Saisie des chèques daide sociale
Par Alain Marcoux*
Le projet de loi 186 modifiant la Loi sur la sécurité du revenu déposé en décembre 1997 à lAssemblée nationale, et qui devrait être adopté a la mi-juin, prévoit la possibilité de permettre la saisie dune partie du chèque daide sociale, au seul bénéfice des propriétaires immobiliers, lors de situation de retard de paiement du loyer. Celui-ci donne à la Régie du logement le pouvoir dordonner la saisie dune partie du chèque lorsquun locataire bénéficiaire de laide sociale est en retard de paiement de loyer.
La ministre Harel répond ainsi au lobby intense des représentants du capital immobilier qui réclame depuis le début des années 90 la possibilité de saisir complètement les prestations daide sociale. Selon les dires des représentants de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), la mesure vise à permettre une meilleure accessibilité au logement pour les bénéficiaires daide sociale (sic). Arguant des pertes de lordre de 86,6 millions de dollars annuellement, lAssociation des propriétaires du Québec (APQ), lautre association de propriétaires, se prétend victime de discrimination de la part des bénéficiaires daide sociale qui retardent le paiement de leur loyer.
Prétextant que le marché de limmobilier au Québec nest pas dans une situation monopolistique comme en Ontario ou au Etats-Unis, les associations de propriétaires réclament que létat québécois par le biais de son bras judiciaire, la Régie du logement, se transforme en agence de recouvrement pour ceux-ci. Si jamais cet aspect de la réforme de laide sociale ne devait pas être adopté, les associations de propriétaires prédise un effondrement de linvestissement dans le secteur immobilier, rendu inintéressant parce que débloquant de faible marge de profit. Les propriétaires immobiliers ne seraient plus intéressés à investir dans la construction de logements de qualité, il en résulterait donc une crise du logement au Québec (sic). Pourtant la situation dans le marché du logement locatif est bien différente que limage que ces derniers nous présentent.
Le marché du logement locatif au Québec, un secteur monopolistique
La propriété du logement locatif au Québec est, contrairement à ce quen disent les représentants des propriétaires immobiliers, très concentrée. Selon un document gouvernemental « Se loger au Québec » (1984), 3,8% des propriétaires immobiliers possédaient 53% des logements locatifs. Même si les propriétaires occupant forment la grande majorité des propriétaires avec 85,1%, ces derniers ne possèdent que 32% des logements locatifs.
Ces données qui datent de 1984 sont les dernières disponibles. Pourtant, elles démentent concrètement limage que les représentants des propriétaires immobiliers présentent du marché du logement locatif. Limage dun secteur composé majoritairement de « pauvres petits » propriétaires ne résiste pas devant les faits.
Il y avait au Québec, en 1991, 2 634 300 de ménages et 43% de ceux-ci étaient locataires du logement occupé. Il faut de largent pour devenir propriétaire dun logement. Toutes les institutions financières exigent au moins 10% du prix de vente et cela même si lon bénéficient de lun des programmes gouvernementaux daccession à la propriété. Cette mise de fond représente lun des principaux freins à laccession à la propriété pour les gens à faible et moyen revenu. Létat et les institutions financières ne veulent rien changer à cette pratique. Si tout le monde pouvait devenir propriétaire, on tuerait à toute fin pratique le commerce très lucratif du logement locatif.
Enfin, en 1991, le logement social ne représentait que 9,7% du stock de logement locatifs. Seulement un logement sur dix échappait au marché privé et au jeu de la spéculation.
Des coûts de loyers à taux usuriers et sans contrôle
De plus, malgré un taux de vacance moyen de 6%, les coûts de loyers ne cessent daugmenter dannée en année. Si les loyers augmentent, les revenus des classes populaires, et surtout des assistés sociaux, eux naugmentent pas.
Les associations de propriétaires demandent lintervention de létat pour leur assurer le paiement des loyers, mais refusent de façon hypocrite toute intervention du gouvernement qui irait dans le sens dassurer un contrôle des augmentations de loyers. Pourtant, chaque année les demandes des propriétaires sont de 3 à 5 fois plus élevées que les recommandations de la Régie du logement. Dans région de Québec, le Bureau danimation et information logement (BAIL) a évalué à la lumière des appels reçus, que les augmentations de loyers ont été cette année de trois à quatre fois supérieures aux recommandations de la Régie. Le contrôle des loyers au Québec nexiste que de façon aléatoire. À peine 3% des loyers au Québec font lobjet dune fixation de loyer suite au refus daugmentation de la part du ou de la locataire.
Pour terminer, notons que les données du recensement canadien de 1991, nous indiquait que 517 825 ménages locataires au Québec, devaient consacrer plus de 25% de leur revenu brut au loyer, celui-ci incluant lélectricité et le chauffage. Certains de ces ménages ont de bons revenus et ne sont pas nécessairement mal logés. Mais, pour la très grande majorité, cest le contraire. Au Québec, plus dun ménage sur trois payaient plus de 30% de leur revenu en loyer. Cette norme est considérée par les gouvernements eux-mêmes comme critique. Pire encore, pour 194 225 ménages locataires, cest la moitié de leur revenu qui allaient au logement. Plus dun ménage sur six étaient dans cette situation dramatique.
Dun côté létat devrait assurer le revenu du capital immobilier, de lautre celui-ci a tout le loisir daugmenter les loyers sans contraintes.
