SOUS LE VERNIS, LA BARBARIE

La pauvreté

par Ginette Lewis

Un entrefilet sur la pauvreté, dans le journal lu au déjeuner me laissait sur mon appétit. J'ai lu et relu. On qualifiait la pauvreté d'état transitoire pour les ménages survenant dans la moitié des cas lors de la perte d'un membre (divorce, décès), dans l'autre moitié par la perte d'emploi. La situation se transformait lors du retour au travail ou de l'arrivée d'un nouveau membre. (Le Devoir, p. A8, 25 février 98). Et c'est ça qui me chatouillait.

La situation économique actuelle fait que la pauvreté est en train de passer d'un état transitoire à une situation permanente.

L'Institut Vanier de la famille publiait les chiffres suivants : s'il y a 25 ans un ménage vivait du revenu d'un seul membre à trente ou quarante heure/semaine, le même ménage doit compter en 1997 sur 77 heures de travail pour survivre. Il faut donc penser que plus d'un membre travaille. Dans les cas de ménage à faible revenu le nombre d'heures de travail pour « arriver » se chiffrent à 83,6 heures. Cela correspond à de récentes études sociologiques qui parlent maintenant de 2.5 revenus par ménage pour joindre les deux bouts. A titre d'exemple l'Institut Vanier prend le cas d'une famille avec un revenu de 61,378 $, il faut 16,1 semaines pour les impôts, 9,6 semaine pour la nourriture et 76,8 semaines pour le reste. (Soleil, p. A7,9 février 98 selon PC).

Autre point qui me chatouillait dans l'entrefilet sur la pauvreté transitoire: la facilité de s'en sortir. Les gens pauvres en plus de voir leur situation perdurer, se voit aspirer vers le bas dans une spirale sans fonds : de plus en plus pauvre. Les récentes lois du gouvernement néolibéral du PQ sur l'aide sociale, sur la politique familiale, sur l'assurance-médicaments, le montrent bien. On coupe les plus démuni-e-s, en particulier les femmes cheffes de famille monoparentales. Les enquêtes continuent de se resserrer, le harcèlement se poursuit. Les enquêteurs des impôts s'y mettent de la partie. Cela va même à vouloir faire payer des impôts aux jeunes personnes itinérantes qui lavent les vitres de voitures au coin des rues, et qui le font au lieu de mendier leur argent, parce que ces jeunes gagneraient entre 5 $ et 60 $ par jour. Souvent ces personnes n'ont même pas de domicile fixe, et vivent cahin-caha.

Et pour en rajouter, les Caisses Desjardins viennent d'innover dans la lutte à la pauvreté. Les Caisses de Montérégie (elles avaient sûrement leurs lunettes brouiller dans le verglas) imposent des frais d'administration de 3 $ pour les personnes dont le chiffres du compte de banque est inférieur à 100 $. D'autres, dans d'autres régions, débiteraient 1 $ pour les comptes inférieur à 1000 $. Même si la Fédération des Caisses est contre cette mesure en précisant que le Mouvement Desjardins rejoint 60 % des personnes pauvres au Québec contre 40 % pour le reste du système bancaire, reconnaît que les caisses des milieux défavorisés n'ont pas d'autres choix (???) pour se rentabiliser. Encore les pauvres qui payent.

Enfin cet entrefilet a fini par m'exacerber, quand j'ai lu que les entreprise canadiennes en 97 avaient réaliser des hausses de profits. En parlant juste des pauvres et jamais des riches, on culpabilise les pauvres, on continue de taper sur eux-elles, et on laisse les riches s'engraisser. En 1997, les gains sont de 110 milliards de $. Une binerie. Les profits sont en hausse depuis 96, et en hausse record pour l'ensemble des secteurs d'activité 22 sur 30. Et simplement pour le secteur financier de Desjardins-Laurentien (pas pour l'ensemble du Mouvement Desjardins), les bénéfices ont augmenter de 22 %. Et ce sont ces même gros qui visent les moins nanti-e-s. La pauvreté peut bien s'approfondir, toucher de plus en plus de monde et frôler la misère.

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