Face au néo-patriarcat

Je rencontrais hier soir en débat télévisé à Montréal -- avec deux féministes et deux autres gars du Collectif masculin contre le sexisme -- un groupe antiféministe et anti-femmes très actif au Québec (et financé par l'État), le "Groupe d'entraide aux pères et de soutien à l'enfant", qui, en plus de lutter contre la perception des pensions alimentaires destinées aux enfants, réclame ces jours-ci l'arrestation des femmes victimes de violence conjugale en même temps que leur agresseur (sous prétexte qu'elles mentent dans plus de 75% des cas...). Voici les notes de recherche que j'avais préparées à cette occasion. Tous les dominants ne sont pas dans la police ou au gouvernement........

Martin Dufresne  

QUESTION: Confine-t-on les hommes à un rôle de second plan au moment du divorce?

Ce sont les hommes qui trop souvent choisissent de prendre un rôle de second plan dans le couple, en forçant la mère à assurer seule le travail de parent au moment du divorce, en préférant reprendre leur liberté et en faisant tout pour couper les vivres à leur ex-famille

Être parent, c'est pas juste un statut et des pouvoirs, c'est un travail au jour le jour. Les statistiques de l'institut Vanier de la Famille démontrent que les hommes sont encore très loin de partager également les tâches parentales - qui change les couches, lave les vêtements, nettoie, accompagne l'enfant à la clinique, va rencontrer les professeurs, prépare les repas, fait faire les devoirs, offre une écoute aux jeunes - et c'est particulièrement vrai pour les hommes dont le mariage échoue.

Incitons les pères à un véritable partage mais dans le mariage, pas lorsqu'il est trop tard. Leur promettre tous les droits quoi qu'ils fassent ou ne fassent pas, c'est récompenser l'égoïsme du parent le moins impliqué.

Un homme qui a vraiment partagé ces tâches là n'a pas de problème à s'entendre avec sa conjointe si c'est une garde conjointe qu'ils désirent. Une garde conjointe, ça ne s'impose pas de force.

Un enfant ca n'a pas nécessairement besoin de son père, cela a simplement besoin de gens qui l'aiment et qui prennent vraiment soin de lui. Une mère aimante et présente n'a rien à envier à un père biologique agresseur, alcoolique ou égoïste, qui a lui-même choisi de s'absenter d'un véritable rapport avec ses enfants.

Intérêt de l'enfant important justement et il n'est pas toujours identique à celui du père qui veut trop souvent (soyons réalistes et tenons compte de l'expérience des intervenants comme les travailleurs sociaux et les avocates en droit de la famille, qui savent très bien les problèmes répétitifs que posent certains mauvais pères dans les familles, avant ou après le divorce)

se refaire une réputation de "bon" père après un divorce causé par ses problèmes d'intoxication, de criminalité, d'agression ou de simple égoïsme

garder le contrôle sur son ex-conjointe (en passant par le "bien de l'enfant")

simplement s'éviter de soutenir ses enfants (autorité conjointe v. paiement d'une pension alimentaire)

"se venger" en multipliant les vexations (harcèlement)

enlever les enfants à la mère une fois qu'il a trouvé une nouvelle conjointe

ou l'écoeurer suffisamment pour qu'elle abandonne tous ses droits

On rend un très mauvais service aux hommes en attisant des attentes irréalistes chez eux

celle qu'on les victimise en attendant d'eux un soutien des enfants celle qu'ils sont tous faits pour la garde conjointe

celle qu'ils ont nécessairement droit à la garde s'ils la veulent

celle qu'ils ont toujours droit d'être le parent qui passe Noël avec les enfants

ASSASSINAT DE NATASHA ET CEDRIC-ALEXANDRE SCOTT PAR LEUR PÈRE JEAN-JACQUES ALEXANDRE LE 21 DÉC 1997, SOIT LE LENDEMAIN D'UN ARTICLE DU JOURNAL DE MTL: "Des pères qui ne verront pas leurs enfants au temps des Fêtes" (Il a laissé un message sur le répondeur de la mère à l'effet qu'il "ne pouvait tolérer de ne pas voir ses enfants à Noël")

Si on donne les mêmes privilèges aux deux conjoints indépendamment de leur implication, on va encourager les gars à ne pas partager les tâches (rester assis sur leur steak)

Rôle des hommes à l'intérieur du couple selon L'INSTITUT VANIER DE LA FAMILLE, Profil des familles canadiennes, 1994

Les hommes effectuent beaucoup moins de travail domestique que les femmes:

Par exemple, même dans les foyers où la femme a un emploi extérieur au domicile:

Les hommes passent 3 fois moins de temps à chaque jour que les femmes à préparer les repas et ramasser la cuisine après.

