Québec, le 8 mars 1998
Monsieur Lucien Bouchard
Premier ministre du Québec
OBJET : Concernant votre message à l'occasion du 8 mars 1998
Monsieur le Premier ministre,
Je me permet de vous écrire en cette Journée internationale des femmes, peut-être pour me faire, en cette journée,un petit cadeau.
Vous avez raison: «le Québec se situe dans le peloton de tête des États du monde et des société avancées qui ont favorisé l'accession des femmes à l'égalité des droits.» Vous considérez sûrement que votre gouvernement a fait largement sa part dans cette course à l'excellence. Je me suis donc mise à réfléchir sur vos réalisations et je me suis posée la question : OU serions-nous, nous les femmes sans votre gouvernement ?
Nous serions d'abord plus nombreuses à travailler. Vos coupures en santé et en éducation nous grugent et nos revenus et notre droit absolu à l'autonomie financière et au travail.
Vous avez certes, instaurer les garderies à 5 $ c'est beaucoup, mais votre politique familiale instaurée en même temps rend les femmes à faible revenu et monoparentale, encore plus pauvres.
Vous avez promulgué votre loi sur l'équité salariale en prenant bien soin de vous exclure comme employeur de cette loi et l'avez échelonné sur un si grand laps de temps et avec si peu de coercition qu'en l'an 2000, la situation n'aura guère changé, sinon pour le pire.
L'assurance-médicaments tente de généraliser l'accès des médicaments à plus de gens mais sur le dos des plus démuni-e-s. Les personnes assistées sociales ont perdu leur gratuité tout comme les personnes âgées. Les femmes sont les premières touchées parce que majoritaires sur l'aide sociale et les plus pauvres à la retraite. Les personnes atteintes de maladies mentales sont aussi cruellement touchées.
Les coupures de votre dernière loi sur l'aide sociale visaient directement les femmes qui forment la population majoritaire bénéficiant de ces subventions. Elles sont aussi cheffes de famille monoparentale. Leurs enfants en font aussi les frais.
Quant à vos promesses de création d'emplois, de subventions substantielles à l'économie sociale, vous tergiversez tellement dans ce dossier que vous noyez le poisson. Vous avez donné la sale job à monsieur Chevrette avec sa création de Centre locaux de développement de terminer la mise à mort de ce mécanisme de réinsertion sociale. Les femmes deviennent de plus en plus des consultantes au besoin. Vous avez habilement, je dois l'avouer, récupérer le pouvoir des femmes dans ce dossier.
A y réfléchir, Monsieur le Premier Ministre, les femmes étaient plus avancées avant votre gouvernement. Elles sont maintenant plus pauvres, plus précaires et moins bien positionnées. Vous avez gérer la société à partir des chiffres, votre déficit zéro c'est sur le dos des femmes que vous l'avez réussi. Mais quelle faillite ! Vous n'avez qu'appliquer les recettes des pires penseurs néolibéraux (ce sont des hommes), l'argent avant l'humain.
Et bien monsieur Bouchard en cette journée du 8 mars laissez-moi me payer un petit plaisir, laissez-moi sortir ma colère, laissez-moi vous dire que vous êtes un MACHO, vous et votre gouvernement.
Ginette Lewis
La Gauche
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