Femmes et sexe : la nouvelle orthodoxie
II n'est pas facile d'engager une discussion à propos des femmes et de la sexualité. Comment définir le sexe? A-t-il toujours été défini dans les mêmes termes? Quelle place a-t-il ou devrait-il avoir dans notre culture ? Ces questions sont difficiles parce que le sexe et les images sexuelles demeurent, largement, des sujets tabous pour les femmes. L'information et les images sexuelles sont encore largement cachées. Le sexe est toujours, dans la plupart des cultures, une pulsion interdite. C'est une dimension niée de notre être. Même chez les femmes socialistes une discussion sur le sexe se transforme souvent en débat sur le viol, les violences et abus sexuels. C'est presque comme si nous partagions la notion traditionnelle selon laquelle le plaisir sexuel féminin devrait être une préoccupation très secondaire.
Par Nancy Herzig (Inprecor)
L E BOOM ECONOMIQUE de I'après- guerre a créé dans les pays industrialisés les conditions pour un renouveau de l'intérêt pour la liberté sexuelle. II a permis à des fractions larges de la population de s'émanciper des arrangements familiaux traditionnels et des structures communautaires fermées. L'expansion du salariat dans un contexte urbain a ouvert des espaces ou les individus peuvent vivre seuls ou dans des structures familiales non traditionnelles, ou simplement cohabiter. Dans la mesure ou beaucoup de produits ou activités traditionnellement domestiques se sont transformés en biens et services produits sur le marché , le foyer a cessé d'être une unité économique fondamentale pour la société .
Ceci a préparé le terrain pour une nouvelle vague de féminisme, de militantisme et d'expérimentation sexuelle, et a affaibli la famille traditionnelle comme seule source de relations et d'affinités émotionnelles, affectives et sexuelles. La vague féministe des années 60 et 70 était en partie le produit de ces changements. Tout comme l'émergence et la consolidation de communautés gays et lesbiennes depuis l'après-guerre. Bien sûr ces changements ont eu un impact différencié selon les catégories sociales. Les hommes blancs ont généralement accédé plus facilement l'éducation supérieure que les femmes ou les Noirs. Ils ont eu, comme aujourd'hui, davantage accès aux emplois qualifiés et bien rémunérés. Il a donc et plus facile (bien que jamais vraiment facile) pour les homosexuels blancs de se créer une niche dans la société existante, que pour les lesbiennes ou les gays de couleur.
Le boom de l'après-guerre qui a étendu le salariat et amélioré les salaires, a également amené les femmes à travailler hors de chez elles, en a attiré des millions dans les villes en expansion, et a aussi produit des avancées révolutionnaires dans les techniques de contrôle de la reproduction.
L'expansion des universités de masse a permis l'émergence d'une culture alternative de la jeunesse dans les années 60, qui a rapidement défié les notions traditionnelles de sexe et de genre. Les hommes se sont laissés pousser les cheveux, et les femmes ont coupé les leurs.
Deux des figures culturelles les plus emblématiques de cette époque, Elvis Presley et les Beatles dans les années 50 et 60, ont provoqué des polémiques (et captivé un public dans lequel on trouvait beaucoup d'adolescentes) grâce leur agressivité sexuelle sans précédent ou leur non-respect des règles établies concernant I'apparence extérieure. La droite était scandalisée: non seulement des jeunes protestaient contre la guerre et le militarisme, mais en plus on ne pouvait même plus distinguer les garçons des filles!
Certains défis à la culture traditionnelle qui ont surgi alors, peuvent aujourd'hui nous sembler rétrospectivement triviaux, absurdes ou extravagants. Néanmoins ils ont contribué à briser d'anciens moules culturels et ouvrir une nouvelle ère. La révolution sexuelle a même donné. naissance un nouveau vocabulaire. Le concept même de « sexisme», modelé sur le terme racisme, est un exemple bien connu. Parmi d'autres exemples de termes inventés par le mouvement pour formuler ses exigences et expliquer les bouleversements qu'il portait, on peut citer «le droit de choisir», la « préférence sexuelle » ou « l'orientation sexuelle », la « libération des femmes » (dérivé de la libération nationale), le « harcèlement sexuel » et le « droit à la contraception ».
