Aucune opposition aux politiques néolibérales à l'Assemblée nationale...
par Bernard Rioux
Le budget Landry a encore montré, que le gouvernement Bouchard aimait bien se placer à plat ventre devant le Capital (voir l'article sur le budget Landry). Mais le gouvernement Bouchard aime bien utiliser face à la population la réthorique de la solidarité sociale. C'est ainsi qu'en réponse à André Bourbeau, porte-parole de l'opposition libérale, André Boisclair, ministre péquiste, osait déclarer sans rire que le "ministre des finances, notre gouvernement a fait le choix de ne pas considérer la gestion de l'économie dans la seule perspective de la croissance. Ce choix, pour nous, ajoutait-il, sociaux-démocrates, nous du Parti québécois, est déterminant. ... La croissance est, pour notre gouvernement, un moyen essentiel d'instaurer une société où s'exerce une solidarité sociale, une société où se développe une meilleure qualité de vie." (Débats de l'Assemblée nationale, jeudi le 2 avril).
Si de tels propos peuvent être tenus sans être dénoncés, c'est qu'il n'y a aucune opposition à la pensée néolibérale à l'Assemblée nationale. On a, dans cette auguste Assemblée, du moins sur le terrain social, un véritable parti unique. Et vive la démocratie ! Pour démontrer notre propos, il n'y a qu'à revenir sur le discours d'André Bourbeau. On pourra voir facilement pour qui parle ce monsieur.
L'essentiel de son propos visait à démontrer que la perspective de la tenue d'un référendum insécurisait les investisseurs canadiens et étrangers. Telle était sa clé explicative du déficit, du haut taux de chômage, de l'écart des niveaux d'investissement entre le Québec le reste du Canada. Il fallait que le gouvernement renonce à son option "souverainiste" et crée les conditions d'une stabilité renforcée. C'est d'ailleurs le même propos qu'avaient tenu les dirigeants des entreprises québécoises lors d'une rencontre privée avec le premier ministre Bouchard. S'il faut tirer une leçon de cette rencontre c'est qu'outre son option constitutionnelle, le gouvernement péquiste fait bien l'affaire des capitalistes.
Le PLQ, lui, n'a pas ces problèmes. Il est fédéraliste jusqu'à la négation des droits du Québec. Il est un porte-parole fidèle du grand capital. Il aimerait bien que le gouvernement du Québec ait un ambitieux programme de privatisation des entreprises publiques. Bourbeau cite le cas français, qui "est l'émule de ce gouvernement". Mais la politique de Thatcher aussi est prise en exemple par ce monsieur. Il n'a rien à dire sur une réforme qui renforce le caractère inéquitable de la fiscalité, sauf pour dire que la réforme devrait entrer en vigueur plus rapidement. L'allégement du fardeau fiscal des entreprises, voilà son credo.
Qui Bourbeau prend-il à témoin ? Qui cite-t-il ? À qui sert-il de porte-parole? La liste est impressionnante: Michel Audet, président de la Chambre de commerce du Québec, Standard & Poor's, Salomon Brothers, le Conseil du patronat, le président de la Banque de Montréal, l'économiste en chef de la Banque Royale, le Financial Times de Londres, Brian Levitt président d'Imasco, le président de Bombardier... Et il ose ajouter: "On ne pourra pas dire que c'est des gens qui ont un intérêt partisan au Québec..." Ces capitalistes, en plus de se plaindre de la situation "d'incertitude politique causée par la perspective de la tenue d'un référendum", se plaignent également du lourd fardeau fiscal imposé par Québec aux entreprises faisant des affaires au Québec.
Le ministre Landry semble avoir beaucoup souffert lors du discours de Bourbeau. Ses invectives en sont la preuve. Il n'aimait pas se faire rappeler que les capitalistes qu'il tente de courtiser veulent qu'il renonce complètement à un discours le moindrement nationaliste. Ce n'est d'ailleurs pas seulement parce que les sondages pour le PQ ne sont guère favorables que Landry a soulevé l'hypothèse d'en finir avec l'hypothèque référendaire... Les pressions viennent de haut et on sait à quel point ce monsieur est sensible à ces pressions. Mais le pouvoir est ce qui est déterminant en tout et c'est pourquoi, il hésite à faire le saut. Ce gouvernement n'est pas prêt à sacrifier une option qui est pour lui un moyen d'hégémoniser des secteurs entiers de la population du Québec.
Un gouvernement du Parti libéral sera un gouvernement des investisseurs... Le gouvernement péquiste l'est déjà... Mais son obligation pour régner de chevaucher le mouvement national qu'il dévoie, gêne les capitalistes. C'est pourquoi, malgré ses loyaux services, ils veulent s'en débarasser. Pour les classes ouvrière et populaires, il faut une autre politique, il faut un nouveau parti politique indépendantiste travaillant dans les intérêts des classes ouvrière et populaires du Québec. C'est un tel parti que veut construire le Parti de la démocratie socialiste.
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