Il y a 150 ans paraissait le Manifeste du Parti communiste

Editorial des bulletins d'entreprises de la tendance Révolution ! du 16 février 1998.

Prolétaires de tous les pays, unissons-nous!

C'est ainsi que Marx et Engels concluaient le Manifeste du Parti communiste il y a cent cinquante ans, le 23 février, à la veille de l'insurrection de 1848. Ce mot d'ordre ainsi que les analyses qu'ils proposaient sont toujours d'une brûlante actualité.

Crise de surproduction. Ainsi à propos des crises de surproduction : « Chaque crise détruit régulièrement non seulement une masse de produits déjà créés, mais encore une grande partie des forces productives elles-mêmes. Une épidémie qui, à toute autre époque eût semblé un paradoxe s'abat sur la société, l'épidémie de la surproduction. »

Il y a surproduction non parce qu'il n'y a plus de besoins à satisfaire mais parce qu'à force de peser sur les salaires et de faire baisser les coûts de production pour rester concurrentiels, il n'y a plus personne pour acheter les biens produits. « Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein. »

« Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D'une part, par la destruction forcée d'une masse de forces productives ; d'autre part, par la conquête de nouveaux marchés et l'exploitation plus parfaite des anciens. »

L'exemple du Sud-Est Asiatique s'effondre. Quelques mois avant que n'éclate la crise qui a touché la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie et les Philippines, ces « quatre tigres » étaient cités en exemple par le Fonds monétaire international (FMI) pour leur ouverture au marché mondial, leur faible taux d'inflation et leur croissance élevée. Ils étaient cités en exemple pour démontrer qu'en appliquant les mesures du FMI comme les privatisations, la flexibilité du « marché » du travail, la libéralisation des mouvements de capitaux, il était possible pour un pays pauvre de s'en sortir. Finalement le FMI a dû mettre 50 milliards de dollars pour tenter de solder la crise asiatique et éviter qu'elle ne provoque un krach mondial.

Le modèle allemand battu en brèche. Pendant vingt ans les gouvernements français ont couru après ceux d'outre-Rhin pour mettre en place le fameux modèle allemand : taux d'inflation très faible, budget en équilibre, relations sociales paisibles. Mais presque dix ans après la « réunification » ce sont les 50 000 chômeurs allemands qui, suivant l'exemple français, manifestent devant les Assedic et montrent le coût de l'austérité : 12,6 % de chômeurs dans l'ensemble du pays et 20 % à l'Est ; 7 à 8 millions en chiffres réels.

Travail des enfants en Grande-Bretagne. L'économie britannique est présentée par certains comme florissante avec ses 6 % de chômeurs. Mais personne ne parle des conséquences de la mise en coupe réglée des travailleurs par Mme Thatcher et de la réapparition à une échelle de masse du travail des enfants. Car le prix à payer de la dérégulation à tous crins qu'a vécue la Grande-Bretagne ce sont des salaires qui ne permettent même plus de survivre et qui contraignent les enfants à travailler pour survivre à l'aube du xxie siècle, dans un des pays les plus riches de la planète ! Comment ne pas s'indigner comme Marx et Engels lorsqu'ils écrivaient il y a cent cinquante ans : « la grande industrie détruit tout lien de famille pour le prolétaire et transforme les enfants en simples objets de commerce, en simples instruments de travail ».

Les solutions sont toujours les mêmes qu'il y a cent cinquante ans. Sous le capitalisme, pour résoudre une crise, il faut des licenciements de masse, une exploitation accrue pour ceux qui travaillent, la conquête de nouveaux marchés. C'est toujours la même barbarie.

Réquisitionner les richesses ! Contrairement à ceux qui voudraient célébrer le Manifeste comme ils ont embaumé leur idole, qui acceptent les lois scélérates anti-immigrés, qui demandent aux chômeurs de rentrer chez eux pour accepter la loi Aubry, nous faisons nôtre ce mot d'ordre du Manifeste : « Les communistes appuient partout tout mouvement révolutionnaire contre l'ordre des choses social et politique existant. Dans tous ces mouvements, ils mettent en avant la question de la propriété. »

Pour répondre aux exigences de cette fin de siècle, il faut réquisitionner les logements vides avec les mal logés, les entreprises qui licencient en faisant des bénéfices, diminuer le temps de travail en garantissant les salaires jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul chômeur.

Nous faisons nôtre cette conclusion du Manifeste : « Que les classes régnantes tremblent à l'idée d'une révolution communiste. Les prolétaires n'ont rien à y perdre, hors leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner. Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! »

{Source : Rouge, hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la Quatrième Internationale, 19 février 1998}

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