La lutte pour le droit l'avortement, la contraception et pour les droits des gays ont directement remis en cause la notion traditionnelle qui liait le sexe légitime à la reproduction, au mariage et à la famille. De nouvelles perspectives sur le sexe et la sexualité ont promu une revalorisation du plaisir sexuel en général, et du droit des femmes à explorer leur propre sexualité souvent niée dans les cultures traditionnelles. Quand le mouvement des femmes a avancé la revendication de la santé sexuelle et de l'information des femmes, y compris en insistant sur l'orgasme féminin, il l'a fait avec l'idée fondamentale que les femmes sont des êtres sexués, et ont donc autant droit au plaisir que les hommes. C'est dans ce contexte que beaucoup de militantes féministes ont osé défié l'orthodoxie freudienne à propos de l'orgasme «vaginal», une idéologie qui établissait ouvertement une équivalence entre l'orgasme clitoridien et l'agressivité sexuelle de la femme, entravant son développement et favorisant son immaturité émotionnelle. Les féministes comme les militants gays et lesbiennes, ont aussi contesté les théories et pratiques de nombreux « experts» en médecine et psychologie. Ils ont contesté beaucoup de vues traditionnelles à la lumière de leur expérience et de leurs recherches propres. En 1971 le Collectif des femmes de Boston publiait la première édition du succès mondial «Notre corps, nous mêmes», un manuel de santé pour les femmes écrit par des femmes. C'est aussi en 1971 que Shere Hite publiait sa recherche pionnière sur la sexualité féminine. Ses résultats contestaient l'idée établie selon laquelle les femmes n'avaient pas d'intérêt pour le sexe, ou que leurs goûts et préférences étaient plus passifs et moins physiques que ceux des hommes. L'insistance sur l'orgasme féminin faisait partie d'un combat plus vaste pour le droit des femmes à définir leur sexualité, de la lutte des femmes pour leur autonomie et leur libération sexuelle.
Des structures qui avaient été acceptées comme naturelles, éternelles et inchangeables, commencèrent à apparaître comme conventionnelles, culturelles, historiques et surtout transformables. L'une des idées les plus importantes qui surgirent dans cette mise en cause des liens traditionnels entre sexe, mariage et reproduction, était l'idée révolutionnaire qu'il n'y a pas qu'une forme normale, légitime ou correcte de jouissance sexuelle. La libération sexuelle des femmes ne cherchait pas à établir une nouvelle orthodoxie, mais plutôt à donner aux femmes la possibilité d'accéder à une pluralité de choix et de possibilités sexuelles.
Pendant que les mouvements féministes et gays modifiaient les attitudes dominantes, les forces économiques du capital et du marché n'ont pas tardé à s'adapter aux évolutions rapides des conceptions sociales en matière de sexualité . A émergée alors une dialectique complexe entre des attitudes sociales en pleine évolution en partie sous I'influence des mouvements des femmes, des jeunes et des homosexuels et les intérêts du capital pour s'emparer des nouvelles et nombreuses opportunités ouvertes par l'intérêt croissant et l'ouverture du public aux questions sexuelles: les images sexuelles dans les films et les revues devinrent plus osées, des jouets et des produits sexuels sont apparus, et l'information sur le sexe et la sexualité devint plus accessible.
Le changement le plus polémique, avec la publication et la popularisation des manuels de sexe et la libéralisation (surtout aux USA) des lois puritaines, a été la grande diffusion de documents pornographiques. Dès la fin des années 70 avec la fondation de Femmes contre la pornographie s'est engagé un long et dur débat entre les féministes, débat qui dure encore. C'est assez ironique: alors que le féminisme avait été une cause et un produit des évolutions rapides des années 60, il allait se diviser violemment sur la manière de réagir a beaucoup de ces changements rapides et contradictoires.
Les divisions dans le féminisme
A la moitié des années 70, dans la plupart des pays développés et en particulier aux USA, a commencé à émerger, en provenance de la droite, un mouvement de réaction contre les acquis des mouvements des femmes, des gays et des lesbiennes. Des organisations religieuses très conservatrices, très abondamment financées et très militantes, ont développé une large thématique politique autour des questions sexuelles et de la reproduction (avortement, pornographie, contraception, éducation sexuelle, sexe chez les jeunes, gays et lesbiennes). Cette réaction n'a pas réussi priver les femmes de leurs acquis récents. Mais cela ne doit pas nous faire oublier la force de cette offensive de la droite. Il n'est pas possible de retracer ici l'évolution des complexes débats que le « backlash » a provoqués chez les féministes depuis vingt ans. Mais un thème significatif a été une remise en cause croissante de l'idée selon laquelle la liberté sexuelle était une avancée pour les femmes.
