Lucien Bouchard n'a pas fini de surprendre les indépendantistes québécois. Non seulement, il s'est rendu à la conférence de Saskatoon, mais il s'est montré un partenaire «très conciliant et très coopératif » et cela aux dires mêmes des premiers ministres provinciaux.
Il a coopéré à quoi au juste ? À la mise sur pied d'un front commun des premiers ministres qui se sont entendus pour quémander une entente sur le droit de retrait des programmes fédéraux avec compensation. Le Québec a accepté que le retrait et l'utilisation de la compensation tiennent compte des priorités fixées par le gouvernement fédéral. Les premiers ministres provinciaux qui se contentent de la gestion provinciale des priorités fédérales voient cette entente comme un grand pas en avant pour le fédéralisme. Plus ces derniers prétendent que cette entente est l'application de l'article 7 de l'accord de Calgary. Rappelons cet article : «7. Le Canada est un régime fédéral dans le cadre duquel les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux travaillent de concert, tout en respectant leurs compétences respectives. Les Canadiens et les Canadiennes souhaitent que les rapports entre leurs gouvernements soient marqués par la coopération et la souplesse pour faire en sorte que la fédération fonctionne efficacement. »
Lucien Bouchard prétend pour sa part que cette entente est une protection des pouvoirs du Québec. En fait, cette entente s'inscrit bien dans la logique de l'égalité des provinces. Elle s'inscrit dans la logique qui nie la réalité de nation du Québec et de son droit à l'autodétermination car elle demande un pouvoir de retrait pour l'ensemble des provinces aux mêmes conditions. Il n'y a même pas l'ombre d'un fédéralisme asymétrique dans cette entente.
Comment Bouchard ose-t-il prétendre, sous le regard amusé des autres premiers ministres d'ailleurs, que cette entente est une défense contre l'empiétement du fédéral ? N'est-ce pas plutôt une ouverture qui pourrait permettre à Ottawa de multiplier les initiatives sur le terrain des juridictions provinciales en accordant le droit de retrait pourvu que ses priorités soient respectées. Si le gouvernement fédéral rentrait dans ce jeu de la fausse décentralisation, il pourrait s'agir d'une stratégie pour affaiblir le Québec et le mouvement souverainiste.
Mais Ottawa n'en est même pas encore là. Ottawa voit les gouvernements provinciaux comme des gouvernements subalternes Il veut bien pouvoir les utiliser pour ses fins et à ses conditions. ? Il ne voit dans les positions des provinces qu'une position de négociation. C'est pourquoi le ministre Stéphane Dion salue l'entente comme montrant que le Québec peut trouver sa place dans la confédération comme province comme les autres mais refuse de voir le gouvernement fédéral lié de quelque façon que ce soit à cette entente.
Sur le plan social, on ne peut attendre davantage Lucien Bouchard, en accord avec Harris, a demandé au fédéral de baisser ses impôts et, ce qu'il n'a pas dit, les services que ces impôts paient. C'est logique. C'est déjà cela que son gouvernement a promis avec l'atteinte du déficit zéro. Ce politicien conservateur n'a fini de nous surprendre.
Bouchard ressortira sa rhétorique souverainiste à l'approche des élections Mais les fédéralistes pourront toujours compter sur lui pour administrer le Québec dans le cadre de la fédération canadienne tant qu'une force politique indépendantiste ne lui aura pas enlevé la possibilité de jouer son petit jeu de politicien du compromis et de la compromission
Bernard Rioux
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