SOUS LE VERNIS, LA BARBARIE
Querelle de bustes

Par Ginette Lewis

L'année passée c'était la statue de Gaulle qui a servi de prétexte pour que les fédéralistes et les souverainistes s'énervent les poils des jambes. Cette année, ce sont les bustes de Churchill et Roosevelt. Imaginez, il manque le buste du Premier ministre canadien de l'époque Mackenzie King. Quel crime de lèse-majesté fédéraliste ! Mais dirons les souverainistes, les bustes des deux autres ont été payés par des entreprises privées... des entreprises privées ... la Fondation Roosevelt pour l'américain et Rolls-Royce pour le britannique. Et le cher Mackenzie King n'était qu'un figurant dans cette fameuse rencontre de guerre.

Et c'est ça qui me révolte le plus. Les médias insistent sur une insignifiante querelle fédéraliste-souverainiste alors que dans les faits les événements historiques rappellent une guerre des plus meurtrières. Les rencontres au Château Frontenac étaient des rencontres d'état major pour planifier des interventions, des débarquements en Europe et au Japon. Avec les conséquences meurtrières. Combien de soldats, de civils, de femmes et d'enfants ont connu une fin atroce suite à ces rencontres. Ceux et celles qui ont souffert n'étaient pas au Château. Ce sont les gros qui y étaient, qui savaient qu'ils n'en mourraient pas, qui se partageaient le monde et leurs richesses, qui discutaient de leur pouvoir. Au lieu de parler de héros, l'histoire devrait parler de serviles gérants du capitalisme qui découpaient le monde et les marchés comme on découpe les gâteaux.

Et on élève des bustes à ces personnages au lieu de se souvenir des terribles souffrances de la guerre. C'est à eux et elles que les bustes devraient faire référence, ces illustres inconnu-e-s.

Et quand en plus, on racole à cette situation, la question nationale au Canada. J'ai l'impression d'assister à une mauvaise pièce de théâtre d'été... Un vaudeville ben cheap.

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