Toute référence à la crise qui ravage 40% de l'humanité a disparu de la première page des journaux depuis le 15 octobre, jour où la Banque centrale américaine a décrété une baisse surprise de son taux d'escompte. Depuis les marchés financiers se sont resaisis, c'est-à-dire que les spéculateurs délaissent les obligations d'État, d'où une hausse des taux à long terme, pour revenir à la Bourse, d'où une remontée des indices boursiers. Le Japon s'est doté d'un plan de relance, le Brésil recevra l'aide du FMI en retour d'un plan d'austérité et même la Russie vient de s'entendre avec ses créanciers étrangers pour le refinancement de sa dette à court-terme gelé depuis août dernier. L'annonce d'une baisse significative des taux de chômage canadien et québécois donnent même l'illusion d'avoir échappé à la crise.
C'est du pain béni pour les faiseux de promesses qui garantissent l'atteinte de leur déficit zéro tout en se chamaillant sur de nouvelles dépenses sociales et rabais d'impôt à même un surplus anticipé lesquelles dépenses, de toute façon, ne rétabliraient que l'innaceptable statu-quo de 1994 seulement en l'an 2004. La présente accalmie entre deux assauts de la crise permet une campagne électorale virtuelle en attendant les plates excuses post-électorales pour cause de crise « qu'on avait pas prévu ». Alors réapparaîtra la lutte contre le déficit mais cette fois-ci en mettant l'accent sur les privatisations pour balancer les livres. Le résultat en sera que, s'en faire trop directement de nouvelles coupures, on arrivera au même résultat par la privatisation, ce qui consolidera un système de santé à deux vitesses, une école des riches y compris dans le système public et un marché du travail, dite économie sociale, fait sur mesure pour les exclu(e)s.
Ceux et celles qui croient à la fin de la crise croient à tort que ses causes sont purement financières, comme, par exemple, un taux d'intérêt trop élevé ou un laxisme spéculatif qu'ont laissé faire les autorités monétaires. Que penser d'un quidam qui expliquerait qu'une auto fait du 120 kilomètres à l'heure dans une zone de 50 parce que le conducteur pèse trop fort sur la pédale à gaz ? C'est vrai mais encore. La spéculation, et les taux d'intérêt maintenus artificiellement élevés par des banques centrales de plus en plus indépendantes de tout contrôle politique, sont la conséquence inévitable d'une pléthore de capitaux qui ne trouvent pas à s'investir productivement. Cette surabondance est cependant causée par la contradiction structurelle au capitalisme entre des profits élevés dûs aux bas salaires et à l'exclusion sociale et l'étouffement du pouvoir d'achat dû aux bas salaires et à l'exclusion sociale.
La crise de surproduction est tout aussi inévitable sous le capitalisme que les ouragans dans les Caraïbes. Et elle se développe d'ailleurs de la même façon que Mitch : d'abord un ouragan qui dévaste les îles, puis l'accalmie, enfin la tempête tropicale qui ravage le continent. L'accalmie de la crise n'est pas, bien sûr, un phénomène naturel mais une conséquence de l'intervention des autorités monétaires qui baissent les taux d'intérêt mieux vaut une perte momentanée de revenu que la banqueroure et qui sauvent les canards boîteux comme le Brésil ou le super-spéculateur hedge fund LTDC dont les faillittes pourraient entraîner une débacle immédiate.
( Mais il n'y a pas de muraille de Chine entre désastres naturel et social. Si Mitch fait tant de dégats c'est d'abord parce que son ampleur est envenimé par l'effet de serre dû lui-même à l'industrialisation sauvage capitaliste ; que les grandes souffrances des Hondurien(ne)s et des Nicaraguayen(ne)s viennent en grande partie de la grande pauvreté de ces pays causée par l'exploitation impérialiste et des régimes locaux à leur service ; que l'incapacité financière des gouvernements de secourir leurs propres citoyen(ne)s vient en grande partie de la nécessité de ces pays à payer en priorité leurs dettes au Nord. D'où d'ailleurs la revendication du PDS d'annulation de la dette du tiers monde. )
En un mot, le système se tire momentanément d'affaire par un approfondissement de l'endettement privé qui prépare une crise plus grave, d'autant plus facilement que les capitaux internationaux se réfugient aux ÉU au rythme de plus de 200 milliards annuellement. Mais se tirer d'affaire pour combien de temps : 6 mois, un an, deux ans, jusqu'en 2004 ? Il n'y a bien sûr pas de limites théoriques à la fuite en avant de l'endettement surtout si les taux d'intérêt baissent jusqu'à quasi zéro comme au Japon.
Sauf que le Japon n'a pas évité la récession pour autant d'où un retour à l'endettement massif de l'État pour tenter de s'en sortir. Cruel retour des choses pour les tenants du déficit zéro. Et le succès n'est pas garanti à cause du credit crunch (pénurie de prêts) du système financier qui ne prête pas parce que les taux d'intérêt sont trop bas eu égard au risque de la crise. C'est le cercle vicieux de la politique monétaire : un taux d'intérêt trop élevé est un facteur de crise, un taux trop bas, étant donné le danger de crise, le devient aussi. Reste la politique des déficits que refuse les tenants du déficit zéro jusqu'à ce que le capital financier y consente pour sauver sa peau de la banqueroute sans pouvoir être sûr d'y arriver.
Quand « la tempête tropicale » de la crise s'abattera sur l'Amérique du Nord, une fois épuisé tous les moyens de défense monétaires et fiscales qui ne seront d'ailleurs déployés pleinement que s'il y a une pression populaire il faudra y répondre par une riposte populaire qui, pour vaincre les crises une fois pour toutes, devra ébranler la dictature du capital financier en gelant les intérêts sur la dette publique et en s'emparant de l'épargne populaire grâce à la nationalisation des banques.
7/11/98
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