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Allemagne
Lutte contre le chômage
Notre correspondante en Allemagne nous a envoyé l'article suivant, rédigé directement en français, le jour même du mouvement des chômeurs, le jeudi 5 février.
Par Angela Klein
(e-mail : 101337.2067@compuserve.com)
50 000 personnes, pour la plupart chômeurs, ont protesté le 5 février dans 200 villes allemandes à l'annonce des nouveaux chiffres officiels du chômage. Ces statistiques indiquent plus de 4,8 millions de chômeurs, ce qui représente 12,6% pour l'ensemble du pays. À l'est, le chômage monte rapidement ; il atteint plus de 20%, alors qu'à l'ouest les chiffres stagnent en dépit d'une conjoncture économique positive » (2% de croissance prévue pour cette année). En pourcentage 1e chômage est arrivé quasiment au double des chiffres de l'après-guerre. Mais même en chiffres absolus tous les records depuis 1947 ont été battus. Les chiffres réels du chômage sont estimés à environ 7 millions de chômeurs et précaires.
La première manif nationale
Cette action, à laquelle avait appelé le Bureau de Coordination des Initiatives syndicales des Chômeurs - qui avait soutenu également les marches européennes contre le chômage - était la première manifestation nationale des chômeurs depuis le début des années 80. Elle marque un pas important dans la prise des conscience des chômeurs, dans leur capacité d'exprimer par leur propre force leurs revendications et de faire pression sur la politique officielle - tant sur les gouvernements et les partis politiques que sur les syndicats d'ailleurs. Les actions ont été pour la plupart « conventionnelles », ce n'est que dans une demi-douzaine de villes que l'équivalent des ASSEDICs françaises a été occupée. Dans la majorité des villes la journée d'action s'est déroulée avec des manifestations et meetings devant les ASSEDICs, parfois aussi devant les bureaux du CDU (Démocratie chrétienne, au gouvernement à Bonn), soutenus par des associations de chômeurs locales et des syndicats.
A l'est du nouveau
Le Bureau de Coordination n'étant pas une organisation mais simplement une coordination (en Allemagne il n'existe pas d'organisation nationale de chômeurs), la réalisation de la journée d'action dépendait uniquement des forces sur place, qui selon les endroits sont très variées. Les actions les plus massives se sont déroulées pour la plupart à l'est : 5 000 à Berlin, 5 000 à Erfurt (capitale de la Thuringe), 1 000 personnes à Gera et à Gotha, deux autres villes de Thuringe, 1 000 à Chemnitz, une ville de Saxe ; mais aussi 1 000 à Stade (une ville sur la côte de la mer du Nord), 3 000 à Hambourg.
Un impact important
En dépit de ces difficultés, qui soulèvent le problème de la création d'un mouvement national des chômeurs, l'action du 5 février a non seulement attiré une grande attention dans toute la presse, elle a aussi d'ores et déjà eu un impact politique. En effet, la coalition gouvernementale à Bonn, déjà dans les jours qui précédaient la journée d'action, avait dû réagir et avait annoncé une « initiative contre le chômage » qui s'inscrit dans la logique des accords de Luxembourg de novembre 1997 : payer moins en allocation chômage et en aide sociale et contraindre plus de chômeurs à accepter du boulot à n'importe quel prix. Ainsi les municipalités ont été chargées « de mettre au travail 200 000 chômeurs dans les deux prochaines années si le gouvernement veut libéraliser » le système de l'offre de travail (organisé actuellement par les ASSEDICs et par le marché des annonces dans la presse) de façon à permettre à des agences privées d'exercer elles aussi cette fonction.
Un programme à coût zéro
Aux jeunes qui ont terminé l'école et qui ne trouvent pas de travail, doit être offert une mesure temporaire d'insertion dans la vie du travail. Mais il n'est pas encore clair qui doit payer. Il est prévu que l'aide au chômage soit abolie au seul profit de l'aide sociale (qui garantissait jusqu'à présent un seuil minimum, mais ce seuil n'est plus garanti). Autour de ce programme se sont aiguisées les tensions aussi bien entre la Démocratie chrétienne et son partenaire dans la coalition, le parti libéral, que dans le CDU même. Son aile « sociale » sous la direction de Heiner Geissler, un représentant de l'aile « moderniste » des années 80, avait en effet opté pour un programme de création de nouveaux postes de travail qui aurait coûté au gouvernement entre 4 et 5 milliards de marks. Le programme avait été soutenu timidement par le ministre du travail, Norbert Blum, qui a, à cause de cela, dû encaisser la violente critique du leader de la fraction parlementaire du CDU, Wolfgang Schauble.
Visiblement, le gouvernement allemand veut un programme contre le chômage qui ne lui coûte rien. Cette « initiative » a rencontré les vives protestations de la part de la social-démocratie et des syndicats. Si les actions continuent pendant l'année il devient plus vraisemblable que le chômage deviendra l'objet principal des polémiques électorales. De l'autre coté aussi, bien de directeurs des ASSEDICs ont montré leur peur devant les actions des chômeurs même si quelques-uns avaient ouvert leurs portes. Eux aussi ont dû répondre du fait que les pressions et les chicanes exercées sur les chômeurs se font de plus en plus dures.
On sera plus nombreux
Partout le sentiment général est : nous étions trop peu dans la rue le 5 février. Il y a bien plus de chômeurs qu'il faut mobiliser, la première action a donné du courage et à la prochaine journée d'action, le 5 mars, on sera plus nombreux. Le Bureau de Coordination a envisagé de répéter les actions jusqu'aux élections, chaque mois le jour où sont annoncés les nouveaux chiffres de chômage. Il faudra utiliser ce temps pour surmonter l'actuel morcellement du mouvement et créer un nouveau réseau d'initiatives contre le chômage qui se pose comme but l'action politique et se donne les structures nécessaires.
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Source :
Marches européennes contre le chômage,
la précarité et les exclusions
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Tel : +33 1 44 62 63 44
Fax : +33 1 44 62 63 45
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