SOUS LE
VERNIS, LA BARBARIE
«NOTRE» RICHESSE NATIONALE
par Ginette Lewis
Je trouve mes sources d'inspiration, en général, dans les pages économiques. C'est là que les plus grandes illusions sur le merdier capitaliste transpire. Ces menteries éhontées font généralement, à peine quelques lignes et sont assaisonnées de statistiques à faire saliver.
Ma récente trouvaille est dès plus extraordinaire: quelque chose à faire rire et pleurer en même temps. Avec pourtant un titre banal :«La richesse nationale des Canadiens s'est accrue.» (le Devoir, 4-5 avril 98, p. C3).
Tu te dis : «Tiens la propagande de Chrétien sur le Canada : le plus beau pays du monde, continue». Tu te dis, en lisant en diagonale qu'on y rapporte la richesse des autres. Cette richesse a connu une hausse de 3,5% pour atteindre 300 milliard tandis que la valeur nette nationale elle, a haussé de 3,6 % pour atteindre 2700 milliards. Ca écoeure, car dans la même page, un autre titre de l'Agence France-Presse rapporte que le taux de chômage est en hausse aux États-unis à cause de la crise asiatique. Évidement, cela risque fort de s'étendre dans le beau pays du Canada.
Ca écoeure aussi car dans la même semaine, on y rapportait que un Canadien sur dix vivait de l'aide sociale. A remarquer que les femmes sont absentes de ce type de statistiques, pourtant ce sont elles qui devraient en faire les manchettes. On y parle de 1,1 millions d'enfants donc de parents (lire surtout famille monoparentale donc les femmes) sur l'aide sociale. On y parle aussi que 54% des prestataires d'aide sociale y sont, de façon continue, depuis plus de 25 mois. (Le Devoir, 31 mars 98, p. A2).
Mais ma trouvaille c'est que dans le fameux article sur la richesse, on y calculait que, si la richesse canadienne était réparties entre les citoyens, cela donnerait un revenu annuel de 87,100 $ en 97 selon la très officielle agence Statistiques Canada. Et c'est ça qui écoeure, la richesse est là, la pauvreté n'est pas un mal génétique, ni un problème endémique; c'est une répartition inégale de cette richesse. Les gros en ont plein les poches, les autres manger de la marde. Sous le vernis, la barbarie.
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