Dossier : L'Accord multilatéral sur l'investissement

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Résistances à l’AMI en France

par Pierre Rousset

L'opposition à l'AMI est longtemps restée confinée à des cercles avertis. Celui des réseaux d'ONG traditionnellement mobilisés sur la question de la mondialisation, en Amérique du Nord d'abord puis en Europe - et qui ont été à l'origine, en France, d'une première « conférence d'alerte » réunie dans les locaux de l'Assemblée nationale. Celui des artistes et auteurs, engagés depuis l'Uruguay Round du GATT dans le combat pour défendre l'« exception culturelle » - et qui ont été à l'origine de la réunion de l'Odéon du 16 février. Encore une fois, comme lors de la constitution de l'OMC, loin d'informer sur des négociations en cours depuis près de trois ans et sur leurs enjeux vitaux, les grands médias ont contribué à préserver la loi du silence, du moins jusqu'à ce que le scandale politique ne commence à éclater.

Une fois la question politique publiquement posée, les résistances se sont très rapidement affirmées, coordonnées. Le meeting de la Bourse du travail, le 17 février à Paris, en témoigne. Il a réuni, malgré des délais de préparation très courts, quelque 800 personnes et un large éventail d'organisations. Sont ainsi intervenus François Chesnay et Agnès Bertrand pour l'Observatoire de la mondialisation (à l'initiative de la réunion), Bernard Cassen du Monde diplomatique, Jean-Pierre Page (CGT confédérale), Gérard Gourguechon (US-Groupe des Dix) et François Dufour (Confédération paysanne), Claire Villiers et les organisations de chômeurs, Jack Ralite (Etats généraux de la culture) et Yves Cochet (vice-président de l'Assemblée nationale), Jordi Ribo (Commissions ouvrières de Catalogne) et Jean-Claude Amara (Droits Devant !), un représentant des sans-papiers et du mouvement associatif africain, Liêm Hoang-Ngoc (Appel des économistes contre la pensée unique), etc.

Le succès de ce meeting montre que les multiples campagnes unitaires menées ces dernières années (en défense des services publics ou des sans-papiers, contre le chômage et les exclusions, mais aussi face au G7 lyonnais de juin 1996) ont créé des traditions de travail en commun et une perception globale de l'offensive libérale qui permettent, aujourd'hui, de réagir immédiatement à l'annonce d'une nouvelle échéance.

A la Bourse du travail, les intervenant(e)s et la salle se sont entendus sur trois points essentiels : dénoncer la politique du secret qui entoure les négociations, exiger que la France se retire de cet accord et que le gouvernement ne se contente pas de l'amender à la marge, appeler la société civile à se mobiliser contre l'AMI. Pour sa part, Droits Devant ! organisait dès le 18 février au matin une manifestation devant l'OCDE, au moment où cette organisme devait tenir une conférence de presse.

L'OCDE n'est évidemment pas seule en cause. Ainsi, du 18 au 25 février, de nombreux courants et mouvements sociaux (dont les zapatistes, la centrale sandiniste des travailleurs, le mouvement nigérian pour la survie du peuple ogoni, le réseau des femmes indigènes d'Amérique du Nord...) réunissent la première conférence internationale de l'Action mondiale des peuples contre l'OMC et sa politique libérale.

 

- Observatoire de la mondialisation, 40, rue de Malte, 75011 Paris. Tél. : 01 43 38 38 17. Fax : 01 43 38 37 88. E-mail : ecoropa@magic.fr

- Action mondiale des peuples, Genève, Suisse. Tél. : 00 4122 733 40 83. E-mail : red-red@span.ch. Web : http://www.agp.org

{Source : Rouge, hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la Quatrième Internationale, 19 février 1998}

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