Bouchard ou le spécialiste du slalom référendaire

par Bernard Rioux

Au dernier Conseil national du Parti québécois, Lucien Bouchard réussissait à se libérer de toute contrainte de tenir un référendum si son gouvernement était réélu. Il se donnait les coudées franches face au PQ. L'éventuelle tenue d'un référendum pouvait nuire à la réélection de son gouvernement suite au recul de la souveraineté. La question pour Bouchard n'est pas de chercher à expliquer ce phénomène et d'éclairer la responsabilité de son gouvernement dans ce fait. Il se ne pose même pas le problème de la remobilisation pour un objectif que ce parti prétend placer au centre de sa politique. Il s'agit plutôt d'écarter cet «irritant» du paysage politique en inventant la formule d'un «référendum gagnant.»

Les fondements de l’affaiblissement du soutien à la souveraineté

Depuis le référendum de 95, les sondages, les uns après les autres confirment la baisse de la popularité de l’option souverainiste. Pourquoi? L’essentiel de cette baisse doit être attribué à la gestion péquiste obnubilée par l’objectif du déficit zéro qui conduit ce gouvernement à s’attaquer aux services publics, à l’éducation et à la santé. En bref, si l’option souverainiste perd de sa force d’attraction, c’est qu’elle commence à être identifiée à des politiques néolibérales dont le gouvernement péquiste s’est fait le champion. Si malgré le mécontentement grandissant face à ce gouvernement dans le population, ce gouvernement voit les intentions de vote se maintenir et même augmenter, c'est que le seul adversaire dont les médias assurent la visibilité, le Parti libéral du Québec de Jean Charest, propose des solutions de la même eau, mais avec plus d'arrogance et de mépris pour l'ensemble de la population.

Un référendum reporté

En faisant adopter cette perpective du référendum gagnant à son dernier Conseil national, Lucien Bouchard, en s’appuyant sur les sondages, a réussi à se donner la possibilité d'abandonner, s'il le juge à propos, la tenue d'un référendum pour son prochain mandat. A son petit jeu, que reste-t-il au PQ de la perspective du référendum et de la lutte pour la souveraineté du Québec sinon celle d'un miroir aux alouettes pour tromper ceux qui peuvent encore être trompés sur les intentions véritables du gouvernement Bouchard. Le pire, ce qui montre le degré d'abandon de toute perpective de lutte, y compris par la prétendue gauche péquiste, c'est qu'il a réussi à imposer son pragmatisme de politicien à courte vue d'abord amoureux du pouvoir sans provoquer une crise même mineure au sein du PQ.

Soyons sûr que s'il reprend le pouvoir, un tel gouvernement  - marqué par l'usure d'un premier mandat, un gouvernement engoncé dans sa propre logique néolibérale et qui perdra avec la récession qui pointe le nez toute la marge de manœuvre qu'il croyait pouvoir disposer pour faire des concessions,   - continuera de pratiquer une politique de coupures et d'attaques antipopulaires.. Le report de la tenue d'un référendum à un éventuel troisième mandat restera-t-elle donc la seule perspective dont devra se contenter les militantes et les militants du PQ ?

Ce premier ministre considère la tenue d'éventuels référendums comme autant de piquets à éviter d'un slalom politique. Il a à ce dernier Conseil national abandonné clairement la lutte pour la souveraineté et les indépendantistes ont le droit de se demander s'il a déjà partagé cette perspective autrement que sur une base manipulatrice et racoleuse. Qu'il reste des péquistes qui refusent de voir cette réalité, montre à quel niveau de dénégation, à quelle fausse conscience, des militantes et des militants désespérés peuvent se hisser.

Parizeau a rapidement dénoncé le virage imposé par le premier ministre Bouchard au PQ. On se souviendra qu'il avait critiqué sérieusement le Bloc qui avait voulu abandonner la promotion de la souveraineté et qui s'orientait vers une défaite importante aux dernières élections fédérales. La réorientation imposée par Parizeau à la campagne du Bloc avait sauvé la mise. Il est vrai que le genre de manœuvre "rassurante" initiée par le premier ministre Bouchard peut s'avérer périlleuse car ce qu'il peut gagner chez les éléments plus conservateurs de la population qui vont de toute façon préférer Jean Charest, il va le perdre chez l’électorat le plus nationaliste dont une partie risque sinon de s'abstenir, du moins refuser de se mobiliser pour la réélection d'un parti plus que tiède sur la perspective de la souveraineté du Québec. Mais le jeu de Parizeau, c'est de se garder en réserve de la République pour des jours meilleurs pour lui. La seule alternative qu'il a à proposer face à la politique de Bouchard c'est la prêche souverainiste. Il est incapable d'expliquer que c'est la politique sociale de ce gouvernement, politique qu'il a lui-même initiée qui est au fondement du recul des appuis souverainistes dans la population.

Ce n’est pas une direction anti-ouvrière, antiféministe et anti-populaire, toute vouée à l’insertion du Québec dans la chaîne impérialiste nord-américaine qui mènera la lutte indépendantiste à son terme. La construction d’un parti des classes ouvrière et populaires, cherchant une alliance stratégique avec les forces progressistes du continent, est un impératif incontournable pour mener à terme la lutte indépendantiste. Et ce combat n'est pas à remettre au lendemain. Dès les élections actuelles, il faut se mobiliser pour soutenir les candidatures du Parti de la démocratie socialiste, seules capables de concrétiser les nécessaires ruptures avec le PQ, pas essentiel pour sortir de l'impasse stratégique actuelle.

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