Débat

Oui, construire une grande coalition pour le droit à l’autodétermination…

Par Bernard Rioux
20 février 1998

Ce n’est pas sans un grand malaise que j’ai lu la contribution « La grande, grande coalition : pour ou contre le droit à l’autodétermination?» publiée sur le site de La Gauche le 15 février dernier. Le texte faisait la preuve que des vérités trop abstraites contiennent beaucoup de faussetés et rendent le propos impertinent à la situation. C’est ce que je voudrais montrer dans cette contribution.

On peut certes parler de grande coalition, comme Lucien Bouchard parle de consensus, mais il ne faut pas confondre ce consensus avec toutes les fractures qu’il renferme avec un coalition concrète qu’est le groupe Pro-démocratie, qu’il faut évaluer à partir de sa plate-forme et de son action concrète… Il ne faut pas oublier que ni Daniel Johnson, ni Claude Ryan ni Mario Dumont qu’on dit faire partie du consensus n’ont voulu joindre Pro-démocratie . Malheureusement le texte n’est pas clair à cette égard.

Parler de l’indignation générale qui s’est dégagée au Québec face au geste anti-démocratique du gouvernement fédéral comme « de grandes retrouvailles de la nation » ce n’est pas apprécier à sa juste valeur les sentiments démocratiques de la population du Québec. Le lancement de Pro-Démocratie dans ce contexte doit être décrite comme une initiative nécessaire dans l’affirmation du droit à l’autodétermination du Québec. Rien de moins.

Le NPD et le Parti conservateur du Canada ont soutenu la motion du Bloc québécois sur le droit du Québec à l’autodétermination présentée à la Chambre des Communes. Pourquoi minimiser le sens de la prise de position du NPD sur le droit à l’autodétermination du Québec?…Pourquoi souligner sa proximité de leur position avec celle de Stéphane Dion? Cette approche est politiquement désastreuse. Ne vaudrait-il pas mieux appeler le NPD à être conséquent sur cette position et à faire prendre cette même position par l’ensemble des structures du parti à l’échelle de tout le Canada.

Non seulement, il ne faut pas identifier la prise de position du NPD à celle de Stéphane Dion, mais il faut distinguer clairement les raisons de cette prise de position de celles des Conservateurs de Jean Charest. .La position du Parti conservateur est purement électoraliste et manoeuvrière… Elle constitue un renoncement au Canada-anglais dont la base conservatrice met en cause le leadership de Charest …et elle laisse à Charest une porte ouverte à sa candidature à la tête du PLQ…Il n’en reste pas moins qu’il faut demander au Parti conservateur… d’être conséquent avec sa prise de position et de la défendre, là où c’est le plus essentiel.

Identifier le PLC et le PQ comme des frères-ennemis est dangereux et inapproprié. Oui, il et vrai que la politique néolibérale du gouvernement péquiste nuit à la lutte pour le droit à l’autodétermination , particulièrement au Canada-anglais.. Mais parler ici de frères ennemis, c’est user de la même logique que le Parti communiste allemand à la fin des années 20 qui dénonçait la social-démocratie allemande comme le le frère jumeau du fascisme… A un haut niveau d’abstraction, il était en effet vrai que ces deux partis s’opposaient à une lutte radicale contre le capitalisme…Mais politiquement, un tel raisonnement était dangereux, car quel était le danger immédiat… sinon la victoire du nazisme? Quelle était la tâche de l’heure sinon un front unique des forces sociales s’opposant à la victoire du national-socialisme? Aujourd’hui, quel est le danger immédiat, sinon le renforcement de la négation du droit à l’autodétermination et la construction d’un soutien à cette position anti-démocratique dans des secteurs majoritaires de la population au Canada-anglais . On sait bien que cette situation préparerait d’autres rapetissements des droits démocratiques qui toucheraient alors les forces ouvrières et populaires.…