L'élan initial de la montée du féminisme dans les années 60 allait du rejet de toute orthodoxie sexuelle la défense de l'autodétermination dans la sphère sexuelle: les femmes voulaient plus de sexe, du meilleur sexe, du sexe plus varié . Beaucoup de ces idées commencèrent être remises en question vers la fin des années 70. L'attaque venait de plusieurs angles, parfois complémentaires. Certaines tendances féministes commencèrent à douter que les nouvelles « libertés » sexuelles soient véritablement des libertés ou des avancées pour les femmes. La plus grande facilité de circulation de la pornographie, et la facilité avec laquelle désormais les hommes laissaient leurs femmes poursuivre leur intérêt: étaient-ce vraiment des avancées pour les femmes? Inutile de dire qu'il n'a pas été difficile pour ces tendances d'arriver à des conclusions fort proches de celles de la droite traditionnelle, qui n'avait cesse de répéter que la libération sexuelle serait préjudiciable aux femmes en donnant plus de liberté aux hommes pour faire ce qui leur plaisait. Dans les années 80 on a pu assister l'alliance bizarre de certaines féministes radicales, comme Andrea Dworkin, avec des sénateurs d'extrême-droite comme Jesse Helms dans un front commun contre la pornographie.
Dans les années 70 et 80 certaines tendances du mouvement des femmes embrassèrent la notion d'une sexualité spécifiquement « féministe », « libérée » ou « des femmes ». La montée de deux courants de pensée a joué un rôle clé en ce domaine: le féminisme-lesbien radical dans les années 70, et le différentialisme ou féminisme culturel dans les années 80. Ces deux tendances partageaient une regrettable tendance à classer certains comportements sexuels comme « libérateurs » tandis que d'autres étaient « oppresseurs ».
Les perspectives radicales lesbiennes
L'émergence de ce courant est devenue visible la fin des années 60, quand la direction de l'Organisation nationale des femmes (NOW), la plus grande organisation féministe aux USA, a réalisé une purge contre des radicales lesbiennes dans ses rangs. La direction homophobe de NOW très soucieuse l'époque de construire une organisation consensuelle et de garder une image « respectable » aux yeux du public américain a expulsé les lesbiennes féministes et refusé ouvertement de prendre en charge les revendications de la communauté gay et lesbienne. Cet accès d'homophobie au sein du mouvement des femmes a facilité la cristallisation d'une tendance politique lesbienne. Pour ce courant, le lesbianisme n'était pas seulement une option légitime pour les femmes: cela devenait le prototype, le programme et la pratique d'une sexualité libérée du sexisme (1).
Les lesbiennes radicales affirmaient qu'un examen attentif de la vie des femmes aujourd'hui et dans le passé, révélait comment les femmes malgré les restrictions imposées par la culture patriarcale avaient toujours essayé de construire des relations vraiment intenses et sexuelles avec d'autres femmes. Un trait-clé du patriarcat était précisément sa tentative ancestrale de séparer les femmes les unes des autres. Le terme de lesbianisme a alors été étendu pour inclure non seulement certaines préférences sexuelles, mais presque n'importe quel lien émotionnel ou physique entre femmes qui était jugé contraire aux lois du patriarcat. Cette tendance aboutissait logiquement à la conclusion selon laquelle la construction et le renforcement de ces liens entre femmes était la tâche essentielle de la culture et du mouvement féministe.
A travers sa critique de « l'hétérosexualité obligatoire », le lesbianisme politique montrait plus clairement que jamais comment les définitions dominantes des sexes et des genres sont socialement construites. Les femmes doivent mettre en question tout ce qu'elles ont appris sur le sexe. Et ne pas supposer que ce qui « vient naturellement » est vraiment naturel.
