Le RAP tiendra son congrès de fondation à la fin mai à St-Augustin. Déjà les principaux enjeux du débat sont publics. Le Devoir du 16 avril dernier rapportait que trois options seront présentées aux congressistes : « participer à la prochaine campagne électorale sans présenter de candidat-e-s; se transformer immédiatement en parti politique et présenter des candidat-e-s dès les prochaines élections; ou entreprendre la formation dun nouveau parti politique en vue des premières élections générales du XXIe siècle. ». Nous favorisons pour notre part loption qui propose la transformation du RAP en parti politique et la présentation de candidatures dès les prochaines élections. Nous voulons expliquer ici les raisons de ce choix.
Se contenter dune participation aux élections sans présenter de candidatures, cest sempêcher de fournir une perspective concrète aux personnes qui refusent de soutenir un Parti qui a mené et continue de mener une offensive systématique contre les acquis sociaux des couches ouvrières et populaires. Cest en rester aux paroles et aux dénonciations qui sont peut-être nécessaires mais qui ne permettent aucunement de commencer à offrir sur le terrain politique lalternative que nous devons construire pour en finir avec le néolibéralisme.
Le choix de ne pas présenter de candidatures dès les prochaines élections peut regrouper des personnes qui refusent de rompre jusquau bout avec le PQ tant sur le terrain national que sur terrain social et des personnes qui critiquent, à juste titre, les limites de la démocratie bourgeoise et qui ne veulent pas se soumettre à une logique électoraliste.
Aux premiers, nous demandons de juger le PQ concrètement à ces actes. Le PQ a eu une seule obsession : la lutte au déficit zéro. Le dernier budget Landry montrait que latteinte de cet objectif namènerait pas une réorientation de ce gouvernement. Le budget promet une fiscalité plus concurrentielle, une baisse dimpôt pour les entreprises et de nouvelles attaques contre le principe duniversalité des services publics. Le cours actuel du PQ na rien de conjoncturel. Il ny aura pas un nouveau tournant plus progressiste de ce parti. Il faut dès maintenant commencer à construire une alternative et ne pas manquer des moments essentiels pour ce faire
Sur le terrain national, les débats au sein du PQ sur la tenue ou non dun référendum sur la souveraineté ont démontré que la perspective de la souveraineté était uniquement évaluée par la direction de ce parti en termes électoralistes. Le PQ ne peut être le véhicule de la lutte indépendantiste alors quil a comme principal objectif de gagner une crédibilité dans lopinion publique bourgeoise. Le PQ au pouvoir est en train, encore une fois, de parcourir le chemin quil a parcouru vers une position affirmationniste à la Pierre-Marc Jonhson. Les dernières années ont démontré que la lutte pour lindépendance ne peut être victorieuse que si elle sarticule à une lutte pour une société plus égalitaire, ce qui signifie, dans la période actuelle, si elle sappuie sur un programme anti-néolibéral.
Il serait peu productif de se placer sur le seul terrain des dénonciations du PQ. Il faut dès les prochaines élections présenter des candidatures pour lui contester son emprise sur la lutte indépendantiste quil dévoie et pour avancer un programme qui résume une autre politique à la politique néolibérale quil poursuit. Il faut offrir à lensemble de la population la possibilité de dire non à la politique poursuivie par le gouvernement péquiste. Il faut que la population puisse choisir une autre alternative que celle du néo-conservatisme à la Charest. Et des candidatures sont essentielles pour ce faire.
Pour les militant-e-s critiques de la démocratie bourgeoise, critiques qui peuvent aller dun mode de scrutin inéquitable au pouvoir de largent dans les campagnes électorales, nous comprenons leurs réticences. Nous avons fait, à de nombreuses occasions, des critiques similaires. La bataille pour un scrutin proportionnel est une bataille essentielle. Mais nous ne pouvons sappuyer sur de telles limites pour esquiver des batailles qui pourront créer les conditions de renverser cette situation.
Dautre part, une bataille électorale nimplique nullement que lon sabandonne à un électoralisme à tout crin, au contraire. Le choix des candidats et des candidates peut nous permettre de donner la parole aux personnes impliquées dans les luttes sociales. Les revendications défendues permettent de montrer que les mouvements sociaux sont porteurs dun autre projet de société que celui que veulent nous imposer les politiciens néolibéraux. Les modalités de la campagne peuvent aussi permettre de renforcer la visibilité des différents secteurs en lutte Une campagne électorale peut être loccasion de donner la parole à ceux et celles qui ne lont pas et dunifier les différentes couches militantes souvent dispersées dans de multiples lieux dintervention.
Enfin, présenter des candidatures, permettra à la gauche dinterpeller concrètement les différentes organisations syndicales, populaires, féministes et jeunes pour les appeler à prendre position devant léchéance électorale en leur offrant un choix concret. Présenter des candidatures aux prochaines élections, cest offrir la possibilité de sortir de la logique des pressions et de lattentisme, stratégie qui na pu empêcher jusquici la fracture sociale de sapprofondir et le rapport de force de se détériorer aux dépends des classes ouvrière et populaires.
Cest pourquoi loption de présenter des candidatures aux prochaines élections nous semble la plus porteuse despoirs.
Si le congrès du RAP devait rejeter la présentation de candidatures aux prochaines élections, il serait souhaitable quil vote un soutien aux candidat-e-s du PDS et quil invite ses militantes et militants à les appuyer activement.
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