L'ORDRE PATRIARCAL

Toutes les femmes dans le monde et même toutes les femmes dans l'histoire, à quelques exceptions près, ont vécu et vivent dans des sociétés patriarcales, c'est-à-dire des sociétés dominées par les hommes où ils contrôlent toutes les sphères tant idéologiques, culturelles, économiques que politiques. Le patriarcat, comme système d'oppression et d'exploitation spécifiques des femmes, se perpétue à travers les lois, les traditions, le langage, l'éducation, la division du travail, la religion, etc. et imprègne les autres systèmes d'oppression et d'exploitation (de classes, entre pays) qui en même temps le renforcent. Par son caractère universel et sa longévité, il est la cause première des inégalités que l'on observe aujourd'hui entre les hommes et les femmes et fournit une base péremptoire à toutes idéologies méprisantes et à toutes pratiques discriminatoires qui s'exercent au détriment des femmes. Un des traits marquants de l'idéologie patriarcale comme telle, est, de par les processus de socialisation des différentes sociétés, son intériorisation, à la fois par les hommes et par les femmes (Kate Millet LA POLITIQUE DU MÂLE, chapitre 2).

À travers l'histoire et selon les différentes civilisations et sociétés, on observe des variations dans les manières par lesquelles s'exprime le patriarcat, soit la domination des hommes sur les femmes. Sous des formes variées, on retrouve certaines constantes, de différents ordres, qui caractérisent l'oppression des femmes - restrictions au statut civil et légal des femmes, - division sexuelle et hiérarchique du travail au détriment des femmes, - enfermement des femmes dans la famille (les femmes n'étant pas reconnues pour elles-mêmes mais en premier lieu toujours en rapport avec leur place dans la famille : mères de, filles de, soeurs de, épouses de ... ), - glorification de la mère, d'enfants mâles en particulier, plus ou moins prononcée (directement exprimée sous le fascisme et les dictatures) en même temps qu'on n'accorde aucun regard si possible aux besoins physiques et aux désirs des femmes qui accouchent (pas de soins de santé ou des soins contrôlés et imposés par la médecine moderne), - restrictions à la mobilité physique des femmes quand ce n'est pas l'exclusion pure et simple de certains lieux, - violence physique contre les femmes (viols, femmes battues par leurs conjoints), - contrôle du corps des femmes, de leur sexualité et de leur fonction de reproduction, qui implique toute une panoplie de pratiques (mutilations du corps des femmes, stérilisation forcée, expérimentation sur le corps des femmes, droit ou non ou accessibilité ou non aux moyens de contraception et à l'avortement déterminés par des politiques natalistes ou malthusiennes), - prostitution des femmes.

Ces constantes, contre lesquelles le mouvement féministe s'est élevé, sont comme le canevas que cherchent toujours à solidifier les tenants du militarisme, du fondamentalisme religieux, de l'impérialisme. Par exemple, ce n'est pas un hasard si, aux États-Unis, sous l'administration Reagan, on observe la montée des attaques contre le droit des femmes au contrôle de leur corps, si, au Pakistan, on restreint le statut légal et civil des femmes et si, en Iran, on glorifie les épouses et mères de même qu'au Chili d'ailleurs.

"La femme dès qu'elle est mère n'attend plus rien dans le domaine matériel ; elle cherche et trouve dans son propre fils, la finalité de sa vie, son unique trésor et la réalisation de tous ses rêves." Général Augusto Pinochet, discours, 1982.

Le renforcement du patriarcat apparaît comme nécessaire aux dominants (que ce soit les pays ou les classes) pour asseoir leur pouvoir et leur contrôle.

Les différentes cultures et pays du monde étant davantage interreliés par des échanges à tous les niveaux, apparaissent aussi 'l'import-export" ainsi que le développement à plus grande échelle de certaines formes d'oppression et d'exploitation des femmes comme, par exemple, la pornographie, la prostitution, le trafic des enfants et des femmes ou l'organisation du travail des femmes dans les zones franches.

Les formes et les façons institutionnalisées d'assurer la continuité du patriarcat ou de l'accentuer dans chacune des sociétés et dans le monde, pourraient avoir des incidences encore plus désastreuses et plus déterminantes sur les conditions de la vie quotidienne des femmes et sur le cours de leur vie, si ce n'était des formes d'organisation, de luttes et de solidarité des femmes.

Aussi, le patriarcat apparaît-il comme une toile de fond sur laquelle nous devons voir et comprendre la situation des femmes dans le monde selon différents domaines que ce soit le travail salarié ou non, l'accès aux ressources, aux revenus et au pouvoir, l'éducation, la santé. Au départ, le patriarcat rétrécit les scénarios possibles quant à la vie des femmes et lié aux autres systèmes d'oppression et d'exploitation et à certains phénomènes comme la militarisation, on voit apparaître pour les femmes, à travers les violences et les discriminations qu'elles subissent et la pauvreté grandissante qu'elles vivent de plus en plus nombreuses, une finale bien cynique, qu'elles-mêmes doivent réinventer.

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