Ils passent 5 fois moins de temps à chaque jour que les femmes à faire le ménage de la maison et la lessive.

Lorsqu'un homme devient père les choses ne changent qu'à peine. Leur taux de participation à ces activités n'est que de 2 % supérieur à celui des hommes mariés sans enfant.

Aujourd'hui, les gars prétendent "faire la cuisine"...

De 72 à 89% des femmes sont seules responsables de la préparation des repas dans les familles canadiennes

En général, même pour les femmes travailleuses à temps plein, on ne note un partage égal des tâches que dans 10% des familles. Dans 52% des familles, la femme est la seule responsable de ces tâches et dans 28% la principale responsable, donc dans 80% des cas, la femme est encore la principale responsable du travail domestique et parental. Les hommes ne sont les plus responsables que dans 10% des familles.

Tant que les hommes ne font pas leur part du travail parental, serait-il juste d'enlever la garde des enfants à la mère pour l'accorder au père dès que celui-ci la demande, même si ce n'est que pour s'éviter de verser une pension alimentaire?

 

À propos des pensions alimentaires destinées aux enfants:

Revenu annuel moyen des hommes divorcés au Canada en 1994: 54 000 $

Pourcentage moyen de ce revenu adjugé en pension alimentaire: 9 %

Une femme sur cinq seulement a droit à une pension alimentaire

La majorité des hommes divorcés sont en défaut de paiement de la pension due à leurs enfants. En Ontario seulement, on comptait 90 000 pères en défaut de paiement de la pension en 1994. 2 sur 3 des enfants d'hommes divorcés vivent sous le seuil de la pauvreté au Canada. Trois familles pauvres canadiennes sur dix vivaient en 1994 à plus de 10 000 $ sous le seuil de la pauvreté - et c'était avant les coupures de l'aide sociale et les refontes de la loi qui aident les hommes à cacher leurs revenus et leurs biens chez leurs parents pour les soustraire à leurs obligations alimentaires.

Surprenant que le Groupe d'entraide aux pères et de "soutien à l'enfant" défende systématiquement les pires pères

les non payeurs de pension

les batteurs de femmes

les pères incestueux en clamant leur innocence et la culpabilité des dénonciatrices de ces abus

Comment le leader du GEPSA sait-il que les hommes qui utilisent son groupe ne sont pas vraiment coupables? Détecteur de mensonge, boule de cristal, justice parallèle? Le travail auprès des agresseurs sexistes révèle qu'au début ils mentent tous ou se nient leur responsabilité. Les encourager à se percevoir comme innocents, c'est leur nuire et aggraver les risques qui pèsent sur leurs victimes.

À propos d'un batteur de femmes invité, qui se prétend innocent:

soit par manipulation soit par incapacité de reconnaître leurs torts, tous les batteurs de femmes font exactement ce qu'il fait,

soit: essayer de salir la réputation de sa femme

nier toute responsabilité

essayer d'accaparer les enfants

Les médias font le jeu des hommes violents en prêtant le micro à ce genre de types sans faire entendre la version de la femme agressée

Les pseudo-statistiques du GEPSA ne tiennent pas.

1) On ne peut prétendre que les femmes "sont aussi violentes que les hommes" en ignorant la violence des gestes et leur contexte d'auto-défense. Ainsi, quand on considère - comme Murray Straus -un bras levé comme un geste d'agression indépendamment du contexte, une femme qui lève le bras pour se protéger d'un coup de marteau de son mari est censée avoir elle aussi posé "un geste de violence" et c'est en additionnant de tels gestes, et même des tentatives verbales de soulever les problèmes du couple, que Straus en arrive à la conclusion que les femmes posent autant ou plus de gestes d'agression que les hommes. Cela n'a bien sûr aucun bon sens et ces chiffres-là sont discrédités depuis plus de dix ans dans le milieu universitaire.

