Les lendemains
qui chantent des Bouchard et Charest

par   Marc Bonhomme

Tout le monde s'inquiète de la crise russo-asiatique qui a atteint le Brésil et menace la Chine. Les États-Unis – qui traînent l'économie canadienne à raison d'un surplus annuel d'environ 35 milliards $CDN d'importations sur leurs exportations canadiennes – donnent de forts signes de ralentissement sinon d'un début de récession.

 Le Financial Times du 17 octobre rapportait que « la production industrielle américaine baissait de 0.3 % en septembre par rapport au mois précédent, ce qui résultait en la pire performance des derniers trois mois en plus de sept ans, justifiant la baisse inattendue du taux d'escompte de la Banque centrale américaine de jeudi dernier [15 octobre, NDLR] ». Le taux d'utilisation des capacités de production industrielle a baissé de près de trois points de pourcentage de septembre 97 à septembre 98 au point que « la construction non-résidentielle, particulièrement pour les usines mais aussi pour les édifices à bureaux, a commencé à baisser, de rapporter le Ministère du commerce. » selon le New-York Times du 18 septembre dernier. The Economist du 24 octobre parle d'un credit crunch (atrophie des prêts) qui a atteint les marchés américains, d'où l'action précipitée de la Banque centrale américaine du 15 octobre.

 Des responsables politiquement sérieux devraient alors poser la question de quelles politiques adoptées pour que le Québec se tire d'affaires tout en contribuant de son mieux à une reprise mondiale. Bouchard et Charest préfèrent faire des promesses électorales qui supposent que la croissance va persister ad vitam æternam. Au dogme fédéraliste de Chrétien du meilleur pays au monde, Bouchard/Charest ajoutent le dogme du meilleur système au monde, le St-Graal du capitalisme à la croissance perpétuelle.

 À partir de cette hypothèse fantaisiste, le premier promet d'abord de remettre des sous dans le budget de la santé puis de baisser les impôts, le deuxième de d'abord baisser les impôts puis d'arrêter dès maintenant les coupures dans la santé. Ce débat virtuel style blanc bonnet bonnet blanc se fait, bien sûr, sur la base très réelle de l'atteinte du déficit zéro lors de la prochaine année fiscale par les coupures antisociales drastiques que l'on sait. Tout au plus Charest est-il prêt à substituer aux dernières coupures de Bouchard avant la fil d'arrivée une série de privatisations pour balancer les livres étant entendu, ce qu'il ne dit pas, que les usagers des services privatisés en assumeraient les frais nouveaux ou que les profits des entreprises commerciales privatisées iraient en accumulation du capital au lieu d'enrichir l'État.

 À quoi cela sert-il de choisir entre deux châteaux en Espagne dont personne ne verra jamais la couleur ? On convie le bon peuple à favoriser, à ses propres dépens, soit Québec Inc soit Canada Inc pendant que de toute façon Loblaw-Weston, un des plus gros trust canadian, s'apprête à mettre la main sur Provigo, un fleuron majeur de Québec Inc. Comment pourrait-il en être autrement dans le cadre du libre-échangiste ALÉNA pour lequel le PQ est peut-être un plus chaud partisan que ne peuvent l'être les Libéraux ? Au jeu cruel de la libre circulation des capitaux, les gros poissons aux deep pockets finissent toujours par bouffer les petits poissons même si on laisse à ceux-ci leur flag sur le hood pour mieux vendre aux natives. Et ce n'est pas un interventionnisme étatique pro-Québec Inc aux fausses couleurs social-démocrates qui va renverser cette tendance lourde.

 Le premier nous dit que son projet Québec Inc, dont il tait le Inc pour lui donner une parure populaire, nécessite un Québec souverain pour lequel sa politique du déficit zéro crée les conditions gagnantes d'un référendum accoucheur. Le deuxième prétexte un inexistant vent de changement dans les provinces canadiennes pour tasser son grand patron Chrétien qui ne fait que dire tout haut ce que pense tout bas la grande bourgeoisie torontoise même si ses idéologues du Globe and Mail préféreraient voir le main de fer dans un gant de velours.

 Mais qu'en sera-t-il des conditions gagnantes et des velléités décentralisatrices des provinces quand le vent frais du ralentissement économique automnal se sera transformé en verglas hivernal récessionniste ? On peut parier sur des conditions perdantes et un assaut centralisateur que seul les résistances populaires pourront empêcher ou atténuer. Mais ces résistances, pour grandir et se coaliser, auront besoin de voir à l'horizon l'espérance d'une alternative. C'est cette alternative d'un Québec pour tout le monde que le Parti de la Démocratie socialiste (PDS) veut populariser durant la présente campagne électorale tout en se construisant comme parti de masse par le recrutement et l'élargissement / approfondissement de son organisation.

 Le parti néolibéral du Québec, sorte de monstre à trois têtes, prône de sacrifier le peuple sur l'autel du capital même si les deux grosses têtes de la bête si chamaillent entre elles pour savoir quel capital favoriser. Le PDS propose aux travailleurs et travailleuses de tuer le monstre pour s'en nourrir. Pour le tuer il faut le priver de sa nourriture en commençant par le gel des intérêts sur la dette publique pour allouer ces fonds libérés aux affamés hôpitaux, écoles, Cégeps, universités, garderies, etc.. Ce serait suffisant pour arrêter le déploiement de la présente crise au Québec mais non pour libérer le peuple québécois du chômage et de la pauvreté ni donc d'un nouvel assaut de la crise.

 Pour arriver au plein emploi et au partage de la richesse, il faut d'une part réduire le profit à la source en imposant aux entreprises le 32 heures payés 40 pour que tout le monde travaille et d'autre part imposer à l'État la politique du revenu minimum garanti au seuil de faible revenu de Statistique Canada pour supprimer l'exclusion économique. Ainsi l'État sera fortement encouragé à assurer un travail à chacun sous peine d'un lourd fardeau budgétaire supplémentaire dû au chômage sur le dos du capital grâce à une politique fiscale taxant d'abord les profits et les hauts revenus.

 Comme le capital financier emploiera tous les moyens à sa disposition pour saboter ces politiques anticapitalistes grâce à sa maîtrise de l'épargne, même populaire, et des moyens de communication et transport, le PDS propose la nationalisation, payable au moment de l'atteinte du plein emploi, des institutions financières et des transnationales des communications et transport. Dans la mesure de la popularisation de cette alternative anti-capitaliste ouverte sur le socialisme, la classe ouvrière se reprendra à espérer et par là à se redécouvrir une ardeur pour la lutte sociale et politique.

31 octobre 1998

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