Dossier: La lutte contre le chômage en Europe
Après la France, l'Allemagne...
Le mouvement européen contre le chômage s'étend
Grande-Bretagne
Statistiques de chômage truquées
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Amorce d'un bilan de la lutte des chômeurs

Grande-Bretagne
Statistiques de chômage truquées

 

Faut-il en rire ou en pleurer ? Une nouvelle stupéfiante nous vient de Grande-Bretagne : on a retrouvé 500 000 chômeurs ! Enfin presque, car ils ne seront officiellement comptabilisés qu'à partir de la publication des chiffres du chômage du mois d'avril. Toujours est-il que le gouvernement travailliste vient de décider une réforme du comptage du nombre des chômeurs qui va avoir pour effet de réintégrer un demi-million des demandeurs d'emplois que les statistiques officielles avaient radiés. Il faut dire que depuis 1979, les conservateurs au pouvoir ont fait très fort dans ce domaine des manipulations statistiques. Le mode de calcul du chômage a été modifié trente deux fois. Principe de base en vigueur encore aujourd'hui : seuls les bénéficiaires d'une allocation chômage étaient comptablisés. Selon ce critère, en France, le chômage serait de 6%. La méthode est simple mais efficace sur les statistiques. Les jeunes n'ayant jamais travaillé, les femmes, les personnes de plus de 55 ans ont été systématiquement écartés des comptes. Ces tricheries ont permis pendant des années de claironner que le Royaume-Uni avait un faible taux de chômage. Avec le nouveau mode de calcul, la Grande-Bretagne va passer de 1,4 millions de chômeurs à 1,9 millions, soit de 5% à environ 7%.

Encore un effort

Le gouvernement britannique ne révise pas ses statistiques de gaîté de cœur. En fait, depuis que les pays européens, sous la pression sociale, ont commencé à parler de l'emploi, la pression s'est faite plus forte sur le gouvernement travailliste pour qu'il adopte des méthodes de comptage comparables à celles des autres pays de l'Union. Des pays comme la France et l'Allemagne étaient soucieux de ne pas apparaître comme les mauvais élèves de la classe sous prétexte que leurs comptes sont plus proches des normes internationales. D'autant que les nouveaux chiffres sont encore loin de la réalité. Ils permettent toujours de prétendre que le Royaume-Uni a un taux de chômage largement inférieur à celui du continent. Mais la vérité, là aussi, est ailleurs. Elle est à rechercher dans la précarité du travail, notion que les Britanniques traduisent par « job insecurity » ou « insécurité du travail » et le développement des « working poors », littéralement « les travailleurs pauvres ». Les petits boulots sans salaire minimum, souvent à temps partiel et en intérim, sans contrat de travail, aboutissent à une situation où les travailleurs comme les chômeurs vivent avec des revenus largement inférieurs au seuil de pauvreté. En fait, la précarité généralisée du travail est devenue une autre forme du chômage. Le modèle britannique fait d'ailleurs rêver certains sur le continent. La « flexibilité » est ainsi le terme politiquement correct employé en France et dans de nombreux pays européens pour exprimer la volonté d'imposer un marché du travail où la nécessaire réduction du temps de travail se traduit par des embauches à temps partiel. C'est ainsi que le patronat et la droite veulent imposer leur vision de la réduction du temps de travail avec réduction du salaire. Il est bien évident qu'un travailleur à mi-temps sort des statistiques du chômage mais par contre il reste en dessous du seuil de pauvreté en ce qui concerne son revenu en fin de mois. Et on a beau faire, avec la moitié d'un Smic, en France, on ne parvient pas à vivre.

La France file à l'anglaise

Les dernières statistiques du chômage en France traduisent d'ailleurs une rapide et inquiétante évolution à l'anglaise des chiffres du chômage. En parallèle à une infime baisse du nombre d'inscrits à l'ANPE, on observe surtout une progression spectaculaire du travail précaire (CDD), intérimaire et à temps patiel. En 1997, les personnes ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois, mais qui restent demandeurs d'emplois (ils recherchent un travail à temps plein), a augmenté de 34,4%. Les emplois à temps partiel représentent désormais 16,5% de l'emploi total dans le secteur privé. Sur un an, le nombre de contrats de moins d'un mois a augmenté de 27%. La France est bel et bien en voie de « thatchérisation » au moment même où le modèle britannique est de plus en plus contesté par les Britanniques eux-mêmes. C'est en tout cas le sens du vote en faveur de Tony Blair il y a quelques mois. Mais que celui-ci réponde aux espoirs, c'est, comme on dit, une autre histoire...

Source :

Marches européennes contre le chômage, la précarité et les exclusions
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