Montréal
La violence sexiste n'est pas un mythe
par Martin Dufresne
Le Collectif masculin contre le sexisme a manifeste aujourd'hui devant la Maison de Radio-Canada à Montréal pour rappeler que la violence des conjoints et des pères continue à tuer chaque année une cinquantaine de 50 femmes et enfants au Québec, malgré leurs appels à l'aide. En effet, l'appareil judiciaire semble encore trop soucieux des prétendus "droits du père" pour intervenir efficacement, même en cas de violences et de menaces de mort répétées.
Les membres du groupe pro-féministe montréalais ont manifesté devant la Maison de Radio-Canada recouverts de suaires noirs, en mémoire des 479 femmes et enfants tués par des hommes au Québec depuis le 6 décembre 1989. Ils qualifient de tentative de censure les menaces de poursuites criminelles lancées par un groupe d'hommes divorcés contre les femmes qui tentent d'obtenir justice et protection face à un conjoint agresseur. Le Groupe d'entraide aux pères et de soutien à l'enfant" manifestait au même endroit pour réclamer l'arrestation des femmes violentées en même temps que leur agresseur lorsque la police se présente sur les lieux d'une scène de violence conjugale...
"Il nous semble évident qu'en prétendant défendre, à l'aveuglette, tous les hommes qui se disent "victimisés", le GEPSA travaille à intimider les femmes violentées aux plans physique et psychologique et financièrement exploitées. En les discréditant sur la place publique, on cherche à bâillonner ces femmes et à les empêcher d'obtenir justice et protection face aux hommes qui les battent, les menacent ou qui leur volent mois après mois le soutien dû à leurs enfants," a déclaré le secrétaire du CMCS, Martin Dufresne.
Pourquoi si peu de condamnations?
"Si les appels à l'aide des femmes battues par un conjoint mènent si peu souvent à des condamnations, c'est loin d'être parce que les femmes "mentent" lorsqu'elles appellent la police, affirme M. Dufresne. Les preuves des violences infligées sont habituellement très explicites lorsque les policiers arrivent sur les lieux. Ce qui se passe, c'est que l'appareil judiciaire continue à trouver des façons de protéger les maris agresseurs."
Les procureurs et les juges reconnaissent eux-mêmes laisser traîner ces dossiers pour favoriser une "réconciliation". L'agresseur en profite pour attendrir et culpabiliser la victime: il promet qu'il a eu sa leçon. S'il comparaît tout de même au tribunal, il promet de suivre ce qu'on appelle, à tort, une "thérapie" et on en profite pour éviter de le trouver coupable. Bref, avec la complicité du système, les conjoints agresseurs n'ont aucune difficulté à éviter les conséquences de leurs actes, tout en continuant à attaquer publiquement leur victime. "C'est ce que font tous les batteurs de femmes, explique le Collectif masculin contre le sexisme. Se prêter à leurs proclamations publiques d'innocence, c'est faire leur jeu et se montrer complices de la violence faite aux femmes."
Divorcer pour échapper à un conjoint agresseur
Le CMCS cite une étude de Carmen Gill et Lynn Saint-Pierre, menée en 1986 dans la région du Sud-Ouest du Québec pour la Maison L'Accueil de Valleyfield. Cette recherche systématique a démontré que plus de 53% des femmes qui demandaient le divorce le faisaient à cause de la cruauté physique ou psychologique de leur époux.
"Il n'existe pas la moindre preuve d'une incidence significative de fausses accusations de violence conjugale; des enquêtes irréprochables démontrent aujourd'hui que cette violence est véritable, que son étendue est immense et encore trop souvent sous- rapportée et minimisée. Par contre, tous les intervenants dans ce dossier reconnaissent que le déni de leur violence et la dénonciation de leur victime est systématique chez les batteurs de femmes. Ce sont tout simplement les hommes qui mentent dans ce domaine, affirme M. Dufresne, et c'est eux qu'il importe de poursuivre au criminel."
Le CMCS craint de nouvelles victimes
"Les groupes masculinistes ne parlent jamais de cette violence conjugale si répandue lorsqu'ils appuient n'importe quel homme qui essaie d'arracher une garde exclusive ou partagée et qu'ils réclament pour les hommes divorcés ou séparés des pouvoirs de plus en plus absolus et contraignants face à leurs ex-conjointes", a noté M. Dufresne. "Le divorce est une véritable planche de salut pour les 300 000 femmes victimes de violences conjugale au Québec et pour les enfants agressés sexuellement par un père ou par un beau-père. Si, au nom de la "bonne réputation" des hommes ou d'un prétendu rôle essentiel du Père, on interdit aux femmes de témoigner des violences qu'elles et leurs enfants ont subi dans le mariage et on les empêche de pouvoir protéger leurs enfants au moment du divorce, c'est encore plus de victimes qui viendront s'ajouter aux 479 femmes et enfants tués jusqu'à maintenant par des hommes au Québec depuis le 6 décembre 1989."
On sait en effet que la majorité des meurtres de femmes et d'enfants au Québec et ailleurs sont le fait d'hommes violents en instance de divorce ou récemment séparés et à qui on a consenti des droits d'accès à ces femmes et enfants parce que leur violence n'était pas reconnue.
Le harcèlement médiatique et juridique des femmes par les groupes de pères divorcés est une autre facette de la violence sexiste, conclut le Collectif masculin contre le sexisme, et il est tout aussi important de s'y opposer en tant que société soucieuse de justice et de non-violence.
Pour plus d'informations, communiquer avec Martin Dufresne, secrétaire du CMCS, au (514) 563-4428 ou avec Nicolas Doyon, au 252-9651.
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