«Dynastie» à la Maison Blanche
Clinton pourrait être destitué. Clinton et Monica s'amusent à la Maison Blanche. Les détails scabreux des ébats de Monica et Clinton, le président et la cassette vidéo : tout ceci pourrait faire les gros titres des journaux américains. On se croirait en plein coeur d'une émission de Dynastie ou d'Aimée... Et c'est là le problème.
Tout est présenté comme une relation sexuelle entre Monica et Clinton : une stagiaire en recherche d'emploi et un président des États-unis un peu trop chaleureux. Mais il y a plus que le premier homme des États-unis et une jeune femme...il y a le harcèlement sexuel. L'accent est mis sur l'adultère alors que le vrai rapport de domination est mis sous le tapis.
Elle recherche un emploi, lui utilise son poste pour avoir des faveurs et lui faire des promesses. Le dévoilement du scandale Monica démontre cette dépendance et vient renforcer les affirmations de Paula Jones mais on préfère gommer le tout dans un sirop à la Danielle Stell.
En fait à travers Monica, c'est beaucoup le sort des femmes américaines qui est mis sur la table. La violence faite aux femmes, le harcèlement sexuel, les discriminations de toutes sortes sont légion en terre d'Amérique. C'est bien là que vit le fameux Johnson....Et la pauvreté...Des statistiques démontrent aux USA en 1994, la pauvreté chronique était de 14.1 % pour les Noirs, 13,5 % pour les Hispaniques et 3,8 % pour les Blancs. La pauvreté frappe d'abord les foyers dirigés par une femme seule et s'élève jusqu'au double du taux de pauvreté chronique déjà cité. (Le Devoir, 11 août 98, p.A5). Monica se cherchait une job, elle était chômeuse. Il ne faut pas l'oublier. Et cela fait partie de sa vulnérabilité et du pouvoir encore plus écoeurant de Clinton.
Mais ce qui ressort au niveau des médias, c'est le romantisme, c'est le sensationnel, ce sont les détails émoustillants et dans le meilleur des cas, des allusions aux enjeux électoraux américains. En effet, le scandale Monica sert bien les Républicains.
Mais bien peu de femmes américaines dénoncent le président. Le NOW, organisation féministe américaine, avait même appuyé Clinton jusqu'à tout dernièrement. Clinton a même été élu grâce aux votes des femmes. Alors le dénoncer implique toute une remise en question, toute une rediscussion des enjeux politiques pour le mouvement des femmes.
Signe d'espoir peut-être, les femmes au Soudan se sont mobilisées au lendemain du bombardement américain contre une usine de produits pharmaceutiques en dénonçant l'intervention américaine en montrant la diversion faite pour faire oublier Monica.
Ginette Lewis
20-09-98
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