Marche des femmes de l'an 2 000
Les femmes de l'Outaouais
critiquent le document de la FFQ

  Mercredi dernier, le 9 septembre, une trentaine de femmes de l'Outaouais se réunissaient pour discuter de la plate-forme et de la forme de la Marche mondiale des femmes de l'an 2 000. Gauche Socialiste a rencontré Jacqueline Loiselle, féministe syndicaliste à l'Alliance de la fonction publique engagée dans la lutte sur l'équité salariale et membre du PDS, qui faisait partie du comité organisateur de cette rencontre.

  Gauche Socialiste : Quelle était cette réunion qui s'est tenue mercredi dernier?

 Jacqueline Loiselle : C'était une réunion d'AGIR, l'Assemblée des groupes de femmes d'interventions régionales de l'Outaouais, qui, par l'entremise de son comité Solidarité internationale femme, se donnait comme objectif de réagir au document des revendications et des actions, proposé par la Coalition nationale des femmes contre la pauvreté sous l'égide de la Fédération des femmes du Québec qui a pris en charge l'organisation d'une marche mondiale des femmes pour l'an 2000.

  GS : D'où vient l'idée d'une marche mondiale des femmes?

 JL : Un groupe de marcheuses de la Marche "du Pain et des Roses" de 1995 en a lancé l'idée à la rencontre mondiale des femmes à Beijing en 1995 et l'enthousiasme suscité par cette idée a poussé la Fédération des femmes du Québec à en entreprendre l'organisation. Au début de l'été, au delà de 600 groupes dans 86 pays s'étaient déjà inscrits.

  GS : A quel stage en est rendu l'organisation de cette marche?

 JL : Actuellement, on demande aux groupes des différents pays de réagir aux propositions contenues dans le document de travail et le tout sera synthétisé dans une rencontre internationale organisée les 17 et 18 octobre prochain à Montréal où sera adopté le texte final des revendications pour lesquelles nous allons marcher. Les propositions touchent un ensemble de revendications mises de l'avant autour de la violence et l'appauvrissement des femmes ainsi que des scénarios d'actions.

  GS : Quelles sont ces revendications?

 JL : Les revendications produites dans le document d'étude viennent des consensus dégagés des rencontres internationales des dernières années et s'adressent principalement aux Nations Unies en proposant des modifications ou des ajouts aux ententes internationales existantes. Cinq revendications sont mises de l'avant pour chacun des deux volets, l'appauvrissement et la violence.

  GS : Vous, les femmes de l'Outaouais vous aviez à réagir à ces dix revendications. Qu'est-ce que les femmes de l'Outaouais en ont pensé ?

 JL : C'est sûr que nous ne pouvions nous opposer à aucune des ces revendications. Ce sont des revendications issues de rencontres internationales, rédigées dans un langage protocolaire et adressées principalement aux Nations Unies. Pour les femmes présentes, en majorité des intervenantes auprès des femmes en situation de crise, les revendications semblent, à la fois dans la forme et dans le contenu, répondre faiblement à la force des constats dont elles sont issues. Par exemple, « Nous les femmes du monde entier, marcherons pour la reconnaissance du nos droits fondamentaux en exigeant que l'ONU fasse des pressions extraordinaires pour que les États ratifient les conventions et les pactes... » Les autres revendications sont dans le même genre. Les femmes se sont dites déçues par le langage utilisé et aussi que l'organisme visé soit l'ONU.

  GS : Elles étaient déçues parce que ça s'adressait à l'ONU et non pas à nos gouvernements ?

 JL : La déception venait surtout du fait que ce genre de revendications adressées à l'ONU ça se fait depuis longtemps et ça ne semble pas pouvoir apporter beaucoup de changements sur le terrain. Et même si les protocoles et les pactes se multiplient, les pays, signataires des ces ententes, réussissent à les contourner. Par exemple, le Canada est signataire de la Convention sur l'égalité de rémunération et résiste depuis 14 ans à rendre justice à ses employées. Les femmes en ont ras le bol de ce processus sans fin: revendications, lois ou décrets, puis déception. Le "coup fourré" de l'économie sociale a aussi été mentionné comme exemple de déception. La marche de 1995 exigeait des infrastructures sociales que le gouvernement a détourné en économie sociale.

 Les femmes exprimaient aussi le voeux que l'expression écrite des revendication et aussi l'action choisie dégagent plus de mordant. Aussi, nous devions nous prononcer sur une action commune à entreprendre soit la recherche de signatures d'appui aux revendications mondiales par le plus grand nombre possible de gens. Encore là, la signature de cartes d'appui nous a semblé un moyen puéril et pas très mobilisateur de rassembler la population autour de nos revendications. Enfin, nous avons discuté de l'endroit le plus propice pour faire entendre notre colère. Le siège social du FMI et de la Banque mondiale, au lieu de l'ONU, a été mentionné comme alternative parce qu'ils sont des organismes qui font peser leurs exigences économiques à l'encontre des besoins les plus élémentaires des populations du globe, en santé et en éducation.

 Il fallait aussi se prononcer sur les différentes formes que pourrait prendre la marche. Marche mondiale à relais, marches locales, régionales, nationales. Il y avait tout cet aspect là à discuter.

  GS : Si on revient à cet aspect de la déception des femmes, est-ce que c'est un ras le bol de l'ONU finalement ?

 JL : Quelques unes ont mentionné que l'ONU semblait un corps représentatif mais plutôt inefficace. Il semble y avoir un désaveux général de l'efficacité des organismes mondiaux face au règlement des problèmes vécus par les pauvres, donc des femmes en majorité, dans tous les pays.

 Mais on n'a pas fait l'analyse de l'inefficacité de l'ONU. Mais certaines étaient d'avis qu'il y a comme un complot mondial en faveur de tout ce qui est rentable, qui rapporte de l'argent au détriment du bien-être et même de la survie des populations et que l'ONU ne semble ne rien pouvoir y faire.

 GS : Avez-vous proposé des exemples de revendications plus mordantes ?

 JL : Dans les constats sur la situation économique des femmes, la nécessité de l'annulation ou la réduction de la dette extérieure des pays en voie de développement est mentionnée. Mais on ne retrouve pas de revendications spécifiques pour ce constat. Les femmes l'ont relevé et ont aussi mentionné que le problème de la dette n'est pas spécifique aux pays en voie de développement mais que les gouvernements occidentaux se servent aussi de ce prétexte pour couper dans les services d'éducation et de santé et ainsi de conformer aux exigences du FMI. Nos revendications devraient refléter ce constat.

 Tous ces exemples montre bien qu'il y a une radicalisation de l'analyse que font les femmes de leur situation socio-économique. Cette radicalisation s'est aussi fait sentir dans l'organisation de la marche. On attache beaucoup d'importance à la visibilité mondiale de nos revendication et aussi qu'elles soient adressées à un lieu mondial de décision.

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