Le revenu de citoyenneté, idée révolutionnaire
ou
Capitulation face à lordre néolibéral ?
Par Alain Marcoux
Les éditions de septembre et doctobre de lAutJournal, lance une campagne en faveur du revenu de citoyenneté, cest à dire « un revenu distribué de façon égalitaire et inconditionnelle, cumulable avec les autres revenus, mais assez substantiel pour radier le risque du manque des biens premiers, pour réaliser lobjectif de la pauvreté zéro (revenu dexistence) ». Plus encore, « le revenu de citoyenneté, est présenté comme le meilleur moyen datteindre lobjectif de pauvreté zéro et de conter le chômage ». Bien que présentée comme une mesure « révolutionnaire », lidée dun revenu de citoyenneté est en fait une capitulation face à lordre néolibéral, une intégration du discours de « la fin du travail ».
« La fin du travail » ?
Lincapacité du système capitaliste dassurer un retour au « plein emploi » est aujourdhui évidente. Le patronat claironne maintenant quun tel retour en arrière ne fait plus parti de son objectif parce que tout simplement devenu impossible, mondialisation capitaliste oblige.
Quelle est lanalyse des défenseurs de cette mesure face à cette nouvelle période ? Ils disent : « Le phénomène de la réduction du travail se confirme, le plein emploi salarié devient une utopie, linsertion sociale par le travail est remise en cause ». Tout en semblant sopposer au néolibéralisme la proposition de revenu de citoyenneté est une capitulation devant le discours du patronat dimpossibilité du plein emploi salarié. Le postulat sur lequel est fondé cette proposition est celui de la « fin du travail » et du caractère inéluctable du chômage de masse. Cest un discours dadaptation à lordre capitaliste.
Bien sûr il y a réduction du travail salarié. La rupture entre la croissance de lemploi et la croissance du PIB ne date pas dhier. Cest vrai, laugmentation de la productivité, la croissance du PIB ne saccompagne pas dune hausse similaire du niveau de lemploi. Cest là un constat que nul ne peut nier. Cependant, il faut aller plus loin dans lanalyse. Quand a-t-il été de la durée du travail au cours des dernières décennies ? A t-elle diminué de façon inversement proportionnelle aux gains de productivité ?
La réponse est bien sûr négative. La durée légale et la moyenne des heures normales travaillée par personne nont pas ou peu diminuées depuis la fin des années cinquante. Alors que la productivité a plus que doublé depuis 1948, le temps de travail poursuivait une tendance à la hausse au Québec. Les gains de productivité (depuis laprès guerre) auraient dû permettre de réduire progressivement le temps travaillé. Il nen a rien été. Nest-ce donc pas du côté de la réduction du temps de travail, sans perte de salaire, que devrait être recherchée la stratégie de lutte pour le plein emploi ? Les 32 heures payées 40, comme le propose le PDS ? La réduction du temps de travail avec embauche compensatoire permettrait la création de nouveaux emplois. Elle permettrait aussi à ceux et celles qui travaillent « trop » davoir du temps libéré.
Une mesure de partage de la richesse
Bien plus quun simple moyen de créer de lemploi, la réduction de la semaine de travail, sans perte de salaire avec embauches proportionnelles et sans augmentation des cadences de travail, est en elle-même une mesure de partage de la richesse produite. Revendiquer la réduction du temps de travail, cest revendiquer aujourdhui une mesure de rattrapage des gains de productivité passés et, en ce sens, un dû. Ainsi, la hausse du taux horaire résultant de la baisse des heures travaillées implique nécessairement une réduction des transferts vers les actionnaires. Si elle est financée par des prélèvements sur les revenus financiers, la réduction du temps de travail équivaut à un transfert de revenu des « rentiers » vers les salarié-e-s. Elle équivaut à une ponction sur les capitaux qui sont transférés vers la sphère spéculative. La réduction du temps de travail implique donc un rééquilibrage de la répartition des gains de productivité et du revenu national en faveur des classes populaires. La revendication des 32 heures payées 40, contrairement à la proposition dun revenu citoyen, part du point de départ quune autre orientation de léconomie est possible, que le chômage nest pas une fatalité.
Le programme du Parti de la démocratie socialiste (PDS) articule la revendication de la réduction de la semaine de travail à 32 heures avec celle dun revenu minimum garanti. Celui-ci na rien à voir avec lidée du revenu citoyen. Le revenu minimum garanti constitue un minimum vital pour assurer la couverture des besoins essentiels. Mais avant tout, cest un moyen de forcer lÉtat à créer des emplois pour tout le monde. Un nombre élevé de sans-emploi, auxquels ont accorde un revenu équivalent au seuil de faible revenu de Statistique Canada, devient vite une pression sur lÉtat pour assurer le plein emploi. Cest complètement à lopposé du revenu citoyen qui se résigne à résout à un état de chômage permanent et qui met de côté la revendication historique du mouvement ouvrier, soit la réduction du temps de travail et le plein emploi. Décidément, le revenu citoyen na rien dune mesure « révolutionnaire » !
20 octobre 1998
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