentes composantes de la "gauche alternative". En région parisienne par exemple, des listes rassemblant des organisations nationales LCR, AREV et courants issus de la CAP ou des forces présentes sur certains départements SELS, Rassembler à gauche... seront présentes à Paris, en Seine-Saint-Denis et dans l'Essonne. Tenant compte des réalités locales et incluant largement des militants issus du mouvement social ou des personnalités fort connues sur le terrain, des listes de rassemblement se présentent également dans l'Eure, en Loire-Atlantique, dans le Finistère et dans le Rhône. Faute de partenaires, la Ligue partira enfin sous ses propres couleurs dans le Val-de-Marne, la Gironde, le Puy-de-Dôme, la Côte d'Or, l'Ille-et-Vilaine, les Pyrénées-Orientales, la Haute-Garonne, la Seine-Maritime, la Meurthe-et-Moselle, l'Orne, la Haute-Vienne, la Creuse. Dans ces départements, elle s'est efforcée d'ouvrir largement ses listes à des militants qui partagent ses objectifs sans nécessairement adhérer à l'ensemble de ses positions.
Au total, cela donnera une présence sur plus de 20 départements, couvrant 12 régions, présence à laquelle il convient d'ajouter des candidatures, présentées ou soutenues, dans plusieurs dizaines de cantons. L'occasion d'émettre un vote clairement antidroite tout en se situant radicalement à gauche.
{Source : Rouge, hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la Quatrième Internationale, 12 février 1998}
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