Campagne électorale
Le dur retour à la réalité

par  Marc Bonhomme  

Finie la démagogie comptable de dépenser un surplus virtuel. Pour ceux et celles qui en doutent, la presse financière annonçait aujourd'hui que « les profits des entreprises canadiennes dégringolent » de près de la moitié au troisième trimestre de 1998 par rapport au même trimestre de 1997. Ce ne sont plus seulement les industries liées aux matières premières qui sont touchées mais toute l'industrie manufacturière qui subit le plein choc du dumping des exportations asiatiques rendues encore meilleur marché par les dévaluations résultant de la crise.

 On nous apprend aussi que la bonne tenue de l'économie américaine, dont les importantes importations nettes canadiennes sont l'ingrédient essentiel responsable de la croissance québécoise et canadienne, reposent avant tout sur l'accumulation d'inventaire. D'où le pessimisme des experts pour l'avenir. Exit les surplus anticipés. Bouchard et Charest, ces anciens ministres conservateurs, vont-ils pour autant réajuster leur tir et promettre de mettre fin à la politique du déficit zéro pour contrer la crise ? Il faudrait que la bourgeoisie ait une peur bleue d'une riposte des masses pour y consentir. Une grève du secteur public durant la campagne électorale aurait fait toute la différence. Mais mieux vaut une journée d'études sur l'équité salariale de la CEQ que le grand vide.

 La responsabilité des directions de la CSN et de la FTQ est ici immense. Que penser de cette campagne de la CSN, avec la collaboration du Bloc, pour dénoncer l'accaparement des 20 milliards $ de surplus de la caisse de l'assurance-emploi (sic) par le fédéral en pleine campagne électorale ? Tout le monde est pour des campagnes justes et vertueuses, évidemment, mais pourquoi ne pas aussi attaquer un gouvernement rendu vulnérable par une campagne électorale où il doit répondre de ces coupures dont il est aussi responsable que le fédéral ? S'attaquer au chat noir pour mieux se faire bouffer par le chat blanc, où est l'avantage ?

 Il aura fallu que ce soit la libérale – au sens de Parti libéral – corporation des médecins du Québec pour ramener sur le plancher des vaches cette campagne électorale où l'argent commençait à remplacer dans les arbres les feuilles tombantes. Tant mieux si les médecins ont ramené sur le devant de la scène les coupures de services et surtout le scandale de l'inaccessibilité des médicaments pour les bénéficiaires de l'aide sociale et les personnes âgées pauvres. Tant pis si c'était pour faire le jeu du PLQ. On voit d'ici tout le kilométrage qu'aurait pu faire un mouvement syndical revendicatif. Il n'aurait pas été nécessaire qu'une dénonciation militante du PQ bénéficie par défaut au PLQ ou à l'ADQ si ces partis avaient été clairement dénoncés.

 Faut-il ajouter qu'une riposte syndicale/populaire musclée aurait pu mettre en relief le programme du plus important parti ouvrier/populaire qui participe aux élections. Le programme du PDS ne propose-t-il pas « la fin des coupures dans les services publics [...] le rétablissement des acquis sociaux perdus depuis 20 ans » que financerait sans problème « le gel du remboursement de la dette publique, sauf pour les petits épargnants, au moins jusqu'à l'atteinte du plein emploi ». Quant aux médicaments, « un système de soins gratuits, universels et de qualité » ne nécessite-t-il pas d'évidence « la gratuité des soins dentaires et oculaires, et des médicaments » comme le revendique le Parti de la démocratie socialiste ?

13/11/98

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