SOUS LE VERNIS, LA BARBARIE
La seule fierté qu'il nous restait

par Ginette Lewis

 La fille était pas grande, pas de signes particulier, des grands cheveux châtains simplement attachés en queue de cheval. Elle portait un vieux pantalon gris en coton et un gros ouatiné plus pâle et dans ses pieds des shoeclacks. Ce qui nous la fait remarqué, c'est son sourire. Elle est heureuse. Elle aime son métier. Ce qu'elle fait...simplement brigadière scolaire au coin d'une petite rue. A chaque enfant, elle se fait un devoir de barrer la route, de leur parler. A certain, elle leur caresse le bras ou les cheveux. Elle est heureuse et elle aime cela. Et c'est cela qui est devenu une espèce rare dans notre société.

 Avec la mondialisation, la bureautique et les immenses moyens des derniers changements technologiques, les travailleurs et les travailleuses vont encore connaître une nouvelle étape de l'aliénation du travail. La machine va les contrôler. Fini le beau produit de l'artisan ou de l'artisane issu d'une production ancestrale. Fini le travail à la chaîne avec un boss chiant où le produit appartient à tout le monde. Maintenant nous sommes face à l'ordinateur et face à la rationalité. Les changements sont logiques et s'expliquent. Ce ne sont plus caprices de la nature ou du caractère du boss ce matin-là. Non maintenant, c'est la science. Et ça, ça va gruger encore plus que les harcèlement des boss. Ca devient dans le même registre que la violence psychologique. Alors au XX siècle, l'épidémie ce ne sera pas le sida mais les burn out et les dépressions.

 Dans le fond l'étude présentée au Congrès de ACFAS sur la situation que vivent les infirmières confirme notre entrée dans ce cycle de la dépression. 41 % des infirmières approchées pour l'étude souffraient de détresse psychologique (31 % dans la population générale et 28 % lors d'une étude antérieure en 94 et 32 % en 95). Quant aux chances d'avancement, les infirmières les estiment à 18 % et deux sur cinq pensent changer d'orientation. (Le Soleil,15 mai 1998 p. A6) De plus, 85 % des infirmières affirment voir leur charge de travail augmenter et 76 % manquer de temps. Et c'est là que je vois le lien avec les changements dans les services de santé même si les auteures de l'étude ne peuvent assurer un lien direct. Quant à la formation 78 % des infirmières ont acquis des compétences mais 30 % estiment ne pas avoir reçu une formation adéquate bien que 83 % se jugeaient compétentes pour répondre aux bénéficiaires. Ca aussi ça fait partie de la satisfaction au travail.

 La situation est donc bien morose en santé. Mais l'étude ne couvre que les infirmières. Les résultats seraient, je pense, bien plus alarmants dans l'ensemble du réseau car des titres d'emplois au complet risque de disparaître comme les infirmières auxiliaires. Alors imaginer le stress.

 Oui, la fille au beau sourire au coin de la rue est une espèce en voie de disparition!

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