Le gouvernement Bouchard et le référendum incertain
par Bernard Rioux
Dans son discours confirmant son passage à la direction du PLQ, Jean Charest, en accusant Lucien Bouchard de préparer un nouveau tournant sur la question du référendum, frappait directement le point faible du gouvernement péquiste, la crise de perspective de ce gouvernement face à la souveraineté du Québec. La réponse du ministre Chevrette était tellement embarrassée quelle en était pathétique. Jamais assurait-il léventualité soulevée par lex-chef conservateur avait été discutée. Mais il se refusa à dire quelle ne le serait pas dans un proche avenir. Des politiciens affairistes laissent toujours ouvert le terrain des compromissions qui peuvent faciliter une éventuelle réélection.
Les fondements de laffaiblissement du soutien à la souveraineté
La polarisation du vote à la veille du référendum a constitué un moment fort pour loption souverainiste. Cette polarisation reposait moins sur la personnalité de Bouchard, analyse superficielle que semblent incapables de dépasser les journaux bourgeois, que sur, dune part, la liaison entre la perspective de la souveraineté et le projet de société, liaison qui sest faite malgré le PQ lui-même et dautre part, le rejet de larrogance des Beaudoins et Cie qui sont intervenus dans la campagne référendaire avec un mépris évident pour le peuple québécois.
Depuis lors, les sondages, les uns après les autres confirment la baisse de la popularité de loption souverainiste. Pourquoi? Lessentiel de cette baisse doit être attribué à la gestion péquiste obnubilée par lobjectif du déficit zéro qui conduit ce gouvernement à sattaquer aux services publics , à léducation et à la santé et à lincapacité de ce gouvernement de mobiliser la population contre les attaques du gouvernement fédéral. Cette incapacité joue un rôle essentiel dans lefficacité de la politique de peurs des politiciens fédéralistes. En bref, si loption souverainiste perd de sa force dattraction, cest quelle commence à être identifiée par beaucoup, à des politiques néolibérales dont le gouvernement péquiste sest fait le champion.
Cest pour la même raison que tant de personnes rejettent la tenue dun référendum. La souveraineté-partenariat basée sur projet de société qui accepte que se creusent les inégalités sociales et se renforcent les iniquités na rien de tellement attrayant. Et la question qui vient immédiatement alors : est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Seul un projet de société qui veut en finir avec la logique dominante du tout au marché peut être mobilisateur et renforcer la lutte contre loppression nationale. Le gouvernement péquiste, par sa nature même, ne peut que prendre le contre-pied de cette nécessité stratégique.
Le dilemme du gouvernement péquiste
Tant que la crise de direction du PLQ assurait au PQ une victoire électorale relativement facile, les problèmes stratégiques du gouvernement péquiste demeuraient à larrière-plan. Mais aujourdhui, il suffit de lombre dune possible victoire du PLQ, pour que la crise stratégique éclate sur la scène publique. Le gouvernement Bouchard a devant lui plusieurs avenues, chacune portant leurs contradictions entre lesquelles le Premier ministre devra naviguer à vue.
Lucien Bouchard pourrait, en sappuyant sur les sondages, suggérer dabandonner, pour un mandat, la perspective référendaire avant même les élections. Des députés péquistes ayant soif dune réélection et dune retraite bien assurée pourraient faire pression dans cette direction. Mais une telle décision risque de faire éclater une crise majeure au sein du PQ et elle est dautant plus périlleuse quelle peut amener à perdre chez lélectorat le plus nationaliste ce quelle pourrait gagner chez lélectorat qui rejette la tenue dun référendum. Beaucoup se rappelleront sans doute les déboires du Bloc qui, aux dernières élections fédérales, avait commencé sa campagne en marginalisant la question de la souveraineté et qui fut sauvé de la catastrophe par un tournant de dernières semaines impulsé par Jacques Parizeau lui-même.
Labandon de la perspective référendaire pourrait plus facilement se faire après une victoire électorale. Bouchard ne répète-t-il quil ne tiendra pas un référendum perdant. Landry avait opiné dans le même sens avant la dernière campagne référendaire. La force de cette position, cest quelle est plus facile à vendre aux militants et militantes du Parti qui verrait dans un autre échec référendaire la fin de leurs espoirs. Mais avec lusure du gouvernement péquiste, après un deuxième mandat, elle reportait la tenue dun éventuel référendum aux calendes grecques. La perspective de la tenue dun référendum envers et contre tout pour casser définitivement loption est une hypothèse cynique. Mais en politique bourgeoise, tout demeure possible.
Le gouvernement péquiste a annoncé quil continuera de mener la même politique sur le terrain économique. Pour eux, le Québec prendra sa place sur le terrain mondial en se faisant le champion dun néolibéralisme distinct. Quand Landry se questionne sur lAccord multilatéral sur linvestissement (AMI), ce nest pas pour en rejeter la dynamique densemble, cest pour exclure le terrain de la culture. Quand Bouchard fait son discours devant les politiciens du Maine, cest pour affirmer le rêve des patrons québécois dêtre des partenaires de limpérialisme américain. Et ces politiciens péquistes sont prêts à sattaquer aux intérêts immédiats et aux droits démocratiques des masses pour se faire. Cest pourquoi la lutte pour la souveraineté-partenariat se résume chez ces politiciens à un discours démagogie dabord utile comme instrument facilitant leur hégémonie sur des secteurs importants de la population. Mais leurs amis chez le patronat saccomodent mal de leur « souverainisme » et ne cesse de faire pression pour quils sen débarrassent au plus tôt. Cest pourquoi de futures dilutions ou le report vers un horizon indéfini de loption va, encore une fois, être à lordre du jour. On se rappellera quen 1985, René Lévesque lui-même avait réduit loption souverainiste à une police dassurance et assumé ce quil avait appelé alors le beau risque, cest-à-dire une autre tentative de renouvellement du fédéralisme canadien.
Ce nest une direction anti-ouvrière et anti-populaire, toute vouée à linsertion du Québec dans la chaîne impérialiste nord-américaine qui mènera la lutte indépendantiste à son terme. La construction dun parti des classes ouvrière et populaire, cherchant une alliance stratégique avec les forces progressistes du continent, est un impératif incontournable pour mener à terme la lutte indépendantiste. Dans ce domaine, plus quen nul autre, les raccourcis sont des impasses.
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