États généraux de la CSN, La richesse, ça se partage !
Des constats exacts, une stratégie stérilisante !

par  Robert Tremblay

Les 29 et 30 mars derniers, la CSN rassemblait plus de 1000 délégué-e-s à Québec pour la tenue d’États généraux ayant pour thème le partage de la richesse. D’emblée, la déclaration des États généraux faisait des constats essentiels. « On ne construit pas un pays démocratique sur le chômage et l’exclusion… On ne construit pas un pays libre sur les inégalités… 20% de la population la plus pauvre touche 5,7% des revenus totaux (après impôts) alors que 20% de la population la plus riche empoche 41,1% de ces revenus. » . Plus grave, cet écart se creuse : « Par exemple : en 1989, avant les paiements de transferts et avant impôts sur le revenu, le cinquième de la population la plus aisée avait des revenus 17 fois plus élevés que ceux du cinquième la plus démunie. En 1995, ils sont 22 fois plus élevés. »

 Les responsables de cette situation sont identifiés : le  grand capital, les gouvernements, tant à Québec qu’à Ottawa, qui ne cessent de creuser le déficit social en se mettant au service du Capital.

 Fort de ces constats, on aurait pu s’attendre à une réelle politisation de la démarche syndicale de la CSN. On aurait pu s’attendre à voir placer la création d’alliances larges avec les autres organisations syndicales et avec les autres organisations populaires, féministes et jeunes au centre de la stratégie de lutte pour un nouveau partage de la richesse. Or, il n’en est rien.

 

Une stratégie localiste et apolitique

 Une dimension essentielle de la lutte pour le partage de la richesse est la lutte pour l’emploi, la lutte pour la réduction du temps de travail. Reprenant cet axe, la CSN pense que la lutte doit se mener d’abord dans les syndicats locaux dans le cadre de la négociation des conventions collectives. Ainsi dans le plan de mobilisation adoptée, on écrit : « Tous nos syndicats sont donc appelés à négocier, dans le cadre du renouvellement de leur convention collective, au moins une mesure supplémentaire de contrôle de l’emploi et des heures effectuées. » Malheureusement, les luttes locales désynchronisées sont très difficiles à mener sur ce terrain et les effets sur l’emploi sont toujours demeurés plus que marginaux. Le texte du plan de mobilisation reconnaît pourtant ce fait : Ainsi un peu plus loin, on peut lire : « Les congrès antérieurs de la CSN ont, à diverses reprises dans le passé, approuvé des résolutions portant sur l’aménagement et la réduction du temps de travail. Il faut aujourd’hui constater le caractère inégal des résultats obtenus. »

 Pourtant, les stratèges de la CSN persistent et signent. Les luttes pour la réduction du temps travail en Europe, qu’on donne en exemple - celles du mouvement ouvrier français et celles des Métallurgistes allemands, n’ont pas été menées entreprise par entreprise mais avec une dimension nationale ou sectorielle et étaient relayées sur le terrain politique par des partis qui défendaient cette revendication. Ces luttes ont été menées pour l’obtention d’une loi pour la réduction de la semaine de travail et sans perte de salaire. Les batailles sont encore en cours… Le patronat s’est toujours opposé à ce combat avec la dernière véhémence. Pourtant une stratégie nationale s’impose pour parvenir à des gains significatifs en termes de création d’emplois.

 Plus, avec la stratégie proposée, on est même en deçà de la stratégie mise de l’avant par les centrales en 1975 dans la lutte pour l’indexation des salaires. A ce moment là, la lutte a été unifiée par le mot d’ordre d’ouverture des conventions collectives et par la mise sur pied de fronts communs régionaux intersyndicaux. Aujourd’hui face au durcissement du patronat et des gouvernements contre les classes ouvrière et populaires, il faut pas se situer non en deçà de ces bons coups du mouvement syndical québécois, mais au-delà d’eux.

 

Une stratégie-mouvement-CSN laissant peu de place aux alliances

 Réduire la lutte pour la création d’emplois et le partage de la richesse au seul cadre des négociations des conventions collectives a une série de conséquences stratégiques qui affaiblissent le combat qu’on veut mener.

 Une telle stratégie ne permet pas de poser la question de la synchronisation des luttes. Demander aux syndicats locaux de mener ces luttes un par un, même avec le soutien de la centrale, c’est ni plus ni moins que demander à ces derniers monter au combat en ordre dispersé. Ce n’est pas très efficace pour la création d’un rapport de force.

 Deuxièmement, une telle stratégie évite à la centrale de poser la question de la construction d’alliances avec les autres centrales syndicales et avec les groupes populaires, féministes et étudiants. Pour que de telles alliances puissent se construire sur du solide, il faut choisir des actions qui permettent à ces groupes de s’impliquer dans des actions conjointes, dans ces mobilisations actives et militantes de masse. Mais une telle perspective n’est même pas soulevée. Comme pour s’excuser, on mentionne dans le document « que la mobilisation apparaîtra peu ou pas développée à certains ». En effet…

 Dans la lutte contre l’assurance-emploi et ses conséquences désastreuses pour les travailleurs et les travailleuses du Québec et du Canada, on soulève enfin la question des alliances, mais on reste très vague sur la création des alliances avec la FTQ, le CTC et les organisations sociales et communautaires et sur la nécessité de mener d’emblée une lutte pancanadienne contre le gouvernement Chrétien.

 

Une stratégie se limitant à la pression sur les gouvernements

 La stratégie proposée rejette, sans le dire explicitement, le terrain politique concret. En fait, elle tend à limiter les organisations syndicales au terrain des luttes économiques et des «interpellations aux partis politiques en présence ». Tant que le pouvoir politique restaura aux mains du PQ ou du PLQ, tout cette politique de pression donnera des gains mineurs et éphémères. A l’heure où les gouvernements creusent, comme le dit justement la CSN, le déficit social, malgré les luttes menées quotidiennement, n’est-il pas temps de poser la question de qui doit diriger cette société ? N’est-il pas temps de rouvrir le débat sur la question de la construction d’un parti des travailleurs et des travailleuses. Mais le premier pas dans cette direction, c’est d’en finir avec une stratégie de concertation sociale où les organisations syndicales sortent toujours perdantes ! Ce premier pas reste malheureusement encore à franchir.

 

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