Par Ginette Lewis
J'adore rêvasser, et une de mes plus belles méditations c'est de m'imaginer me promenant tranquillement dans un petit sentier dans un sous-bois qui côtoie une belle rivière. A travers les arbres, tantôt, cette belle amie aquatique, se cache, tantôt elle est là toute entière à envelopper les grandes pierres plates, à créer des remous et de la mousse blanche. Et ce son, ce clapotis si joli, qui calme, parce que, parce que bercé par le soleil et enveloppé de sa chaleur douce et tendre.
La réalité est tout autre. L'eau, ce bien public, cet héritage de millions d'années est devenu en l'espace de cent ans, un dépotoir du capitalisme. Les égouts, les déchets industriels tout y passe; comme si l'eau laverait les bavures sans laisser de traces, sans dire qui à souiller les lieux. Le majestueux fleuve St-Laurent c'est ça, demandez-le aux bélugas. Mais l'eau reste un bien public, il faut que chaque capitaliste ait accès à sa poubelle, dans l'anonymat, sans en payer les coûts.
Mais voilà le capitalisme pollue, pollue tellement que d'autres effets se font sentir; l'effet de serre par exemple. La planète devient plus chaude sous l'effet de gaz nocifs dans la haute atmosphère. Plus chaude, donc les cours d'eau se tarissent, les déserts s'agrandissent. L'eau devient une denrée rare. Un récent article du Devoir (20 mars 98, p. A7) rapportait que plus d'un milliard de gens n'ont pas accès à de l'eau potable, que cinq à dix millions de gens meurent par manque d'eau en développant des maladies comme la diarrhée, la fièvre typhoïde, les vers intestinaux etc. pendant que d'autres en consomment sans restriction. Par jour, un Américain utilise 600 litres, un Européen, 200 litres et un Africain 30. J'ai employé le masculin, parce que l'utilisation de l'eau est d'abord faite par les femmes pour la survie domestique, mais cette réalité demeure cachée. Consommée inégalement, l'eau est aussi répartie inégalement. Seulement dix pays possèdent 60 % des réserves d'eau potable.
Alors l'UNESCO appelle une Conférence mondiale pour discuter de l'eau et du développement durable. Et une des plus importantes discussions portera sur... le prix de l'eau. Ben oui, après en avoir fait une poubelle, les cours d'eau vont se transformer pour les capitalistes en "moutons" d'argent. L'eau restera-t-il bien public ou deviendra-t-il bien privé?
Les bourgeois du Québec Inc. sont à l'avant garde de se débat. Lors des sommets économiques tout le monde a rit de Jean Coutu avec son idée de vendre de l'eau. Sauf que le premier ministre Bouchard a mis en branle un comité de travail sur le sujet. Il serait même question d'utiliser la double coque des pétroliers en l'emplissant d'eau pour leur voyages de retour vers le s pays producteurs. On voit maintenant pourquoi toute cette excitation.
Autre bourgeois intéressé, les eaux appelons les XXX. Il utilise une nappe phréatique sur la rive-nord de Montréal pour embouteiller leurs eaux, il l'utilise tellement que la nappe risque de s'assécher. Il n'y a rien là.
Et cerise sur le sundae, suprême intéressé au débat de l'eau...Hydro-Québec. Depuis des années, cette compagnie fait de l'argent avec l'eau. L'eau des Autochtones, l'eau des petites rivières, l'eau partout au Québec. Ca lui appartient. Elle en garde jalousement le secret. Elle refuse encore dernièrement de dévoiler ses projets ou de parler de ses coûts de production. La concurrence capitaliste prime. Le profit au détriment du bien collectif.
Hier, j'ai encore rêvassé, pour mieux remémorer le souvenir de la rivière, pour éviter d'oublier sa beauté car j'ai peur, j'ai peur qu'elle disparaissent sous de lucratifs barrages.
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