Par Jean-Pierre Duchesneau
Le moins que lon puisse dire cest que le débat autour de la nécessité dune alternative politique de gauche au Québec ne laisse personne indifférent. Un sondage effectué pour lémission «Droit de parole» révélait que 73% des personnes au Québec étaient favorables à la mise sur pied dune alternative de gauche. Malheureusement, il semble quune partie de cette gauche reste indifférente à cette nécessité ou du moins ne se sente pas interpellée par cet appel et ce, en particulier, dans la région de Québec. Du moins cest le premier constat que nous pouvons tirer du colloque régional du Rassemblement pour une alternative politique de la région de Québec tenu samedi le 2 mai, auquel seulement une soixantaine de personnes ont participé.
Ce nest pas tellement le nombre qui est une déception, mais plutôt labsence des couches militantes actives dans la région de Québec. Où étaient les jeunes de la coalition Y et des associations étudiantes régionales qui ont joué un rôle important ces dernières années dans la lutte sur léducation ? Où étaient les militantes du mouvement des femmes qui ont mené lun des plus beaux gestes de solidarité de lhistoire du Québec avec la marche «Du Pain et des Roses» ? Où étaient les milieux communautaires qui ont tenu le Parlement de la rue pendant un mois à lautomne ? Ils et elles étaient en très grande partie absentes et absents, de même que les militant-e-s de gauche du milieu syndical. En fait, la composition de ce premier colloque régional était plutôt hétéroclite : des petits entrepreneurs, des gens de divers horizons qui tenaient des discours dignes dun congrès du P.Q. ou du P.L.Q. et, heureusement une trentaine de militantes et militants, dont quelques-uns ont quitté-e-s avant la fin, qui se sont vus noyer dans un discours qui ressemblait souvent plus a une thérapie de groupe, quà la mise sur pied dune alternative de gauche au Québec.
Pourquoi cette absence ?
Pourquoi une telle situation, alors quà Montréal et ailleurs en région, les colloques semblent avoir été des réussites. Nous croyons quil y a deux raisons majeures : le type dappel et les désaccords politiques. La première peut se diviser en deux. Soit des raisons de manque dénergies militantes dans la préparation du colloque et une raison politique : savoir à qui nous nous adressons pour former lalternative politique. Pour ce qui est du manque dénergies militantes, nous ne pouvons que féliciter le comité dorganisation qui a fait son possible avec les énergies disponibles et sa représentation presque exclusivement limitée à certains syndicats. Mais malheureusement, la gauche organisée, ce qui dans la région de Québec se limite presque au PDS, na pas fait de campagne digne de ce nom pour mobiliser les couches militantes au colloque. Bien sûr, nous avons envoyé à toutes et tous nos membres les informations sur le colloque, mais tous et toutes nous savons que mobiliser exige des efforts de sensibilisation, et surtout de conscientisation, des discussions dans nos milieux de travail, nos milieux de lutte sur les enjeux fondamentaux de la période politique, sur limportance dêtre partie prenante de lémergence dune alternative politique. Un tel travail na pas été fait et nous devrons en faire une priorité pour les jours qui restent avant lassemblée de fondation les 29-30 et 31 mai prochains.
Mais il ne faut pas non plus sous-estimer le manque de clarté de lappel pour une alternative politique. Sauf dans les articles de lAutjournal, il nest nul part souligné quil sagit dune alternative de gauche, cest-à-dire non pas des citoyens et citoyennes du Québec, mais plutôt dune alternative des classes ouvrière et populaires (voir larticle «Derrière un constat anti-néolibéral bien écrit au ton radical, des perspectives imprécises ». Une alternative qui doit être la suite politique de nos luttes, une alternative qui doit être le reflet de nos luttes et ce tant dans son appel que dans le projet de manifeste.
Évidemment, ce ne sont pas là toutes les raisons de labsence des couches militantes. Plusieurs ne veulent pas participer par souci de ne pas diviser le vote «indépendantiste» ou parce quils ne croient pas à laction électorale. Il semble que dans la région de Québec, ce soit la première position qui est la plus répandue et ce, sous le couvert dun discours démagogique disant que la gauche nest pas prête à laction politique autonome. Malheureusement au Québec, il y a des lustres que cette gauche passe au côté de rendez-vous historiques parce quelle refuse de sortir du nationalisme bourgeois ou à lautre extrême de son gauchisme infantile.
Le manque de démocratie
Un des pièges dans lequel le RAP ne doit surtout pas tomber, cest labsence de démocratie dans les débats. Pour plusieurs, le colloque de Québec en fut marqué. Une discussion floue sans des propositions claires, des comptes rendus datelier qui reflétaient très peu les débats et aucun vote même à titre indicatif. Il est difficile dans ce contexte de voir à quoi a servi cette consultation. Ont nous dit que les rapporteurs feront mention des modifications proposées par Québec, mais lesquelles ? Si cest comme les compte rendus des ateliers, parions que toutes propositions clarifiant le rôle de défense des classes ouvrière et populaires du RAP seront oubliées dans ces rapports. Même chose sur mouvement ou parti, aucun vote nous permet de savoir la position des participantes et participants. Seule constat, les participant-e-s du PDS ont défendu loption partidaire maintenant considérant lurgence doffrir une alternative pour les prochaines élections, alors que deux des organisateurs se sont opposés farouchement à cette option disant quelle était trop rapide et risquerait de diviser le mouvement.
Soulignons lapport intéressant de Paul Cliche sur limportance de lunité dans son discours de présentation des statuts. Celui-ci, beaucoup plus proche de loption mouvement que de celle de parti maintenant, a tenu à préciser limportance pour le RAP dappuyer nos alliés de gauche de manière militante, en particulier le Parti de la démocratie socialiste, lors des prochaines élections si loption mouvement lemportait.
Il faut construire lassemblée de fondation
Il ne reste que peu de jours avant lassemblé de fondation. Nous devons, comme je les déjà mentionné plus haut, faire de lassemblée de fondation notre priorité. Nous devons faire en sorte que lensemble des secteurs militants de la région de Québec soit présent lors de la fondation. Nous avons déjà trop attendu pour nous doter dun outil capable de représenter le mouvement ouvrier et populaire sur la scène politique. Nous navons plus le droit de laisser passer de tel rendez-vous. La situation de recul que nous vivons exige que nous posions la question de qui doit détenir le pouvoir dans notre société : les banques, entreprises, etc. ou un véritable mouvement qui reflète les besoins de la majorité de la population.
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