Campagne électorale
La souveraineté pour le PQ, c'est la carotte pour faire marcher le peuple

Par  Marc Bonhomme

Pour arriver au grand soir de l'indépendance, ça fait plus d'une génération que le peuple québécois avale les couleuvres péquistes. Jamais aucun gouvernement fédéral ou provincial, pas même les gouvernements Klein ou Harris, n'ont réduit les salaires des employé(e)s de l'État de 20% comme le gouvernement Lévesque-Parizeau le fit en 1982. La tactique racoleuse du préjugé favorable aux travailleurs avait péri avec la crise de 1980-81 qui annonçait le début de l'ère néolibérale à laquelle le PQ s'ajustait avec plus de zèle qu'aucun autre gouvernement ailleurs au Canada.

 De retour au pouvoir, en 1994, le nouveau gouvernement Parizeau-Campeau, dans le sillage du nouveau gouvernement Chrétien-Martin élu en 1993, annonce une attaque en règle de l'État-providence exigée par le nouvel ALÉNA. Après le référendum de 1995, le nouveau gouvernement Parizeau-Landry appliquera sans pitié sa stratégie du déficit zéro ratifiée par les directions syndicales lors des grandes messes des sommets économiques. Tous ces sacrifices ont pour but, de dire Bouchard, de nous libérer de l'emprise de la haute finance, créant ce qu'il appelle dorénavant des conditions gagnantes.

 Pourtant, le programme du PQ, qui a oscillé de la souveraineté-association à la souveraineté-partenariat en passant par le beau risque de l'alliance Lévesque-Mulroney, n'a jamais été l'indépendance, mot honni dans le vocabulaire péquiste. Cette souveraineté trait d'union du PQ n'a été défini, dans les meilleurs moments, que par le pouvoir exclusif pour le Québec de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d'établir ses relations extérieures mais sans jamais déclarer vouloir s'affranchir ni de la monnaie canadienne ni de l'armée canadienne, ces deux attributs essentiels d'un État souverain, et toujours avec une association libre-échangiste avec le Canada. Le PQ veut ce que Québec Inc veut, le reste étant un discours de mystification et des tactiques d'astuces par des politiciens professionnels.

 Depuis plus de 25 ans, on encaisse les coups fourrés du PQ dans l'espoir d'une indépendance dont le PQ ne veut pas. Comment a-t-on pu se faire embarquer dans une telle galère ? Il y a, bien sûr, un normal esprit d'état de siège face à un nationalisme canadien de plus en plus chauvin envers le Québec et qui n'a pas craint, à deux reprises, en 1970 et en 1990, d'envoyer son armée pour restaurer la loi et l'ordre. Faut-il rappeler, qu'en 1990, la direction Parizeau a avalisé dans l'enthousiasme cette intervention fédéraliste contre la nation Mohawk qui luttait pour son droit à l'autodétermination.

 Le nationalisme canadien a engendré, en réaction, un nationalisme québécois qui bien que résistant légitimement à l'oppression du premier, se définit par les mêmes valeurs chauvines du culte de la différence et du drapeau, et de la domination et du mépris des nations plus faibles et des nationalités incluses dans le territoire nationale réelle ou revendiquée. Comme le dit la sagesse populaire : qui se ressemble, se rassemble. Les nationalistes tendent au même racisme contre les non-blancs, à la même xénophobie anti-immigrant et au même sexisme anti-femme et anti-gay (ne faut-il pas contrôler les génitrices de la nation… et s'assurer qu'elles génèrent). Dans les meilleurs des cas, les nationalistes démocrates, au-delà du discours, seront indifférents ou réticents à défendre ces opprimé(e)s.

 Cette association naturelle des nationalistes forts et des nationalistes faibles finit toujours par donner les mêmes résultats que l'association du pot de fer et du pot de terre, surtout quand elle s'étend à la sphère économico-sociale. Le but économique des nationalistes n'est pas la remise en question du système mais de s'assurer que sa nation soit une nation championne à l'intérieur du système. Dans un capitalisme libre-échangiste, il faut que toute la nation travaille — que le peuple se sacrifie — au succès de Canada Inc ou de Québec Inc.

