Golfe

Un scénario de l'anéantissement

par Jean-Louis Michel

Très différent par le dispositif mis en oeuvre du scénario de 1991, les généraux du Pentagone visent probablement cette fois à abattre Saddam Hussein, quel qu'en soit le coût humain pour les populations civiles. La presse est conviée au « spectacle ». La Croix-Rouge est mobilisée en vue d'un massacre prémédité. Mais au Pentagone, l'on parle de « petite guerre » se gardant bien d'évoquer cette fois des « frappes chirurgicales » pour qualifier la « boucherie » planifiée. Craignant pourtant l'échec, les généraux US laissent entendre de surcroît que s'ils ne parvenaient pas à leurs fins, ils recommenceront un peu plus tard.

Tout devrait débuter la nuit, comme en 1991, avec l'envol de plusieurs centaines de missiles de croisière Tomahawk, tirés à des centaines de kilomètres par les bâtiments de la flotte croisant dans le Golfe, voire en Méditerranée. Les bombardiers lourds B-52 prendraient immédiatement le relais larguant le même type d'armes. Puis ce serait au tour des bombardiers furtifs F-117 d'entrer en action juste avant que n'interviennent quelque 300 appareils regroupés sur trois porte-avions (deux américains, un britannique) ainsi que sur les bases du Koweït et de Bahreïn. Un tel déploiement, cadencé à la minute près, constituerait probablement le bombardement le plus meurtrier de l'histoire humaine. Le nom de code de cette guerre ignoble, « Tonnerre du désert », correspond hélas à une réalité.

Les missiles de croisière d'aujourd'hui ont gagné en précision grâce au guidage par satellite... Les « bunker buster », des bombes de deux tonnes, censées percer le béton des QG irakiens sur une profondeur de plus de trois mètres seraient utilisées pour la première fois. Enfin, les brutes galonnées veulent tester un autre système d'armes, les trop fameux « Joint Stand-Off Weapon » (JSOW), des bombes dirigeables de 500 kilos, pouvant être larguées à plus de 100 km de leur cible par les F-18, avec une précision au guidage par satellite de l'ordre du mètre. Leur coût est évalué à un million de francs pièce. Une débauche jamais égalée de technologie qui prépare un véritable anéantissement, un authentique crime contre l'humanité.

 

{Source : Rouge, hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la Quatrième Internationale, 19 février 1998}

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