L'avant projet de manifeste du RAP
Derrière un constat anti-néolibéral bien écrit au ton radical, des perspectives imprécises qui ne permettent pas d'orienter concrètement la lutte contre le néolibéralisme

 par Marc Bonhomme

L'avant-projet de manifeste du RAP veut rassembler les citoyens et citoyennes sur la base de la démocratie. Pourtant d'autres citoyens, les Conrad Black, Paul Desmarais, Jean Charest et Lucien Bouchard. sont toujours des citoyens. Mais ces citoyens là, qui sont aussi des capitalistes parlent, écrivent, agissent et surtout prennent des décisions qui sont exécutées. Ces hommes (et quelques femmes) dans lesquels s'incarne la dictature non-citoyenne sont bien des citoyens qui, pour la plupart, sont d'accord avec le système démocratique de la direction des États par les élus du peuple.

Le RAP, en toute logique, convie donc les citoyens et citoyennes pour la démocratie à combattre d'autres citoyens et citoyennes aussi pour la démocratie. Soit, les premiers, avec leur suffrage universel, leur droit de rappel, leur référendum sur demande, leur assemblée constituante apparaissent plus démocratiques que les autres. Mais dans le camp de ces derniers, il y a aussi des gens pour le droit de rappel (le Reform Party), les référendums (les Républicains et Démocrates aux ÉU), pour la proportionnelle (les partis sionistes en Israël). Dans le camp des démocrates (les vrais), il se pourrait qu'il y ait pas mal de monde qui aient des réserves sur l'une ou l'autre ou plusieurs de ces modalités de la démocratie de masse à cause, justement, du pouvoir du capital à les retourner contre les citoyens et citoyennes. Tout ça n'est très clair, dirait le chanteur-compositeur Richard Desjardins.

Il y a même pas mal de citoyens pro-capital qui pensent aussi qu'il faille « contrer les effets négatifs des traités internationaux par la négociation de normes touchant l'environnement, la santé, la culture, les conditions de travail… ». Parmi eux, on trouve le gouvernement américain (sauf pour la culture), les gouvernements canadien et français. Tous sont aussi pour la démocratie et les droits humains et ne se gênent pas pour le dire. George Sorros, ce grand spéculateur devant l'éternel, Paul Martin et combien d'autres citoyens-capitalistes de premier plan, surtout depuis la crise asiatique, pensent qu'il faut « contrôler la fuite des capitaux et des entreprises à l'étranger. » Beaucoup de propriétaires de PME ne s'opposeraient pas à une « taxe spéciale sur les profits des institutions financières. », ce qu'ont déjà fait, à petit échelle, les gouvernements d'Ottawa et de Québec, soit dit en passant. Tout comme les nostalgiques du capitalisme à la Keynes favorisent le «rétablissement d'une fiscalité progressive » qui, aussi, soi dit en passant, l'est encore, tout au moins si on se limite au seul impôt sur le revenu.

L'avant-projet de manifeste du RAP est aussi pour «l'augmentation du salaire minimum » ? Mais sans aucune précision, cela ne veut rien dire ? Il est pour «un revenu minimum ». Louise Harel aussi. L'avant-projet de manifeste propose de mettre «... fin aux privatisations, à la sous-traitance des fonctions stratégiques de l'État… » Qui va décider quelles sont ces fonctions stratégiques ? Les idéologues néolibéraux diraient que ces fonctions stratégiques se résument à la loi et l'ordre et que tout le reste est privatisable. Ce n'est pas, bien sûr, ce que veut dire l'avant-projet de manifeste. Mais que veut-il dire au juste ? Mystère et boule de gomme. L'avant-projet est pour «la diminution significative du temps de travail applicable par voie législative, dont les modalités seraient négociées avec une compensation… » Pour le citoyen-patron, une heure de moins par semaine, c'est très significatif. Pour le salarié moyen qui ne serait pas pleinement compensé, une heure de moins c'est peut-être une heure de trop.

Quant au service civil volontaire démocratique compensé par une allocation pour les moins de trente ans, c'est là un dangereux dérapage. Pourquoi de parler de service civil, alors que l'on force les jeunes dans des parcours d'employabilité et dans des stages où on les traite comme une main-d'œuvre à bon marché. Et le texte ne parle même pas d'un travail payé à des conditions minimales de travail. C'est une politique de plein emploi pour les jeunes qui doit être défendue, rien de moins.

L'avant-projet de manifeste propose comme solution à la dégradation sans précédent de l'environnement de «créer un organisme de protection de l'environnement indépendant et décisionnel sur tout litige entre les différents secteurs de la société. » Il ne s'agit donc pas de choisir le développement durable contre le néolibéralisme mais de laisser un organisme – nommé par qui ? – d'arbitrer entre les deux.

Pour lutter contre le néolibéralisme, le RAP doit appeler au rassemblement des travailleurs et travailleuses contre le patronat et les partis patronaux tels le PQ. Or les travailleurs et travailleuses sont des gens concrets à qui l'on doit proposer un programme précis tels la semaine de 32 heures payées 40, le salaire minimum à 10.00 $ l'heure, le revenu minimum garanti au seuil de faible revenu de Statistique Canada, un régime de pensions à 80% du meilleur salaire financé à même l'impôt, etc. comme le fait le programme du PDS. Côté financement de l'État, on ne peut se contenter de proposer une vague réforme fiscale afin de payer les intérêts de la dette publique due aux capitalistes mais de d'abord récupérer ces dizaines de milliards $ pour la création d'emplois en revendiquant le gel des intérêts jusqu'à la réalisation du plein emploi. Il ne s'agit pas d'aménager un libre-échange à visage humain en proposant mille et une chartes environnementales ou sociales mais d'arrêter net la libre circulation des capitaux, qui restreint la libre circulation des personnes, en nationalisant les institutions financières au coût réel des actifs payables à la réalisation du plein emploi.

On doit proposer un programme aux citoyens et citoyennes travailleurs et travailleuses pour les inciter à se mobiliser contre les citoyens capitalistes et à lutter pour un gouvernement des travailleuses et des travailleurs qui assurera une véritable démocratie libérée de la mainmise du capital, ouvrant le chemin au socialisme. À ce programme, tous les travailleurs et travailleuses pourront se rallier mais aucun capitaliste ou politicien à leur service ne le pourra.

Dans l'avant-projet de manifeste, la question de l'indépendance réduite à un outil du projet de société alors qu'elle en est un pilier. La revendication de l'indépendance, comme l'a encore une fois démontrée le résultat référendaire de 1995, reste de loin la revendication la plus rassembleuse et la plus mobilisatrice des travailleurs et travailleuses du Québec, tellement est ressenti fortement l'humiliation et le rejet sans cesse croissants de la nation québécoise. Malheureusement la défense du français comme langue commune, au-delà de la proposition d'une autre charte dont on ne sait ce qu'elle contiendra, ne trouve pas de place dans l'avant-projet de manifeste du RAP. Mais un éventuel programme devra, s'il veut parvenir à mobiliser les travailleurs et travailleuses du Québec, appeler à la libération du peuple québécois à la fois de l'exploitation capitaliste dite néolibérale et de l'oppression fédéraliste.

L'indépendance est la porte ouverte vers un Québec libre par tout le monde, et la transition vers le socialisme en est le chemin.

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