La manifestation de la CEQ

Par Ginette Lewis

Les nouvelles télédiffusées ont rapporté entre 10,000 et 15,000 manifestantes et manifestants de la CEQ venu-e-s dire au gouvernement que l'équité salariale : c'est pour maintenant.

En fait, il y avait plus de 20,000 personnes soit une des plus grosses mobilisations de la CEQ des dernières années. C'était aussi une manifestation mixte, autant d'hommes que de femmes sur des revendications pour les femmes. L'équité salariale a en effet, pour principe de réajuster les salaires des femmes dans les ghettos d'emplois en les comparant à des jobs équivalentes dans des ghettos masculins. Les enseignantes du primaire parce que majoritairement femmes sont dévalorisées dans leurs échelles salariales par rapport aux professeurs du secondaire et du collégial, là où les hommes sont plus présents.

C'était aussi une manifestation où les jeunes étaient beaucoup présentes et présents. La prise massive de la retraite de la dernière année a amené un rajeunissement majeur du personnel enseignant. C'est évidemment un plus pour le système d'éducation. Et c'est à son avantage comparativement au secteur de la santé où le départ massif à la retraite n'a pas entraîné un remplacement intégral des postes mais plutôt à la miette et sans entraîner un rajeunissement de la main-d'oeuvre.

Mais surtout cette manifestation s'est faite dans la controverse la plus totale. Les autres centrales syndicales dans le secteur de la fonction publique ont obtenu en 1989 une première démarche d'équité salariale. La CEQ n'avait pas fait ce processus ; or avec la nouvelle loi sur l'équité salariale, la Centrale des enseignant-e-s doit entreprendre, pour être incluse dans la loi, une démarche avant le 21 novembre, date butoir de la loi. Mais en mobilisant pour obliger le gouvernement à lui accorder l'équité salariale, la CEQ irrite les autres centrales parce que cela se fait de façon trop rapprochée de la négociation de la nouvelle convention collective et que cela risque de vider le pot déjà pas assez gros.

Il y a en fait deux erreurs politiques sous ce raisonnement. Certes la CEQ est opportuniste, mais il faut arrêter de se contenter de miettes. Les promesses électorales commencent à démontrer clairement que le PQ a une bonne marge de manoeuvre... pour l'entreprise privée... pas pour le public. Il faut arrêter de respecter le déficit zéro. Ça ne fait que profiter aux autres qui eux ne se gênent pas. Alors la CEQ en allant chercher l'équité ne vide plus le bas de laine, mais ne fait que délier les cordons de la bourse. Il faut prendre le raisonnement à l'inverse. Mais quand on est trop proche du PQ, et qu'on accepte avant de partir négocier les paramètres du gouvernement : la démarche de la CEQ a de quoi jeter de l'huile sur le feu.

Deuxièmement, les autres centrales syndicales ont beau avoir déjà entrepris une démarche d'équité, l'équité salariale est loin d'être gagnée. En 1989,dans la santé, ce sont les employées du secteur bureau qui ont obtenu la parité avec le secteur de l'entretien ménager et certains titres chez les professionnelles comme diététistes ou bibliothécaires. Mais les autres titres et rajustements ?...Rien moins que rien... La secrétaire gagne toujours moins cher que le peintre. Rachel a peut-être changer d'échelle en 89 (c'était le slogan de la CSN), mais elle n'a pas gravi tous les échelons. Alors à laisser la CEQ faire cavalier seule, c'est la meilleure stratégie pour mettre les femmes au rancard, et pour perdre la force de frappe pour la nouvelle négo. Car il faut bien avouer que les simples revendications d'augmentations salariales (3.5 %, 4%, 4%) sont loin de soulever l'enthousiasme. L'équité salariale, de part sa dimension sociale et non simplement corporatiste, rallie, unifie et sensibilise la population à un enjeu majeur en plus de lutter concrètement contre le gouvernement et sa politique néolibérale dans la santé et l'éducation. Ce manque de solidarité va jouer contre toutes les femmes dans le secteur public. C'est bien dommage que les autres centrales aient été absentes de cette mobilisation.

 

[ Accueil de La Gauche ] [ Index de La Gauche ]
[ INPRECOR ]