Forum intersyndical
Approfondir le débat sur l'orientation stratégique
du mouvement syndical, une tâche essentielle !
Par Bernard Rioux
Vendredi le 6 novembre dernier, se tenait une rencontre du Forum intersyndical dans la région de Québec. Le thème de la rencontre était : "La négociation du secteur public, piégée par les élections et le déficit zéro ? Pour une stratégie gagnante." La rencontre a été ouverte par des panélistes connus ayant des responsabilités importantes : Jacques Cantin, président du Syndicat de l'enseignement de la région de Québec (SERQ-CEQ), Serge Morin, permanent du Syndicat de la fonction publique du Québec (SCFP-FTQ), Louis Roy, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) et Serge Roy, président du Syndicat des fonctionnaires provinciaux du Québec (SFPQ). Une cinquantaine de militantes et de militants syndicaux des trois centrales ont assisté à la rencontre.
Les obstacles
Tant les panélistes que les participantes et participants ont bien identifié les obstacles que le mouvement syndical devra dépasser s'il veut renforcer sa capacité de mobiliser pour de défendre les acquis des travailleuses et des travailleurs et pour contrer l'offensive néolibérale actuelle.
Le premier obstacle à surmonter est la logique corporatiste qui mine la solidarité, réduit les perspectives et rapetisse les horizons du combat. Les revendications deviennent étroitement sectorielles et ne sont jamais pensées dans leur dimension sociale. Cette logique nourrit la division intercentrale. Les rapports entre les organisations syndicales sont faits de suspicion et de procès d'intention où l'on voit l'action et les tactiques de l'organisation d'en face comme des moyens astucieux pour mettre la main sur le magot, c'est-à-dire assurer les meilleures concessions salariales pour leurs membres.
Ce rapetissement des revendications qui se nourrit d'une logique d'appareil rend de plus en plus difficile la concertation intercentrale. Quand on ajoute à cela les votes d'allégeance syndicale qui reviennent périodiquement et qui donnent lieu à des déchirements majeurs, la division dans les rangs syndicaux devient le pendant de la fameuse solidarité de classe qu'on peut voir dans les sommets économiques. Ne vit-on pas actuellement un tel processus dans le soutien scolaire, gros de tensions actuelles et futures.
Dans ce sens, les négociations du secteur public sont mal parties. La CEQ veut-elle partir avec le magot en instrument à son profit le thème de l'équité salariale ? Les infirmières de la F.I.I.Q. vont-elles utiliser le capital de sympathie dans le public pour tirer plus de concessions que les autres employé-e-s des hôpitaux. Les fonctionnaires vont-ils subir plus durement les attaques de l'État parce que la détérioration de leurs conditions de travail est moins bien connu que celles des employées de la santé ? En fait, le Front commun actuel s'est limité à des accords au sommet des différents appareils. Il n'y a pas eu de discussions larges entre les militant-e-s. Un programme de revendications unitaires n'a pas été établi. Et dans le contexte où le gouvernement sera nouvellement élu, rien ne sera très facile.
Au forum, les panélistes comme les militant-e-s ont convenu que l'acception de l'objectif du déficit zéro (plus sa proposition dans sa forme la plus dure, comme l'a rappelé Jean-Marc Piotte récemment dans Le Devoir) a été une erreur stratégique importante qui a désarmé le mouvement syndical. Cette erreur s'explique essentiellement parce qu'on n'a pas développé une vision politique autonome sur l'ensemble des questions auxquelles font face les classes ouvrière et populaires et si cela n'a pas été fait cela relève en gros des rapports ambiguës que les directions syndicales entretiennent avec le Parti québécois et cela depuis des décennies maintenant.
L'absence d'alternative
Les militantes et militants présentent au Forum représentaient bien la gauche syndicale et ses limites. Et parmi la principale limite, c'est le refus de l'action politique partidaire. Un membre de l'exécutif de la CSN a d'ailleurs fait une sortie à l'emporte pièce sur le fait qu'un parti politique lié aux classes ouvrière et populaires n'étaient pas une solution en s'appuyant sur les exemples européens. Il s'opposait à toute démarche politique. Il opposait l'organisation de mobilisations et les luttes locales où on peut remporter de petites victoires, qui s'accumuleront pour renverser la situation actuelle de détérioration de la situation de la classe ouvrière à toute perpective politique.
Si cette position économiste radicale n'était pas partagée par l'ensemble des personnes présentes. Par contre, peu de militant-e-s soutenaient la nécessité d'une politique partidaire, d'une politique qui dépasse la simple résistance aux offensives actuelles des classes dominantes. Pour la majorité, la nostalgie d'un syndicalisme militant du début des années 70 restait encore la référence essentielle.
Des perspectives différenciées
La remoblisation syndicale passerait par la défense de revendications unifiantes permettant de donner une dimension sociale aux combats du mouvement syndical et de commencer à dépasser les tendances qui l'affaiblissent. C'est là un point non négligeable. Mais la dimension politique de cette démarche unitaire n'est pas prise en compte. Le représentant du SCFP-Québec a même parlé de centrale unique mais son propos n'a reçu aucun écho véritable.
Des politiques de pression auprès des candidates et les candidats des partis bourgeois
En ce qui a trait au travail politique, la seule perspective avancée est celle de demander des comptes aux candidat-e-s des partis bourgeois. Ce travail se fait actuellement de façon séparée entre les différentes centrales et syndicats indépendants. Une concertation à ce niveau apparaissait souhaitable. Mais les agendas de chacun paraissaient bien établis et les souhaits à cet égard pourraient rester lettres mortes.
Le Forum comme lieu de réflexion critique
Cette rencontre a permis à des militant-e-s de différentes centrales de se parler, d'échanger, de tirer des bilans et de tracer des perspectives. Le travail du Forum est modeste mais essentiel car pour dépasser la crise stratégique actuelle que connaît le mouvement syndical, il faudra que ce type de rencontres se multiplient. Souhaitons que le bulletin de débats intercentrales que les militant-e-s du Forum se proposent de lancer puisse se concrétiser le plus rapidement possible. Nous avons un urgent besoin de ce type d'instrument.
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