Communiqué de presse
Montréal, 12 juin 1998
Axworthy annonce des mesures bidons
pour sauver l'image de Mexico

par le Comité pour les droits humains au Mexique, Salut le monde !, Réseau de solidarité avec le Mexique et le Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine

Les groupes québécois de solidarité et de défense des droits humains au Mexique ont décidé de se faire entendre auprès du comité trinational sur le transport, formé dans le cadre de l'Accord de libre-échange nord-américain, car ils déplorent que les profits commerciaux et la libre-circulation des marchandises soient considérés plus importants que le respect des droits humains. Ils sont venus dire que les mesures annoncées le 5 juin par le ministre des Affaires étrangères Lloyd Axworthy en réponse aux recommandations de la délégation parlementaire - qui n'a passé qu'un « week end au Chiapas » ! - ne répondent aucunement aux graves problèmes que leurs propres délégué-e-s ont constaté sur place.

Le gouvernement canadien persiste à nier que son partenaire, le gouvernement mexicain, est une des parties impliquées dans le conflit au Chiapas et porte une grande responsabilité par rapport aux violations des droits humains. Pourtant, les observatrices et observateurs civils mexicains et internationaux ainsi que les organismes, tels qu'Amnistie Internationale documentent inlassablement de graves violations des droits humains au Mexique (torture, viols harcèlement, assassinats, disparitions, intimidations, etc) commises en toute impunité par l'armée fédérale, les forces policières et les groupes paramilitaires (liés au parti au pouvoir, le PRI).

Nous trouvons dramatique la complaisance du gouvernement canadien envers le gouvernement mexicain qui n'a pas respecté la promesse faite à la délégation parlementaire canadienne de ne pas démanteler d'autres municipalités autonomes dans le Chiapas. Le 3 juin, un convoi de 1000 soldats et policiers ont envahi la municipalité autonome Nicolas Ruiz en utilisant les gaz lacrymogènes et détenu 160 personnes. Dans la nuit du 10 juin, des soldats et policiers ont envahi la municipalité autonome de San Juan de la Libertad: ils ont menacé, battu et arrêté des habitant-e-s et détruit des maisons en lançant des bombes par hélicoptères. Il y aurait entre sept et neuf personnes tuées et plusieurs blessées.

L'inertie du gouvernement canadien face aux mensonges, à l'hypocrisie et à la violence orchestrés par son partenaire, le gouvernement mexicain, laisse le champs libre à une offensive militaire générale et à d'autres massacres, comme celui d'Acteal, où 45 personnes ont été assassinées par un groupe paramilitaire en décembre dernier.

Le ministre Axworthy déclare qu'au Chiapas, « l'atténuation des tensions et la recherche d'une solution pacifique passent par le dialogue et la présence d'observateurs internationaux responsables ». Malgré ces belles paroles pour épater la galerie, le gouvernement canadien ne peut promouvoir le dialogue sans exiger du gouvernement mexicain le retrait des 75 000 soldats qui occupent toujours le Chiapas et le désarmement des groupes paramilitaires. La commission gouvernementale des droits humains au Mexique a elle-même recommandé de telles mesures dans son rapport annuel du 6 juin dernier. De plus, la promotion médiatique du dialogue est insignifiante sans l'exigence auprès du gouvernement mexicain d'un respect des Accords de San Andres sur les droits autochtones, qu'il a signés en 1996 avec l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), et de l'arrêt de la campagne de salissage et d'intimidation qui a mené à la récente démission en bloc de la Commission de médiation présidée par Mgr Samuel Ruiz.

D'autre part, le ministre Axworthy annonce qu'il souhaite envoyer des observateurs pour les élections d'octobre prochain au Chiapas. Ceci ne servira qu'à tenter de maintenir la façade démocratique du régime mexicain. Les élections d'octobre prochain ne résoudront évidemment pas un conflit qui prend source dans de profondes inégalités sociales ainsi que dans la violence militaire et paramilitaire. Il faut se demander pourquoi le gouvernement mexicain acceptera des observateurs internationaux en période d'élections alors qu'il les refusent ou les expulsent en dehors de cette période, malgré la demande des communautés autochtones en faveur d'une présence internationale pour se protéger de la répression.

Nous jugeons pour notre part qu'il est totalement IRRESPONSABLE de la part du gouvernement canadien de ne pas exiger auprès du gouvernement mexicain la présence constante d'observateurs civils internationaux au Chiapas, dans toutes les communautés autochtones qui le demandent. Il est aussi irresponsable de ne pas protester contre les expulsions d'observateurs internationaux, dont celle des deux Québécoises, Julie Marquette et Sarah Baillargeon, le 13 avril dernier.

Le ministre Axworthy parle de créer des liens entre les autochtones du Canada et du Mexique et d'appuyer les communautés autochtones par le développement économique. Le Projet Oaxaca- Kahnawake constitue un exemple de ce type d'initiative; il s'agit d'un accord de commerce entre Kahnawake et ceux qui sont désignés comme étant la « population de Oaxaca » et qui sont dans les faits des organisations gouvernementales liées au PRI. Cet accord basé sur la commercialisation de l'artisanat autochtone accentuera l'exploitation des autochtones mexicains à titre de main-d'oeuvre à bon marché. L'accord est largement critiqué par des groupe de défense des droits humains ainsi que par des résident-e-s de Kahnawake qui le considèrent comme une opération de relations publiques pour détourner l'attention internationale face à la répression que subissent les peuples autochtones.

Par ailleurs, le ministre Axworthy annonce en grande pompe qu'il va consacrer 100 000 $ du Fonds canadien pour le Mexique au « développement socio-économique » des communautés autochtones du Mexique sans donner l'assurance que cette aide ne sera pas acheminée par l'entremise d'organisations « non gouvernementales » liées au PRI. De plus, nous constatons que dans l'immédiat, les besoins alimentaires des 19 000 personnes déplacées par le conflit au Chiapas sont tellement dramatiques que le montant de 100 000 $ proposé par le ministre Axworthy suffirait à peine pour couvrir les seuls besoins en maïs pour 10 semaines. Comment le gouvernement canadien peut-il prétendre soute avec cette aumône des projets d'autosuffisance, dans une région qui est par ailleurs fortement militarisée ?

Nous ne sommes pas dupes. Le gouvernement canadien protège le régime autoritaire et sanguinaire mexicain parce que, pour nos dirigeants, les perspectives de profits privés au Mexique comptent plus que la justice sociale, les droits autochtones et la dignité humaine.

   [ Accueil de La Gauche ] [ Index de La Gauche ]
[ INPRECOR ]