Exproprier Dominion Bridge pour un dollar

 par Marc Bonhomme

La priorité économique du gouvernement du Québec, Libéraux et Péquistes confondus, n'a jamais été le plein emploi mais bien le développement d'un illusoire Québec Inc.. Les success strories, tels Bombardier et SNC-Lavalin, sont devenus des fédéralistes enragés qui se servent du Québec comme base d'exportations de capitaux. D'autres prétendants à Québec Inc. n'étaient que des aventuriers parasitant les fonds publics et en plus d'être souvent antisyndicales. Il s'agissait, pour Raymond Malenfant du Manoir Richelieu, pour Michel Gaucher de Steinberg, pour Bertin Nadeau de Provigo/Gaz Métropolitain de profiter du peuple québécois comme payeurs de taxes et comme travailleuses.

 On aurait cru la leçon apprise. Mais non, en janvier 1996, le PQ donne (vend pour un dollar) à l'aventurier Michel Marengère les chantiers maritimes de Lévis-Lauzon avec en prime une subvention de 55 millions $ qui semble avoir été siphonnée vers les autres filiales de l'apprenti petit empereur. Faut le faire : le vendeur qui paie l'acheteur. Si les chantiers n'avaient été qu'un tas de ferraille à nettoyer, on aurait pu comprendre. Mais « le chantier de Lévis compte sur une main-d'œuvre expérimentée [et de plus en plus internationnalement compétitive avec la baisse du huard, NDLR], il dispose d'équipements de valeur et ses cales sèches suscitent l'envie. » (Le Soleil, 3/09/98). Rien d'étonnant. Depuis 1985, le seul gouvernement du Québec a « déjà mis 350 millions $ dans cette aventure… ».

 Facile aujourd'hui de dire qu'il serait insensé de continuer à engloutir des millions dans ce petit conglomérat en faillite racheté depuis peu par une compagnie américaine qui croyait faire une bonne affaire. La conséquence en serait non seulement mille travailleurs en chômage, plus de trois à cinq cent à la Dominion Bridge de Lachine, mais le fermeture du dernier grand chantier naval du Québec (Verrault de Matane et Industries Océan de l'Île-aux-Coudres sont de petits chantiers en comparaison) alors que la nation québécoise habite le pays du Fleuve et du Golfe St-Laurent.

 Est-il normal que le gouvernement fédéral favorise systématiquement les chantiers de K.C. Irving de St-Jean du Nouveau-Brunswick et d'Halifax ? Faut-il s'étonner que le Québec n'ait jamais eu sa part fédéral de contrats d'approvisionnements et de recherche-développement (mais plus que sa part d'assurance-chômage et de paiements de péréquation !) ? Est-ce normal que le gouvernement étasunien, avec le Jones Act, exige que tous les bateaux devant naviguer dans les eaux intérieures des EU doivent être construits aux EU mais que le Canada n'ait pas de législation équivalente ? Comme quoi il n'y pas que la Cour suprême qui penche toujours du même bord, mais aussi l'ALÉNA.

 Encore une fois, la classe ouvrière du Québec se sacrifierait pour Québec Inc., pour la bourgeoisie canadienne et pour l'impérialisme américain. Pourquoi les travailleurs et travailleuses de Lévis et de Lachine n'exigeraient-ils pas que les installations québécoises de la Dominion Bridge et des ses filiales ne soient pas expropriées pour un dollar ? Même d'un point de vue purement de droit bourgeois ce ne serait que l'application du principe : satisfaction garantie ou argent remis. Rien n'interdirait, par la suite, d'associer Verrault ou Industrie Océan à l'affaire en autant qu'ils paient leur part d'actif à leur valeur. Quant à investir dans les chantiers et dans l'usine de Lachine, les impôts non payés des compagnies et les intérêts sur la dette publique sont une mine où aller puiser.

 L'affaire est d'autant plus réaliste que le carnet de commandes des chantiers est plein jusqu'à la fin 1999. En ces temps économiquement difficiles, il ne manque donc absolument rien aux chantiers pour réussir. Le problème est politique et idéologique. Il appartient au prolétariat à se libérer de l'emprise du néolibéralisme que les EU imposent aux autres, du chauvinisme fédéral qui essaie de faire du Québec une nation de quêteux, du nationalisme québécois qui amène tout un peuple à se sacrifier au patronat national et du défit zéro qui justifie qu'un gouvernement écrase ceux et celles qui l'ont élu pour les bénéfices d'une poignée de banquiers.

4-09-98

[ Accueil de La Gauche ] [ Index de La Gauche ]
[ INPRECOR ]