Par Bernard Rioux
Dimanche, le 14 septembre 1997, les premiers ministres des provinces canadiennes anglaises réunis à Calgary adoptaient une déclaration qui fixait un cadre pour des consultations publiques relatives à l'unité canadienne. Le 7 mai 1998, le premier ministre Bouchard décidait de tenir une commission parlementaire spéciale sur cet accord après que son ministre, Jacques Brassard, ait déclaré à des multiples reprises qu'il ne valait pas la peine de dépenser un sous pour en discuter. Quel est donc le sens de ce tournant ?
La manuvre des premiers ministres des provinces canadiennes
Que dit la déclaration de Calgary ? Pas grand chose Ce texte d'à peine plus d'une page réaffirme l'égalité des provinces et reconnaît le caractère unique du Québec que la déclaration définit comme suit : " constitué notamment de sa majorité francophone, de sa culture et de sa tradition de droit civil, est fondamental pour le bien-être du Canada. Par conséquent, l'assemblée législative et le gouvernement du Québec ont le rôle de protéger le caractère unique de la société québécoise au sein du Canada et d'en favoriser l'épanouissement "
Cette initiative des premiers ministres des provinces n'était rien de moins que la réponse apportée à une supplique de Daniel Johnson qui avait réclamé un signe d'ouverture du Canada anglais face à une éventuelle réforme constitutionnelle afin de pouvoir renforcer la crédibilité de ses discours sur ce sujet en prévision de l'élection provinciale qui approchait et qui s'annonçait comme un désastre pour son parti.
Pour ce qui est d'ouverture, il faudra repasser. Cette déclaration manifeste plutôt l'intransigeance totale du Canada anglais et son incapacité non seulement de répondre aux revendications du Québec, mais de reconnaître même son existence comme nation dans l'État canadien. En fait, la déclaration de Calgary n'était que l'ombre de Meech et de sa société distincte qui était déjà un refus de reconnaître la nature nationale du Québec pour ne pas parler de son droit à l'autodétermination
L'insignifiance de la déclaration de Calgary est telle que les fédéralistes québécois ne pouvaient pas s'appuyer sur elle pour faire un bout de chemin. Les péquistes préféraient l'ignorer. La venue de Charest à la direction du PLQ devait changer la tactique péquiste à cet égard.
Une commission parlementaire,
Pour braquer les projecteurs sur l'intransigeance fédérale et déstabiliser Charest
Si huit mois plus tard, le gouvernement Bouchard change de cap et convoque une commission parlementaire sur l'accord de Calgary, cela n'a rien à voir avec une quelconque préoccupation populaire. 90% de la population du Québec ignore encore ce qu'est la déclaration de Calgary. Le Premier ministre, qui voit l'effet Charest se dissoudre assez rapidement, désire braquer les projecteurs sur l'intransigeance fédérale et placer Charest dans les bottes de Daniel Johnson, dans les bottes d'un fédéraliste coincé par le refus total du Canada anglais de faire une quelconque concession au Québec. La manuvre est petite mais habile. Alors que la poursuite du déficit zéro a conduit à de dures attaques contre les services publics dans l'éducation et la santé, alors que ces attaques ont tiré au clair le projet de société néolibérale défendu par le gouvernement péquiste, minant les bases de l'appui à la souveraineté du Québec, le gouvernement Bouchard cherche à jouer la carte qui lui reste, celle de l'intransigeance du Canada anglais (Calgary et l'éventuelle décision de la Cour suprême). Le gouvernement Bouchard tente par-là de faire oublier son bilan sur le terrain social d'autant plus que la perspective référendaire demeure pour le moins nébuleuse.
Charest affirme maintenant voir la substance de Meech dans la déclaration de Calgary. Il est tiré sur un terrain qu'il voulait éviter à tout prix. Déjà l'avance de Charest dans les intentions de vote a fondu assez rapidement. Elle ne serait plus que de 6 à 8%. Si bien, que des élections pour la fin septembre sont envisagées le plus sérieusement du monde par l'état-major péquiste. Il s'agirait que l'avance du PLQ baisse sous la barre des 4% pour qu'une victoire du PQ soit assurée.
Et, si la manuvre produit les effets escomptés, le gouvernement Bouchard nous ressortira les discours sur le partenariat et les partenaires canadiens Que de la politique spectacle ! Cela n'a rien à voir avec la mobilisation d'un peuple pour sa souveraineté Cette commission parlementaire sur Calgary est une autre péripétie dans la longue histoire de la récupération péquiste Il est plus que temps de passer à autre chose.
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