Des investissements à la charge des locataires et un revenu net indexé annuellement
La méthode de calcul pour les hausses de loyers prévoit que toutes les dépenses des propriétaires sont à la charge des seules locataires, sauf le dans les cas de propriétaires résidents. Les locataires mettent mois après mois de largent dans un immeuble qui, lors de leur départ, ne leur rapporte rien.
En effet, les locataires doivent assumer la totalité de laugmentation des taxes municipales et scolaires, les coûts des assurances, la hausse des frais délectricité et de chauffage, dentretien, de service, de gestion. Après sêtre fait rembourser toutes les dépenses de limmeuble, la Régie du logement accorde au propriétaire une indexation annuelle du revenu net de limmeuble. Combien de travailleurs ou travailleuses et dassistés sociaux peuvent se targuer de bénéficier, année après année , dune indexation de leur revenu net.
Il est bon de rappeler que le propriétaire immobilier nest imposé que sur ses revenus nets. Laide de létat au développement du secteur immobilier va jusquà rendre déductible dimpôt tous les frais dopération dun immeuble ( de la plomberie à lavocat en passant par les intérêts sur son hypothèque) .
En fait, il se fait payer deux fois les dépenses dopérations de limmeuble.
Aussi, depuis 1985, les gouvernements permettent même une exemption fiscale à vie sur les gains de capital de 100 00$ et moins. Cet abri fiscal a coûté, en 1989, 985 millions de dollars au gouvernement fédéral. En 1990, la même mesure a coûté 273 millions au gouvernement du Québec. Jusquà tout récemment, elle pouvait être utilisée dans le domaine immobilier. Elle a fortement contribué à la spéculation, à la vente et revente de logement et par le fait même à laugmentation du coût du logement.
Enfin, il est à noter que du point de vue fiscal, le déficit dexploitation, sil nest pas provoqué par la dépréciation de limmeuble, est applicable à des revenus provenant dautres sources que la location de logements.
Létat, comme agent de recouvrement pour le capital immobilier
En plus de se faire payer toutes leurs dépenses dopération par leurs locataires et de se faire garantir une indexation de leur revenus nets, les propriétaires immobilier ne veulent assumer aucune perte. Au contraire des autres secteurs de léconomie, le secteur immobilier se verrait assurer le recouvrement des mauvaises créances par la saisie des chèques des bénéficiaires daide sociale. Quel autre secteur de léconomie se voit assurer par létat le recouvrement des mauvaises créances? Lorsquune entreprise ne se fait pas payer ses créances par un client par suite dune faillite de sa part, létat se fait-il agent de recouvrement pour saisir les biens personnels du propriétaires de lentreprise en défaut de paiement? Le capital immobilier ne veut même pas assurer les risques inhérent de léconomie de marché . Ce dernier constitue un des secteurs les plus réactionnaire du capital.
La CORPIQ prétend que les propriétaires perdent, à la suite de non-paiement de loyer par les assistées sociaux, 86,6 millions de dollars. Ce chiffre est contesté par le Regroupement des comités logement et associations de locataires (RCLALQ) et critiqué par la Commission des droits de la personnes (CDP) pour la faible méthodologie du sondage ayant mené à ses résultats. Avec des revenus de location de lordre de 6,69 milliards de dollars, le secteur du logement locatif est très lucratif. Les pertes pour cause de non-paiement de loyer des ménages assistés sociaux ne représenterait que 1,3% des revenus totaux tirés de la location, si on sen tient à leurs données.
Oui, mais les petits propriétaires eux ne sont pas capable dassumer ces pertes, de répondent la CORPIQ. Portant les PME eux doivent assumer chaque jour les pertes liées à de mauvaises créances. Des provisions sont misent de côté pour pouvoir assumer ces pertes. Malgré tout le capital immobilier persiste à exiger que ses investissements soit sans risques. En plus de se faire rembourser toutes les dépenses dimmobilisation dans leurs immeubles les propriétaires veulent quon leur assure que létat est là pour recouvrir les sommes dû au non-paiement de loyer causé par des coûts de loyer inaccessibles aux locataires assistés sociaux.
Le gouvernement du PQ est responsable du non-paiement de loyer
Le gouvernement du Québec a placé de nombreux ménages locataires assistés sociaux en situation de difficulté financière par ses nombreuses coupures à répétition dans les prestations. Au cours des deux dernières années, le gouvernement Bouchard est allé chercher 410 millions de dollars dans les poches des assistés sociaux. Des coupures importantes ont été faites dans lallocation-logement des familles assistés sociales, à lautomne 1996, allant jusqu'à 50$ par mois. La prestation pour une personne seule est de 490$ à laquelle il faut retrancher 104$ si il y a partage du logement! Aux coupures de Mme Harel il faut ajouter les frais de lassurance-médicament de M. Rochon. Sil y a des problèmes de paiement de loyer chez certains bénéficiaires de laide sociale cela est dû au revenu insuffisant de ces derniers, et au marché privé du logement locatif qui ne fournit pas de logements de qualité et abordable aux ménages pauvres.
Dans le cadre de loffensive néolibérale létat est pour le capital immobilier un agent de recouvrement et une police dassurance de taux profits toujours élevés!
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Conseiller au Bureau danimation et information logement (BAIL), lassociation des locataires de la région de Québec. Membre de Gauche socialiste, section marxiste-révolutionnaire au sein du Parti de la démocratie Socialiste (PDS). [ Accueil de La Gauche ] [ Index de La Gauche ]