Cependant la croyance des lesbiennes radicales en une pulsion lesbienne trans-historique a fini par déprécier cette importante contribution. II y avait aussi un autre problème: que dire aux femmes hétérosexuelles ou bisexuelles, qui apprécient les relations sexuelles avec les hommes et vivent même avec eux? Se trahissent-elles elles-mêmes collaborent-elles en couchant avec l'ennemi? Si le lesbianisme est libérateur; l'hétérosexualité est-elle nécessairement oppressive ou dégradante? Telle était en effet la conclusion de nombreuses militantes de ce courant. C'est le problème de toute position qui prend la défense d'une pratique sexuelle particulière présentée comme libératrice en soi: elle finit par négliger et mépriser les opinions et les préférences des nombreuses femmes qui ne partagent pas cette définition spécifique de ce que devrait être le sexe.
Le féminisme « culturaliste », « différentialiste » et « identitaire »
Divers courants nés dans les années 70 et 80 partagent l'idée qu'il existe une culture spécifique féminine, une sexualité spécifique, une nature spécifique. Selon ces militantes, les femmes sont plus généreuses et plus sensibles que les hommes. Elles cultivent l'intimité et la réciprocité, la tendresse et l'engagement, l'amour et la compassion bien plus que les hommes. Leur désir sexuel est plus diffus, moins agressif, et moins obsédé par l'obsession phallique et frénétique de l'orgasme.
D'un autre côté, la sexualité masculine n'est pas seulement égoïste, mais potentiellement nuisible pour les femmes . elle chosifie les femmes, fuit les relations durables, et tend à séparer le sexe et l'émotion. Les féministes les plus extrémistes (cf. par exemple le livre de Dworkin, « Intercourse ») concluent que la sexualité mâle est toujours, de par sa nature même, violente, égotiste et misogyne, et que toute relation sexuelle entre un homme et une femme est en fait un viol.
II est étonnant de voir comment cette soi-disant perspective radicale finit par ressusciter les stéréotypes traditionnels a propos des femmes que les premières militantes de la libération des femmes avaient rejetés comme oppresseurs et réducteurs. Ainsi des mythes selon lesquels les femmes sont plus spirituelles et moins intéressées par I'orgasme que les hommes.
Ce type d'analyse prétend souvent que le sexe est fondamentalement dangereux pour les femmes. Les partisans les plus cohérents de ces thèses ont conclu que jusqu'à ce que le sexisme ait disparu, la seule option libératrice pour les femmes est le célibat ! La liberté par la renonciation sexuelle: on peut difficilement imaginer un renversement plus radical de la revendication initiale d'une vie sexuelle plus libre et plus variée pour toutes. II est facile de voir pourquoi les organisations traditionnalistes de droite ne se sont pas senties menacées par ce type de féminisme, et ont même adopté certains de leurs arguments, contre la pornographie par exemple.
Personne ne songe à nier que le sexe peut être dangereux. Le viol est évidemment un évènement tragiquement banal, les relations hétérosexuelles sont dans toutes les cultures le plus souvent très inégalitaires, et les hommes souvent négligent les sensations des femmes. Mais aussi désagréable puisse-t-elle être, une relation sexuelle consentie, même marquée par un degré de sexisme, n'est pas la même chose qu'un viol. Il y a peu à gagner, dans le combat pour mieux comprendre nos expériences de femmes, à nier cette différence
En d'autres termes, un retour « radical » aux valeurs traditionnelles d'une supposée culture féminine n'est pas la solution.
Les féministes différentialistes ne considèrent pas seulement les hommes, mais aussi les nombreuses femmes qui ne sont pas d'accord avec elles, comme des égarées sans espoir, qui ont besoin d'une Grande sur pour les protéger d'elles-mêmes. Face à l''objection selon laquelle beaucoup de femmes semblent consentir à des relations sexuelles avec des hommes, les féministes différentialistes ont souvent répondu que puisque les femmes ont été façonnées par une culture sexiste, elles ne peuvent véritablement consentir à rien. Leurs choix apparemment volontaires ne sont que le produit d'une manipulation sexiste. Puisque la majorité des femmes ne peut pas véritablement choisir, limiter leurs soi-disant « choix » (comme par exemple censurer la pornographie, que certaines femmes apprécient) n'est pas un acte de répression, mais une tentative légitime de les protéger de la culture sexiste qu'elles ont intériorisée. Les dangers autoritaires de cette perspective sont évidents. De façon prévisible, les différentialistes se montrent souvent très intolérantes et sectaires vis-à-vis des autres courants féministes.
