France
Quand le 8 mars s'invite le 7

Une interview de Maya Surduts

C'est d'abord en participant aux manifestations du 7 que les femmes célébreront, cette année, la journée du 8 mars. Le Collectif droits des femmes appelle au 7 mars...

Maya Surduts - Depuis les assises des 15 et 16 mars 1997, nous avons mis l'accent sur l'axe travail-emploi, l'un des points forts de notre plate-forme. Nous avons été à l'initiative de la manifestation du 15 novembre dernier, nous avons appelé aux manifestations du 17 janvier et nous avons été devant l'Assemblée nationale le 27, lors du vote de la loi sur les 35 heures. Nous savons à quel point les femmes sont les premières concernées par le chômage, la surexploitation. Il nous paraît essentiel de lutter pour une jonction entre chômeuses, chômeurs et sala-rié(e)s. Comment réaliser cette jonction ? L'un des moyens nous semble être de s'attaquer de front au problème de la pauvreté, de la précarité ; au phénomène des working poors qui ont un travail mais n'en vivent pas moins en dessous du seuil de pauvreté. Si 500 000 femmes choisissent aujourd'hui l'allocation parentale pour le deuxième enfant, abandonnant leur travail, c'est notamment qu'elles reçoivent des salaires de misère : autant être payée pour avoir un enfant, avec ces 2 400 francs alloués dans certaines conditions.

Nous serons donc présentes aux manifestations du 7 mars. À Marseille, nous mettrons l'accent sur le danger d'extrême droite dans la région PACA. Je pense en particulier à la prétention de la mairie de Vitrolles de n'allouer une allocation pour naissance qu'aux seuls enfants "français". Nous participerons ainsi à un meeting qui aura lieu après la manifestation, contre l'extrême droite. Les manifestations se déroulant la veille du 8 mars, nous serons en tête du cortège, au moins à Paris où il y a eu un accord là-dessus. Ce ne sera pas nécessairement le cas ailleurs. Dans les réunions unitaires, la majorité des représentants d'organisations sont des hommes qui ne sont pas toujours sensibles à cette dimension. Cela reste un combat de tous les instants.

Comment aborder cette question ?

M. Surduts - La représentation des femmes dans les mouvements d'ensemble est un vieux problème. Elles sont souvent très actives, nombreuses, mais peu visibles. S'il y a des femmes dirigeantes, elles représentent tout le monde. Insister sur la "dimension femme" apparaît comme un élément de division, une difficulté de plus. Dans les mouvements de chômeurs aussi, certaines se plaignent du rapport hommes/femmes. Il existe une commission femmes à AC !, mais par intermittence. Quand la commission disparaît, la "dimension" aussi. Une volonté s'exprime pour que quelque chose soit fait.

D'autres facteurs jouent sur l'intégration des "dimensions". Une partie du mouvement des femmes n'a pas de tradition de lutte sur l'emploi. On perçoit encore l'héritage de débats remontant aux années soixante-dix. Au collectif, certaines jugent que ce terrain relève du "syndicalisme". L'idée s'est transmise que les femmes se mobilisent sur le "spécifique". Bien évidemment, la plate-forme des assises ne porte pas que sur l'emploi. Huit commissions ont travaillé. Quant à la CADAC, elle tient une réunion-débat le 5 mars, pour rappeler l'actualité des thèmes qui lui sont propres. Face à l'oppression des femmes, les conquêtes les plus importantes ont relevé d'une part de la possibilité pour les femmes de disposer de leur corps, de décider de leur maternité, de ne plus être assujetties à la fatalité de grossesses non désirées et d'autre part de l'autonomie financière. Un recul sur le droit des femmes à disposer de leur corps serait gravissime. Or, nous n'en sommes pas à améliorer des lois insuffisantes, mais à nous battre pour les faire appliquer !

Question santé, nous n'avons pas reçu beaucoup de signaux du gouvernement. Qu'en est-il du non remboursement de moyens contraceptifs (la pilule troisième génération coûte très cher, elle est souvent prescrite à des femmes jeunes aux revenus précaires) ? De la fermeture de maternités et services gynécologiques où se pratiquent les IVG ? De la production de la molécule mifépriston ? Notre collectif a été reçu par Geneviève Fraisse, déléguée interministérielle aux droits des femmes. Mais le service droits des femmes (dont le budget a été amputé jusqu'au grotesque) ne dépend pas d'elle. Pour l'argent, ce n'est pas elle non plus. Alors... n'est-ce pas l'arbre qui cache la forêt ?

En bref, côté droit de choisir, rien de nouveau et côté emploi, la loi sur les 35 heures fait la part belle au temps partiel. Eternelle conclusion : il ne faut faire confiance qu'à nos luttes !

Propos recueillis par Dominique Mezzi

 

{Source : Rouge, hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la Quatrième Internationale, 26 février 1998}

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