QUI SERONT VÉRITABLEMENT PIÉGÉES ?
(Intervention dans le cadre du Forum intersyndical tenu le 6 novembre à Québec)

par Ginette Lewis

Les négociations du secteur public s'amorcent en ordre dispersé. Les trois centrales font front commun en façade mais en arrière-cour, maraudage, salissage et croc en jambe sont de mise.

Alors les pièges de la présente négo peuvent se situer dans les divisions intersyndicales, dans les limites autoproclamées du déficit zéro qu'on ne veut pas défoncer, dans les préjugés favorables au PQ et dans la stratégie de partenariat-concertation. Une analyse politique claire est donc nécessaire et essentielle pour saisir les conséquences de la situation actuelle.

Cependant une question souvent occultée doit devenir une des dimensions de l'analyse. Qui sont véritablement pris au piège dans la négo du secteur public ? Ce sont les femmes qui risquent de plus perdre.

D'abord sur la notion d'équité salariale. Actuellement, la CSN se fait les dents sur la CEQ et vis-versa. Mais quelque soit les définitions ou les interprétations concernant l'équité salariale, la discrimination salariale et l'inéquité faite aux femmes n'est en rien réglé pour l'ensemble des femmes quelle que soit l'allégeance syndicale. Dernièrment, Gérald Larose mentionnait qu'à la CSN 74 titres d'emplois se devait d'être restructurés.

Concernant le congés de maternité, les femmes à temps partiel ont vu leur droit à des prestations fondre au soleil avec le remaniement de la loi sur l'Assurance-emploi.

Quant au droit au travail, la dernière entente sur la retraite et les coupures de postes massives dans le secteur de la santé ont handicapé le réel droit au travail des femmes prolongeant l'instabilité et la précarité. Les conditions de travail ont aussi été grandement aggravées. Les surcharges de tâches ont causé burn out, dépression et maladies.

Les femmes sont donc les premières victimes de la rentabilisation gouvernementale, mais rien n'est dit sur cette situation. Dans la négo du secteur public, le spécifique femme passe au dernier rang pourtant ce sont majoritairement des travailleuses qui composent la fonction publique. Quant donc nos dirigeants syndicaux vont-ils traiter Bouchard de MACHO.

Tenir compte de la dimension femme dans la présente négo permettrait d'étendre les revendications à une dimension sociale et à une dimension de lutte contre la discrimination plutôt que d'apparaître aux yeux de la population comme les victimes des dernières négo qui veulent maintenant passer à la table et se graisser sans penser aux autres. Les luttes des femmes contre les injustices salariales et pour de meilleures conditions de travail lient aux yeux de la population justice et maintien de services de qualité. Ce qui permet de créer un climat d'accord populaire avec la lutte et les moyens de pression élément essentiel à établir un réel rapport de force pour les syndiquées. De plus la dimension femme permettrait de passer au-dessus des querelles de chapelles, des divisions intersyndicales et d'unifier l'ensemble car les revendications des femmes permettent aussi aux hommes d'améliorer leurs conditions.

Voilà pour les revendications.

Mais pour établir une stratégie gagnante pour les femmes, il faut plus qu'un ensemble de revendications unitaires et unifiantes. Il faut penser mobilisations. Ignorer la période électorale ou encore établir une trêve, c'est passer à côté d'un moment favorable pour créer un rapport de force en faveur des travailleuses.

Les décisions des centrales, chacune de son côté, de ne pas appuyer le PQ, comme cela s'est déjà fait, sont importantes.

Les mobilisations, les poursuites, le harcèlement et le questionnement des différentes candidatures des différentes formations politiques sont un minimum pour établir une stratégie de lutte. Mais, il ne faut pas oublier que la militance la plus importante ne réussit pas toujours à gagner. Les femmes se sont mobiliser par dizaine de milliers en 95, pour obtenir bien peut : le salaire minimum 6.45 $/l'heure. Elles ont continué en 96 avec la Vigile et vont récidiver en l'an 2000 avec la Marche de l'An 2000.

Mais il faut aller plus loin que les actions. Il faut penser utiliser le terrain politique. La candidature de Chartrand dans Jonquière a ouvert les portes à des perspectives, à de nouveaux champs de lutte. Il faut en finir avec le bipartisme qui nous enferme dans un grand cul de sac. Il faut voter pour des candidatures qui défendent un programme social, un programme pour les femmes, les jeunes, les personnes assistées sociales, un projet de société pour un Québec libre, démocratique et socialiste. Le PDS propose un tel avenir. Aux femmes de décider.

 

     [ Accueil de La Gauche ] [ Index de La Gauche ]
[ INPRECOR ]