2) La prétention que les femmes lancent de fausses allégations dans plus de 75% des cas n'est appuyée sur rien sinon la propagande du lobby des pères agresseurs. Le seul document cité par Ménard (Underwager & Wakefield) - au sujet des rapports d'inceste - vient d'un type qui n'est même pas psychologue mais théologien, a dit à une revue de la promotion de la pédophilie que "les pédophiles devaient comme Jésus-Christ avoir le courage de leurs convictions et affirmer fièrement leur choix", ce pourquoi il a été chassé de l'Église presbytérienne et de la seule association professionnelle à laquelle il appartenait (la Fondation du Syndrome du faux souvenir). Les soi-disant recherches d'Underwager ont été démontées systématiquement comme un tissu d'inventions et d'erreurs par le Dr Anna Salter pour la Commission des centres d'aide à l'enfance des états de Nouvelle-Angleterre. Underwager est régulièrement discrédité en cour où il est tout de même payé des milliers de dollars pour venir défendre systématiquement tous les pères accusés d'inceste (sans même prendre la peine de les rencontrer à l'avance).

3) Heureusement il existe des études statistiques irréprochables, menées notamment par Statistique Canada et le Ministère américain de la justice, qui révèlent que ce que n'importe qui peut constater en surveillant les manchettes de journaux ou en passant quelques heures dans une salle d'urgence, à savoir que les agresseurs sexistes sont des hommes dans plus de 90% des cas, et que les fausses allégations ne sont pas plus courantes dans les cas d'inceste ou de violence conjugale que pour n'importe quel autre crime c'est-à-dire inférieures à 5%. Ce qui est courant c'est que ces allégations ne débouchent sur aucune poursuite ou sanction mais c'est loin d'être la preuve qu'il n'y avait pas eu agression! Lancer ce genre d'accusations aux femmes, c'est encourager la société à se détourner d'une véritable intervention à l'appui de l'intérêt des enfants et des victimes. C'est aussi encourager les agresseurs à continuer à se juger innocents, à ne pas être réalistes dans l'évaluation de leurs capacités parentales et à accroître leur harcèlement et leurs violences à l'égard de celles et ceux qui leur RÉSISTENT...

On doit regarder les études statistiques existantes pour juger si les témoignages des femmes qui appellent à l'aide exagèrent la réalité des femmes:

LA VIOLENCE EN MILIEU CONJUGAL DANS LA RÉGION DU SUD-OUEST DU QUÉBEC, Carmen Gillm et Lynn Saint-Pierre, Juin 1986, L'Accueil:

"54,85% des femmes ayant entrepris des démarche pour une séparation ou un divorce évoquaient pour motifs la cruauté physique, la cruauté mentale ou les deux motifs ensemble, soit violences physique/psychologique" (page 11)

-------------------------------

PROJET SUR LA SÉCURITÉ DES FEMMES - 1993 (Toronto) (entrevues approfondies - échantillon très représentatif (âge, identification ethnique, statut d'immigrantes, etc. - associée à aucune procédure donc rien à "gagner")

 

Agressions sexuelles : 17 p. 100 (une fille sur six) des femmes ont subi au moins un épisode d'inceste avant 16 ans

34 p. 100 abus familial extrafamilial avant 16 ans

ensemble: 43 p. 100 abus sexuel avant 16 ans

54 p. 100 si on tient compte des exhibitionnistes, des propositions sexuelles aux enfants, des attouchements sexuels non génitaux, etc.

 

Agressions physiques dans une relation d'intimité (violence conjugale) (de la gifle jusqu'aux tentatives de meurtre)

27 p. 100 (plus d'une femme sur 4) des répondants l'ont subie face à des hommes

50 p. 100 des femmes ainsi agressées ont subi une agression sexuelle dans la même relation

25 p. 100 des femmes ainsi agressées ont reçu des menaces de meurtre explicites de l'agresseur

36 p. 100 des femmes ainsi agressées ont craint d'être tuées

--------------------------------------------

Source : Collectif masculin contre le sexisme, (514) 563-4428, 252-9651

 

[ Accueil de La Gauche ] [ Index de La Gauche ]
[ INPRECOR ]