 À cause d'une part de la loi de la concentration et de la centralisation du capital, accentué lors des crises, et d'autre part que les nations-États ont plus de moyens que les nations sans État ou avec un demi-État, le renforcement de Québec Inc aux dépens du peuple se fait en même temps qu'il s'intègre dans Canada Inc. Il n'est pas dit non plus qu'à terme, le renforcement de l'un et l'autre, ou plutôt de l'un dans l'autre, ne se fera pas au profit de l'impérialisme américain bien que l'existence de l'État canadien demeure un obstacle de taille à cette intégration. L'achat probable de Provigo, un fleuron de Québec Inc, par Weston-Loblaw, un fleuron de Canada Inc, symbolise la dynamique en cours à laquelle se résigne le PQ malgré les oscillations de son chef.

 La  force du Parti libéral du Canada et du Parti québécois, leur néolibéralisme, leur anti-démocratisme larvé, leur centralisme reposent sur leur nationalisme. Le nationalisme explique tant ces caractéristiques anti-populaires que la base populaire de ces partis. Au-delà de la conjoncture canadienne, le nationalisme a été historiquement le principal facteur légitimant la domination capitaliste. C'est lui qui a arrêté la mère des révolutions bourgeoises aux frontières de la France, qui a perverti cette révolution dans les conquêtes napoléoniennes. C'est pourquoi, dès le début, les forces anticapitalistes ont été résolument internationalistes : « Prolétaires des tous les pays, unissez-vous ». Telle fut la Première internationale.

 Mais contrairement aux internationalistes démocratiques de type citoyen(ne)s du monde, les internationalistes socialistes ont toujours fait la distinction entre le nationalisme des opprimé(e)s et celui des oppresseurs. Le nationalisme étasunien n'est que réactionnaire mais il y a dans le nationalisme canadien un brin d'anti-impérialisme inconséquent et limitatif comme l'a montré la campagne anti-AMI des Tony Clark et Maude Barlow. Évidemment, le côté progressiste, c'est-à-dire anti-oppression, du nationalisme québécois est encore plus marqué en ce sens qu'il s'oppose systématiquement au centralisme fédéral (les éternelles querelles sur le partage des pouvoirs) et à certaines politiques injustes surtout si elles affaiblissent Québec Inc, comme la part trop faible du Québec des budgets fédéraux de recherche-développement et d'approvisionnement.

 La sophistication du bloc nationaliste québécois permet à la filiale fédérale, le Bloc, une opposition à la pièce aux politiques anti-peuple, par exemple contre l'accaparement des surplus de la caisse de l'assurance-chômage, pour aider le grand-frère de Québec. Reste que le bloc nationaliste québécois montre son substrat réactionnaire dans ses prises de position envers les nationalismes aborigènes et dans ses dérapages ethniques face aux minorités nationales, ce dont profite amplement le nationalisme canadien qui fait pire mais qui contrôle les principaux moyens de façonner l'opinion publique, et ce dont n'est pas toujours conscient la gauche canadienne-anglaise.

 Incapable de rompre avec le capitalisme dont il est issu, penchant constamment vers l'anti-démocratisme au nom de la nation, le nationalisme des opprimé(e)s est tout à fait incapable d'aller au bout d'un projet de libération même si dans des conditions historiques favorables, comme dans l'après-guerre anti-coloniale ou dans le cadre de l'effondrement de l'empire soviétique, il peut faire un bout de chemin dans cette voie, y compris vers l'indépendance. Dans le meilleur des cas, cette indépendance aura un goût amer et même très amer puisque elle donnera le contenant sans le contenu, l'apparence de la libération dans un renouvellement des formes de la domination.

 Le projet de libération du Parti de la démocratie socialiste réconcilie la forme et le fond en associant libération nationale et sociale, libération du chauvinisme canadien et libération du capital. Seule cette association organique permet la construction d'une vaste alliance des exploité(e)s et des opprimé(e)s, d'atteindre les profondeurs des mouvements syndical et populaires, d'élargir aux nations aborigènes et aux minorités nationales, d'aller chercher l'appui actif du prolétariat canadien et la sympathie agissante des peuples du monde. La participation électorale du PDS se veut un moment privilégié pour fonder dans les masses ce projet de société que cherche le peuple québécois.

 22/11/98

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