Les travailleurs russes en face du parlement russe
Ils demandent un gouvernement démocratique et un changement de
stratégie démocratique
Par David Mendel
Au début juin, 200 mineurs du charbon, délégués de diverses régions, ont installé un campement face au parlement russe à Moscou. Cette action est la suite logique de plusieurs blocages de lignes de chemin de fer commencés en mai pour réclamer le paiement des salaires non payés, parfois depuis plusieurs mois. Pour débloquer la situation, le gouvernement fait des promesses qu'il ne tient pas, d'où une reprise des actions de blocages à la mi-juillet.
Le camp des mineurs initié par le Syndicat indépendant des mineurs (le plus petit des syndicats de mineurs, le président de l'autre syndicat ayant refusé son soutien sous prétexte que c'était une action cul-de-sac) attire un soutien de d'autres secteurs victimes des mêmes politiques désastreuses qu'exigent le G-7 à travers les prêts conditionnels du FMI. Les secteurs manifacturiers et le potentiel scientifico-technologique russe en sont dévastés, rendant l'économie russe de plus en plus dépendante de l'exportation de ses ressources naturelles, surtout le pétrole, dont les prix internationaux s'effondrent suite à la crise asiatique.
Un rapport de l'UNESCO de 1995 souligne que les indicateurs russes sont ceux d'un pays en guerre. Peut-être l'action des mineurs sera-t-elle un point tournant ? La solidarité des autres secteurs est un fait nouveau. Ce camp est devenu un pont de ralliement pour les travailleurs et travailleuses qui ont perdu leur illusion à propos du régime. On voit des délégations de l'auto, de la défense, de l'éducation, de la santé, de la science venant de toutes les régions venir au camp. Les mineurs ont contribué à installer Yeltsin au pouvoir puis à soutenir ses politiques. Maintenant, ils demandent sa démission immédiate et la renationalisation des mines de charbons et de d'autres secteurs clefs.
Cette fois-ci, affirment les mineurs leurs demandes politiques, dont celle de la renationalisation qui est nouvelle, ne seront pas abandonnées en faveur de concessions économiques. Ces demandes arrivent au moment où la crise russe s'intensifie et les demandes occidentales se font de plus en plus pressantes conditions aux prêts du FMI pour soutenir le rouble et éviter un effondrement boursier. Le gouvernement coupe encore plus ce qui reste de la protection sociale et de l'aide à l'industrie tout en instituant un système fiscal encore plus régressif. Les retards de paiements de salaires en seront aggravés d'autant.
Le 8 juillet, le camp des mineurs publiaient « L'appel aux citoyens de la Russie par les représentants des collectifs de mineurs participant à l'occupation face à l'édifice du parlement de la fédération russe et par le comité de coordination russe des syndicats et des associations sociales des universités et des instituts scientifiques.»
«En Russie aujourd'hui, les mineurs, les enseignants dans les institutions de haut savoir et les écoles, les médecins, les étudiants, les travailleurs, les ingénieurs et le personnel technique et scientifique font grève et organisent des actions de protestation. Ils demandent la fin des réformes anti-peuple et la démission de B.N. Eltsin. Nous sommes complètement solidaires avec eux.
«Nous demandons que le deux chambres de l'Assemblée fédérale de la Fédération russe amende la constitution de la Fédération russe en vue de liquider le régime présidentiel dictatorial et de restaurer un réel pouvoir populaire et le contrôle de l'exécutif par le législatif.
«Nous demandons le paiement à temps des salaires et des commandes d'État, un salaire de base pas plus bas que le standard minimum pour vivre.
«Nous demandons la fin de la destruction et la vente à bon marché des ressources intellectuelles et technologiques du pays
«Nous demandons l'annulation de la privatisation des branches clefs de l'industrie, du secteur énergétique, des communications et une revue détaillée de la légalité de toutes les autres privatisations. Nous demandons que toute la propriété pillée soit retournée à l'État.»
Ce sont là des demandes radicales qui vont à la source des problèmes des travailleurs. C'est un pas en avant de la part des travailleurs russes qui, jusqu'ici, s'étaient contentés de demander d'être payés à temps.
Mais une faille importante du mouvement est l'absence d'un programme clair et d'un parti des travailleurs/travailleuses digne de confiance pour le porter. La conscience de l'alternative n'est pas clair malgré le désir de lutter solidairement.
Un autre problème est le manque d'une évaluation réaliste des rapports de force. Nombre de travailleurs se sont montrés de plus en plus impatients et incapables d'estimer le long chemin que le mouvement ouvrier à encore à parcourir. Il y a aussi une dangereuse sousestimation de la volonté et la capacité du régime d'utiliser la violence contre le peuple. Mais cette volonté a été largement démontrée par le sanglant massacre des défenseurs du Soviet Suprême en octobre 93 et plus tard par les tactiques terroristes de l'armée en Tchétchénie où cette dernière a tué des dizaines de milliers de personnes, pour la plupart des civils. Si la répression policière a été jusqu'ici rarement utilisée contre le mouvement ouvrier, c'est que le régime ne s'est pas senti menacé par ce dernier.
C'est une raison de plus pour fournir au mouvement actuel un soutien international. Il est important de faire savoir aux travailleurs russes qu'ils ne sont pas seuls. Mais il est aussi très important que nos gouvernements qui sont complices de ces crimes le sachent également.
Des messages de soutien peuvent être envoyés a:
L'Union indépendante des mineurs
Novyi Arbat 15, rm. 2401
Moscou 121910, Russia
Tel/fax: (095) 20261 20
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