La scène électorale
Un terrain de lutte que la gauche ne peut ignorer!

Par Bernard Rioux

Les prochaines élections québécoises sont déjà un facteur politique essentiel sur la scène politique et elles ne seront pas qu’une péripétie sans importance. La démission de Daniel Johnson de la direction du PLQ, l’arrivée plus que probable de Jean Charest à la direction de ce parti, la course à la chefferie au Parti conservateur qui découlera de son départ, la possible alliance du PC et des Réformistes pour consolider un front de la droite dure au Canada, la possibilité pour le PLC de jouer tant de la carotte (plan A) que du bâton (plan B) dans les prochaines années avec la remontée du PLQ dans les sondages sur la direction de Charest, les difficultés de la perspective souverainiste face à la gestion néolibérale du gouvernement péquiste qui représente encore malheureusement cette option pour le plus grand nombre, voilà un ensemble des processus en cours sur la scène politique canadienne qui ont été déclenchés par la perspective d’une victoire du PQ aux prochaines élections provinciales.

 

Une reconsidération toute formelle et manœuvrière de la politique du PLC face au Québec

Le PLC continuera à vouloir mettre le Québec à sa place que ce soit par le plan A ou par le plan B. La crise du PLQ a eu son origine dans la politique confrontationniste du gouvernement Chrétien, prisonnier lui-même de sa base sociale. Le PLC était renforcé dans son orientation par le manque total de confiance que le PLQ sous la direction de Daniel Johnson puisse arracher le pouvoir au PQ. Avec l’arrivée de Charest à la direction du PLQ et avec les sondages qui promettent sa victoire ou du moins un match serré, le PLC a déjà commencé à reconsidérer les éléments les plus provocateurs de sa politique. Cette reconsidération n’ira pas très loin puisque la seule motivation du gouvernement fédéral est de défaire les souverainistes. L’agenda constitutionnel pour le PLC ne doit pas être réouvert car les débats constitutionnels sont une véritable boîte de Pandore d’où ne peut sortir que de nouvelles crises politiques mettant à mal l’unité canadienne.

La reconsidération de la politique ne conduira pas non plus à abandonner le plan B… dont les fruits empoisonnés pour les fédéralistes québécois risquent de resurgir au moment de la publication du jugement de la Cour suprême sur le renvoi fédéral. Mais la reconsidération se limitera plutôt à des possibilités d’ouverture sur des accords précis dans la gestion de certains programmes. L’accueil chaleureux de Pettigrew qui défend cette réorientation au récent congrès du PLC montre que le parti de Jean Chrétien peut encore manoeuvrer.

Cette politique répondrait sans doute aux vœux d’un Charest qui ne désire nullement se relancer dans les débats constitutionnels et qui limite sa vision de la réforme du fédéralisme à une multiplication de ces accords. Reste à savoir si les manœuvres des fédéralistes ne vont pas se briser sur leur intransigeance sur le fond, sur leur incapacité à faire des gestes significatifs perçus comme des concessions au Québec et sur d’éventuelles retombées du plan B.

 

De la victoire écrasante du PQ à la victoire du PLQ… ou contre le pouvoir explicatif des frisettes

La remontée du PLQ sous la direction de Charest ne s’explique pas simplement par l’homme, son charme, par son programme ou ses idées? En fait, elle s’explique essentiellement sur par la faiblesse du péquisme au pouvoir à garder une influence durable sur le secteurs les moins politisées de la population. Ces secteurs sont aussi, en dehors de la communauté anglophone, les secteurs les plus exploités et les plus opprimés. Durant la campagne référendaire de 1995, le camp souverainiste avait su se montrer attractif en liant le projet souverainiste à la perspective d’un changement de société. La souveraineté disait-on alors allait permettre au Québec de résister au vent de droite qui soufflait sur l’Amérique du Nord.

Depuis lors, la gestion péquiste, toute à la poursuite du fameux objectif zéro, par les attaques contre les budgets sociaux de l’éducation et de la santé, désillusionne de larges secteurs de la population sur la souveraineté. Le rejet par plus de 60% de la population de la tenue d’un référendum durant un hypothétique nouveau mandat du gouvernement péquiste et la chute du niveau des intentions de vote pour le OUI à la souveraineté s’expliquent essentiellement par la gestion antipopulaire de ce gouvernement.