Bien sûr, les résultats de la révolution sexuelle ont été très inégaux, en ce qui concerne les femmes. Nous vivons dans une culture fondamentalement sexiste, et nous avons tous, à un degré ou à un autre, intériorisé ses valeurs et ses catégories. La plupart des sociétés ont traditionnellement désigné certaines sphères de l'activité sociale comme féminines, créant ainsi (quoique de façon évolutive) certains traits de personnalité masculins ou féminins. Les féministes radicales, culturalistes ou différentialistes n'ont pas inventé les problèmes qu'elles traitent. Mais elles les ont traités de façon unilatérale. Et leur tentative de désigner certaines attitudes ou pratiques sexuelles comme plus féministes ou émancipatrices que d'autres se sont révélées déboucher sur une impasse dangereuse.
Autonomie sexuelle, égalité sociale et diversité culturelle
On ne peut pas adopter un projet d'auto-émancipation des femmes et se présenter en même temps comme une avant-garde visionnaire qui a découvert ce que devrait être une sexualité « correcte », libre, « féministe ». Au contraire, dans le combat pour une sexualité plus libre, nous devrions réfuter tout ce qui vise à définir une « ligne » sexuelle correcte, qu'elle provienne de la droite religieuse ou de « féministes ». Récemment les fondamentalistes religieux et les « féministes » conservatrices ont cherché, dans divers pays, à établir légalement des codes de conduite sexuelle qui incluent souvent des restrictions concernant les jeunes ou les célibataires, et la prohibition de documents sexuellement explicites. Cette alliance maudite du féminisme et du conservatisme est particulièrement visible dans la croisade anti-porno aux USA.
Nous devons rejeter aussi bien le soi- disant « post-féminisme » qui nous recommande de jeter au feu nos revendications anti-sexistes, que le matérialisme autoritaire de ces féministes qui se croient autorisées à nous imposer leurs opinions sur la sexualité. Nous avons besoin d'une approche à la fois critique et démocratique, participative et tolérant la diversité de nos désirs sexuels. Une sexualité plus riche et plus libre ne peut émerger que si les gens, et en particulier les femmes, ont la possibilité d'explorer librement leurs désirs, préférences, fantasmes et intérêts; d'apprendre de leur expérience et de celle des autres femmes; d'argumenter, de débattre, de critiquer.
Plusieurs principes découlent de cette perspective d'auto-émancipation. D'abord, personne ne devrait être forcé à une relation sexuelle ou une pratique contraire à sa volonté. De même personne ne devrait se voir nier le droit a une orientation ou préférence sexuelle, ou s'engager de façon volontaire dans certaines pratiques sexuelles, au prétexte qu'une personne ou un groupe les juge choquantes ou déplaisantes. Nous avons besoin d'une « éthique de la relation » et non d'une « morale des actes »: comme mouvement, nous devrions nous inquiéter davantage de la manière dont les choses sont faites (par consentement, accord mutuel, dans des termes d'égalité, etc...), que de quelles choses sont faites. (3)
La capacité des femmes faire leurs choix individuels librement dans le domaine de la sexualité ne dépend pas seulement de l'absence de censure ou de législation répressive (comme les féministes libérales tendent le penser). Elle dépend aussi de l'existence de certaines conditions matérielles et sociales très concrètes. L'insistance sur le fait que le bien-être économique ne suffit pas à liquider le sexisme, a fini par faire oublier certaines que les conditions matérielles demeurent un élément clé de la lutte pour la libération des femmes. Un revenu garanti, un emploi stable, des structures de qualité pour la garde des enfants, un logement, des services de santé, et les droits à la contraception et à l'avortement, tous ces éléments renforcent les possibilités d'autodétermination des femmes. Ils renforcent l'autonomie personnelle des femmes, ce qui leur ouvre un plus grand éventail de choix sexuels, et leur permet de refuser les relations sexuelles et/ou émotionnelles non désirées.
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Notes
Un texte clé dans l'évolution de cette tendance est Compulsory Heterosexuality and Leshian Experience », dans Powers of Desire, Monthly Review, 1983
D'importantes critiques de cette tendance sont faites par Alice Echols, « The New Ferninist of Yin and Yang », dans Powers of desire, et par Raquel Osbourne, La construccion sexual de la realidad, Catedra 1993
Cette distinction provient de Jeffrey Weeks, « Invented moralities », Columhia University,1995
(tirée dInprecor, numéro 422, mars 1998)
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