La volonté de faire de PLC et du PQ des frères ennemis conduit l’auteur à écrire : « Cette stratégie de l’affrontement permet tant au PQ, qu’aux Libéraux au Canada de prolonger leur sainte jouissance du pouvoir pendant que le peuple ne sait trop à quel saint se vouer tout en passant à la caisse. » Malgré sa petite part de vérité, le texte ne masque-t-il pas la différence fondamentale du rôle joué par le gouvernement fédéral, celui d’un gouvernement oppresseur et celui joué par la direction du mouvement national de la nation opprimée, quelque soit les critiques qui doivent lui être apportées. De plus, parler de stratégie de l’affrontement pour parler de la politique péquiste, c’est vraiment passer à côté de l’essentiel. Ce n’est pas une stratégie d’affrontement qu’a mené le PQ, mais une stratégie de la conciliation , d’accommodement et de tergiversation sur toute la ligne. Il a fallu ce recours à la Cour suprême et l’approche des élections pour obliger le gouvernement péquiste à bouger. Mais nous ne devons hésiter à soutenir tous les gestes qu’il posera si ces derniers sont une riposte à une tentative de renforcement de l’oppression nationale … Il y a quand plus de 70% de la population du Québec qui rejette ce recours à la Cour suprême et qui soutienne le droit du Québec à déterminer son propre sort. C’est d’abord cette volonté populaire qui donne de l’échine au gouvernement péquiste.

L’initiative de Pro-démocratie et l’action du PQ pour la défense du droit à l’autodétermination, malgré toutes les différences stratégiques qu’il faut savoir exprimer clairement , doivent être soutenues. … C’est pourquoi quand le groupe Pro-démocratie écrit dans sa campagne publicitaire… « : La cause est entendue : le peuple québécois à le droit de disposer librement et démocratique de son avenir. Le gouvernement fédéral, par le biais de la Cour suprême, est dangereusement déterminé à nous convaincre du contraire. Pas question! Notre liberté de choix, nos droits démocratiques, ni rien, ni personne ne peut nous les enlever… » nous soutenons ce discours et nous appelons à la mobilisation populaire autour de cette perspective non seulement au Québec mais également au Canada-anglais… Voilà la tâche de l’heure…

Nos critiques

Nos critiques doivent chercher à tracer des perspectives d’une mobilisation massive pour ce droit… dans une perspective de l’élargissement des droits démocratiques de l’ensemble de la population dans l’État canadien et particulièrement des autres nations opprimées.

Dans une contribution du groupe Pro-démocratie publiée dans Le Devoir, « NON à la Cour suprême , le droit de choisir notre avenir collectif se plaide devant le peuple québécois », quatre dirigeant-e-s (Pierre Paquette, Jean-Claude Rivest, Monique Vézina et André Tremblay) définissent ce qui est le plate-forme commune comme leur « inquiétude devant la menace qui plane sur l’intégrité et la mission de nos institutions politiques démocratiques, canadiennes et québécoises! ». En fait, il y a une confusion entre la défense des droits démocratiques et le caractère prétendue démocratique de l’État canadien. En fait, la constitution canadienne ne reconnaît pas l’existence de la nation québécoise, ni son droit à l’autodétermination. C’est ce que veut confirmer le recours en Cour suprême. Les partis fédéralistes ont-ils vraiment accepté de jouer les règles du jeu fixées par la Loi sur les consultations populaires comme le prétendent les auteurs. Il faut avoir la mémoire courte pour l’affirmer.

Une coalition pour la défense des droits démocratiques, pour la défense du droit à l’autodétermination n’a pas à se porter à la défense du caractère démocratique des institutions canadiennes. En fait, le comportement démocratique des politiciens fédéralistes n’a été affaire que de conjoncture et de stratégie. Pour autant qu’on croyait pouvoir gagner sans péril un référendum sur la souveraineté, ces politiciens se sont prêtés au jeu… sans être toujours des joueurs honnêtes d’ailleurs. Maintenant, face à l’ombre d’une défaite possible, on veut changer les règles du jeu. C’est de là qu’il faut partir. Et pour partir de là, il faut compter sur les sentiments démocratiques de l’ensemble de la population canadienne et construire un appui au droit à l’autodétermination sur cette base. Pour cela, il faut d’abord compter sur l’ensemble des forces vives et progressistes du Canada-anglais. Que les organisations syndicales québécoises fassent preuve d’un peu d’autonomie que diable et qu’elles organisent, en demandant l’appui du CTC, une tournée des organisations syndicales au Canada-anglais. Que l’ensemble des mouvements sociaux au Québec, prennent des initiatives similaires.

Pour que ces démarches puissent avoir des chances de réussir, il faut que toutes les forces qui luttent pour le droit à l’autodétermination soient clairement pour le droit à l’autodétermination des nations autochtones au Québec et au Canada. Si le mouvement national au Québec refuse d’être pleinement démocratique, il ne saura construire l’appui dont il a besoin dans la lutte actuelle.

La bataille qui s’annonce ne doit pas être réduite à des manœuvres préélectorales, ce combat démocratique est trop important pour cela.

 

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