Dossier: La lutte contre le chômage en Europe
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Amorce d'un bilan de la lutte des chômeurs

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Édito de La rumeur des pauvres

 

Le gouvernement aime les bons pauvres : les pauvres qui se taisent, les pauvres qui quémandent, les pauvres qui restent à leur place. Avec les mauvais pauvres, nous voulons encore parler. Parler, parler aux autres et à soi-même, dire les années de combat solitaire ou collectif contre l'humiliation et la misère, la rage contre les discours humanitaires et les soi-disant lois de l'économie, dire l'envie d'autre chose, les rêves fous et leurs raisons sérieuses, et aussi la connaissance acquise dans la lutte, les bonheurs ephémères de la rencontre au soir d'une occupation, les victoires contre la peur et la résignation, les projets pour la suite

Parce que, même si le silence médiatique s'impose depuis que Jospin a parlé et accordé quelques miettes, nous savons que le mouvement continue, et qu'il parle toujours.

Parce que nous savons que la parole libérée de l'hégémonie médiatique est une des principales richesses du mouvement,

cette parole en actes qui fait irruption dans les lieux où l'on prétend régir nos vies

cette parole singulière des assemblées où pour mieux se dire, on apprend à écouter, où parfois, en entendant sur les lèvres d'un autre ce qu'on cherchait à dire, on fait l'expérience concrète de la communauté humaine

Parce que le mouvement a prouvé sa force, entre autres, en cherchant à établir de nouveaux rapports entre la parole individuelle et intelligence collective

Parce que nous avons vérifié que seule la possibilite pour n'importe qui de parler permet d'échapper aux pièges du suivisme aveugle envers les organisations

Parce qu'elle peut aussi permettre d'éviter la marginalisation hargneuse par rapport au mouvement d'ensemble et le piège de la criminalisation

Parce que seule la circulation des paroles singulières entre les divers regroupements permet d'éviter les guéguerres fratricides

La rumeur des mauvais pauvres est un espace de papier où chacun est appelé à intervenir, pour raconter ce qu'il vit, ce qu'il a vécu, tel moment d'occupation ou de manif, telle action ou telle réflexion qu'il a envie de faire partager nos rencontres amoureuses et nos engueulades échevelées, les nuits blanches dans des lieux gris, les dialogues impromptus, les directeurs de supermarché déconfits et la rigolade dans les restos des riches.

Parallèlement, La rumeur des mauvais pauvres se veut aussi un espace de confrontation des points de vue. C'est pourquoi, en plus de la collecte de récits subjectifs, nous lançons un questionnaire sur le mouvement, ses pratiques, ses formes d'organisation, ses revendications, ses alliés et ses ennemis, ses perspectives

Des points de vue divergents sont apparus à l'intérieur du mouvement sur plusieurs questions importantes. Certaines de ces divergences relèvent de la tactique, tandis que d'autres sont peut-être révélatrices de désaccords plus profonds. Il nous semble utile de confronter les points de vue à la lumière des expériences accumulées, de façon plus sereine qu'au sein des assemblées générales et moins volatile que dans les discussions individuelles.

Cette mise en questions du mouvement repose sur une conviction : notre diversité est porteuse de richesse pour peu que personne ne prétende au monopole de la vérité. Les réponses à ce questionnaire peuvent être individuelles ou collectives. Il est évident qu'on n'est pas obligé de répondre aux questions qui ne font pas bouilllonner les idées. Nous publierons une synthèse des réponses, leur intégralité sur le site de la rumeur des mauvais pauvres (http://www.anet.fr/~aris/rumeur).

 

1) Les pratiques

Depuis décembre, le mouvement s'est manifesté de multiples façons : occupations d'Assedic et de bâtiments administratifs, réquisitions de richesses, manifs, blocages de voies ferrées, opérations transports gratuits, réquisitions d'emplois, football de rue, invitations dans les cantines d'entreprise, invasions d'hôtels de luxe, vaporisation de déodorant dans des grands restaurants, "foires aux gueux", chasses aux huissiers, manifestations de rue, marches

- Quelles sont les actions dans lesquels vous vous reconnaissez le mieux et que vous souhaiteriez développer ?

2) L'organisation

Le mouvement s'organise sous différentes formes : associations, syndicats, assemblées générales, collectifs locaux.

- Quels rôles jouent, selon vous, ces formes organisationnelles dans le mouvement ?

3) Les revendications

Le mouvement avance plusieurs revendications : relèvement de 1500 F. des minima sociaux, accès au RMI pour les jeunes de moins de 25 ans, gratuité des services pour les chômeurs, revenu garanti Par ces revendications, et au-delà d'elles, ce mouvement interroge l'emploi du temps dans la société marchande (le travail, les loisirs, les finalités de la production )

- Quels vous semblent être l'intérêt et les limites de ces revendications ?

- Comment peuvent-elles (ou non) s'articuler avec une remise en cause radicale de l'organisation sociale ?

4) Les médias

Lors des actions, certains sollicitent la présence des médias tandis que d'autres s'y opposent. Après le discours de la compassion puis celui du "réalisme" et de la dénégation, la presse pratique le black-out sur les actions en cours.

- Quelles sont selon vous la ou les attitudes qu'il convient d'adopter face aux médias ?

5) Les précédents

Le mouvement des chômeurs et précaires apparait après plusieurs mouvements sociaux importants : sans-papiers, grèves de décembre 1995, manifestations anti-CIP de 1994 ("Smic jeunes").

- Quels liens voyez-vous, ou non, entre ces mouvements ?

 

6) Les perspectives

Le mouvement actuel repose sur la mobilisation intensive de quelques milliers de personnes alors qu'il existe plus de trois millions de chômeurs et sept millions de précaires.

- Comment expliquez-vous cet écart?

- Quels sont selon vous les possibilités du mouvement et les dangers qui le guettent?

 

Source : La rumeur des mauvais pauvres
Diffusé gratuitement dans le Mouvement des Chômeurs et Ailleurs.
Numero Zero. Mars 1998 Premier Tirage : 5000 exemplaires

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