par Marc Bonhomme
À la suite du gouvernement Harris, le PLQ propose la baisse des impôts comme principal moyen pour relancer l'économie. Ce n'est pas le PQ, et encore moins l'ADQ, qui va s'opposer à cette politique bien que, pour l'instant, le PQ continue de mordre avec rage dans l'os du déficit zéro. Tous ces partis néolibéraux acceptent en effet le dogme de la compétitivité fiscale, quel que marginal que soit ce facteur dans la décision d'investir des entreprises. Or depuis que le gouvernement Harris s'est mis à baisser l'impôt sur le revenu des personnes de 30%, cible qui sera atteinte en 1999 suite à une cascade de baisses qui aura duré quatre ans, l'impôt québécois sur le revenu des personnes n'est plus compétitif (bien que celui sur le revenu des entreprises le soit).
Nul doute que pour ceux et celles qui paient de l'impôt sur le revenu, ce qui en partant exclut les exclu(e)s, il puisse être tentant de voir positivement une diminution de leur fardeau fiscal. Quand on fait face à des revenus après impôts insuffisants, déclinants ou instables, en plus de services publics qui vont en se détériorant, il reste la baisse des impôts comme prix de consolation. À remarquer qu'il n'est jamais question de baisse des taxes de vente, ce qui en effet profiterait proportionnellement davantage aux bas salarié(e)s et encore plus aux exclu(e)s. À remarquer aussi que le plan Charest est encore plus régressif que la politique Harris puisqu'environ la moitié de la baisse reviendrait aux entreprises.
L'expérience ontarienne est à ce sujet éclairante. Selon une étude des Travailleurs unis de l'automobile, une famille de millionnaire recevra un rabais d'impôt de 60 000 $, soit 128 fois supérieur à la même famille hypothétique de quatre personnes ayant un revenu de 30 000 $ qui, elle, aura un rabais de 496 $, et 46 fois supérieur si le revenu familial était de 50 000 $. Quant aux familles gagnant 20 000 $ et moins, le rabais sera nul.
Même pour le travailleur syndiqué de l'automobile gagnant 75 000 $, son rabais n'équivaudra qu'à 70¢ de l'heure alors que le dernier contrat des TUA a augmenté ce salaire de base de 1.80 $ l'heure. Si on prend en considération dans l'équation la politique antisyndicale virulente du gouvernement Harris, on ne voit pas que le haut salarié soit gagnant, même sur une base étroitement corporative.
On pourrait toujours rétorquer que la masse de la classe moyenne fait que quand même les deux tiers des rabais d'impôt d'environ 4.5 milliards $ leur profiteront. C'est bien vite oublier que ces 4.5 milliards $ de revenus qui seront absents du budget ontarien de 1999-2000 se répercuteront en coupures supplémentaires dans les systèmes scolaire et hospitalier dont ces classes moyennes sont les principales bénéficiaires et les employé(e)s. Les fermetures d'une série d'hôpitaux, dont Montfort, et les grèves des enseignant(e)s en sont les conséquences.
Reste l'argument éculé que ces rabais d'impôt sont la cause de la croissance importante des emplois en Ontario en 1997. C'est ignorer l'impact de la reprise américaine sur l'industrie de l'automobile et les aciéries, sans compter le rôle de Toronto comme Mecque financière du Canada en période d'effervescence spéculative. Dans la mesure où cet argument a un fond de vérité, c'est que ces rabais d'impôt ont forcé le gouvernement Harris à être le plus keynésien des gouvernements du Canada par son déficit de 4.2 milliards $ pour l'année fiscale 98-99. Mais ce keynésianisme de droite aurait été autrement plus redistributif s'il avait été dépensé en services publics et en soutien du revenu.
Bien sûr l'Ontario reste quand même la province la plus riche du Canada et elle a été plus prospère que le Québec depuis la récession de 1990-91. Même en dépit de ces rabais d'impôt, les revenus du gouvernement ontarien ont crû de 16% de 1994-95 à 98-99, contre 10% pour le gouvernement québécois, et ces dépenses de programme ont baissé de 1.2% contre une baisse équivalente de 4% pour le Québec. On imagine les ravages qu'une telle politique aurait fait ou ferait au Québec. Sauf que la logique du libre-échange a ses impératifs surtout quand l'idéologie néolibérale en rajoute.
Pour briser cette logique et cette pensée unique, le PDS propose le gel des intérêts sur la dette publique et une taxation lourde des profits et de la richesse. Pour casser toute fuite des capitaux à la thaïlandaise, le PDS propose la nationalisation des institutions financières au moment de l'atteinte du plein emploi afin de pouvoir contrôler les flux de capitaux.
16/10/98
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