Bien sûr, ces mêmes secteurs peuvent être sensibles à l’arrogance et au mépris des politiciens fédéralistes et se voir pousser dans le giron souverainiste par la politique de négation des droits nationaux du Québec… Et c’est ce qui explique que la situation est aussi volatile. Le caractère volatile voit ces effets empirés par le mode de scrutin qui fait que le déplacement d’un certain nombre de points de pourcentage dans les intentions de vote peut se traduire par un bon nombre de députés pour un parti ou pour l’autre. Avec sa politique actuelle, le PQ doit d’abord compter sur l’arrogance du fédéral et sur un éventuel jugement de la Cour suprême niant, encore une fois les droits du Québec, pour espérer reprendre le pouvoir.

 

La stratégie péquiste de se servir du soutien du peuple que comme d’un marche pied ne peut faire qu’un temps!

Aucun secteur de la bourgeoisie au Québec ne soutient la perspective souverainiste malgré tous les efforts du gouvernement péquiste pour défendre avec zèle leurs intérêts. Les « partenaires » américains rappellent sans cesse à la direction péquiste leur soutien à l’unité canadienne. Alors que la souveraineté du Québec ne peut être que le fruit d’une mobilisation populaire dans des perspectives allant dans le sens de leurs intérêts, le gouvernement péquiste casse les ressorts d’une éventuelle mobilisation collective par ses attaques perpétuelles contre les acquis syndicaux et populaires. La réélection, à l’arrachée sous l’impact d’une nouvelle provocation d’Ottawa si elle demeure possible, ne créera pas de bonnes conditions pour la tenue d’un référendum. Car, le gouvernement péquiste continuer à mener une politique néolibérale avec tout le zèle d’un gouvernement nouvellement réélu. S’il tient un référendum, il aura de bonnes chances de le perdre, ce qui permettrait à la direction Bouchard d’afficher son autonomisme sans avoir à confronter son parti assommé par une éventuelle défaite.

 

La gauche doit s’engager dès maintenant sur la scène électorale !

Il n’y a pas de raccourci dans la lutte pour la souveraineté. La lutte pour l’indépendance ne peut être victorieuse que si elle s’articule à une lutte pour une société plus égalitaire, ce qui signifie dans la période actuelle si elle s’appuie sur une programme anti-néolibéral.

Il faut rompre une fois pour toute avec la stratégie a-politique des pressions sur le PQ. Cette stratégie mis de l’avant par les directions syndicales et populaires depuis des décennies maintenant n’a produit que déceptions et démobilisations. Elle a créé un attentisme pernicieux qui a donné les coudées franches à un gouvernement qui ne s’est pas gêné pour mener, malgré la poudre aux yeux qu’il a jeté à la pelletée, une politique contre les acquis sociaux les plus essentiels de la population du Québec.

C’est pourquoi il faut s’engager activement à construire un parti de gauche à la fois indépendantiste et socialiste. Dépenser beaucoup d’énergies à la mise sur pied d’un mouvement politique et refuser d’occuper le terrain électoral, ce n’est pas faire preuve d’un quelconque pragmatisme, c’est comme l’écrit Jacques Pelletier dans Le Devoir du 16 mars, un aveu d’impuissance et une dérobade.

La politique ne se fait pas dans un temps homogène. Elle se fait différemment dans des temps forts porteurs de tournants, de réorientations et de basculements des rapports de force. Les prochaines élections provinciales sera un de ces moments. La gauche ne peut se contenter d’un rôle de gérant d’estrade. Le Rassemblement pour une alternative politique doit en décider prochainement. Que le Rassemblement prenne ou non la forme parti ne saurait lui enlever l’obligation politique de présenter ou de soutenir des candidat-e-s de la gauche dans les élections qui viennent, perspective qu’ont déjà soulevés des membres du comité de coordination du Rassemblement pour une alternative politique. (Le Devoir, le 16 mars 1998, A7)

Le PDS a élaboré un programme adéquat aux luttes qui sont devant l’ensemble des classes ouvrière et populaires. Le choix de candidates et de candidats dans plusieurs dizaines de comtés est déjà sur la bonne voie. Renforcé par de nouvelles couches de militantes et de militants actifs, armé d’un projet cohérent, le PDS sera du combat électoral qui vient. Il souhaite pouvoir rallier l’ensemble de la gauche politique et sociale autour de ces mêmes perspectives afin de commencer à rallier des secteurs des masses à son combat.

 

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