Élections 98
Le sacre de Saint Lucien

Par Bernard Rioux

Avec 43,7% des vois et 48 élus, le PLQ qui a tenu essentiellement le même discours néolibéral que le PQ n'a pas été véritablement défait. Il a su compter sur une politique de la peur pour maintenir son parti dans la course. Le PLQ va constituer une opposition de droite à un parti de droite au gouvernement. Mario Dumont va jouer le rôle de la mouche du coche s'agitant pour que l'orientation du gouvernement péquiste soit encore plus clairement conservatrice et réactionnaire. La véritable opposition devra être extraparlementaire. C'est dans la rue qu'elle devra se rassembler ! 

Bouchard n'a pas gagné des élections la hauteur de ses espérances. Mais ces élections constituent un véritable sacre pour lui. Que de chemin parcouru depuis le vote de confiance mitigé du congrès du PQ, vote mitigé qui l'avait amené à une nuit de réflexion sur son avenir. Cette victoire sacre Lucien Bouchard Premier ministre du Québec et chef incontesté du Parti québécois. Il peut maintenant se permettre de prendre les libertés qu'il voudra avec le programme du parti et personne ne pourra, pour un bon moment, contester les orientations qu'il donnera au PQ et à son gouvernement. D'autant plus que le succès électoral du PQ le 30 novembre dernier a été, pour une bonne part, une victoire personnelle.

Lucien Bouchard
Souverainiste en théorie, réformateur du fédéralisme en pratique

 Lucien Bouchard a interprété la victoire péquiste comme un mandat de conclure une union sociale avec le Canada. Il s'est empressé d'utiliser le fait que les Libéraux de Jean Charest aient obtenu une pluralité des voix pour mettre le référendum en veilleuse. La politique du gouvernement péquiste visera, a affirmé le Premier ministre, à mettre en place «les mécanismes défensifs pour contrer les intrusions fédérales». Il refuse d'identifier cette politique à un travail de réforme du fédéralisme. Il faudrait alors parler d'une politique du beau risque remplaçant la perspective souverainiste… Le temps n'est pas encore venu pour Lucien Bouchard de dire le fond de sa pensée… Le temps viendra. Il suffira que Chrétien prenne sa retraite avec l'annonce des prochaines élections fédérales pour que Bouchard ressorte son discours sur le beau risque qu'il avait lui-même écrit pour Brian Mulroney

 Le nouveau cours qui s'annonce au PQ n'a pas semblé provoquer des interrogations chez les responsables péquistes. Pour les responsables régionaux du Parti, la politique de Lucien Bouchard semble la seule réaliste. On reparlera de la tenue du référendum dans deux ou trois ans, si ce n'est en fin de mandat. De toute façon, il faudra que les conditions gagnantes aient été réunies pour qu'une telle éventualité soit envisagée sérieusement. L'appel de Jacques Parizeau au Premier ministre de foncer vers la souveraineté ne semble pas avoir eu plus d'écho auprès des militant-e-s du parti que de Lucien Bouchard.

 Souplesse, pragmatisme, manipulation… En élaborant sa «thèse des conditions gagnantes à réunir avant la tenue d'un référendum», Lucien Bouchard a réduit l'option souverainiste à une possibilité parmi d'autres. L'objectif de la souveraineté risque de n'être plus qu'une référence qu'on se contentera d'évoquer les jours de fête. En d'autres termes, l'objectif de la souveraineté a été réduit à rien, la volonté d'exercer à tout prix le pouvoir est désormais l'essentiel…

 La crise stratégique du parti québécois n'a pas fini de rebondir. Aujourd'hui, le sacre de Lucien Bouchard écarte toute possibilité de remise en question. Mais quand, il lui faudra franchir le Rubicon et avouer que le référendum n'est «qu'une police d'assurance» et que l'affirmationnisme est sa véritable politique, comme René Lévesque s'était résolu à le faire en 1985, la crise d'orientation stratégique du PQ se transformera en crise de parti.

 Mais l'alternative offerte par Parizeau à l'orientation actuelle de Bouchard n'est pas tellement stimulante. Le petit essai qu'il vient de publier chez VLB, Le Québec et la mondialisation, Une bouteille à la mer ? est révélateur à cet égard. Monsieur propose d'abord et avant tout la protection de l'autonomie d'investissement de la Caisse de dépôt, d'Hydro-Québec, de la SGF et autres Innovatechs… Et pour protéger cette autonomie face au marché mondial, il ne faudrait pas attirer trop l'attention. Que les entrepreneurs québécois prennent leur place dans cette lutte de tous contre tous, voilà le seul rêve de Jacques Parizeau.

Un bon gouvernement … néolibéral !

 Le nouveau Premier ministre a rapidement interprété sa victoire comme un mandat d'appui a ses politiques. Des hauts dirigeants du Parti québécois ont prétendu que les attaques les plus dures contre la population dans la santé, dans l'éducation et dans la sécurité du revenu sont des choses du passé et que le deuxième mandat pourrait être plus tranquille et moins tourmenté. C'est oublier le contexte économique international. Le ralentissement de l'économie américaine est déjà en cours. La perspective d'une récession internationale n'est pas très éloignée ; cette dernière risque de se produire dans la première moitié du mandat péquiste et l'atteinte de l'objectif du déficit zéro, si chère au Parti québécois et à ses amis de Wall Street, risque de de s'éloigner au fur et à mesure qu'on prétendra d'enfin y parvenir.

 C'est pourquoi, Gérald Larose, président de la CSN, a raison lorsqu'il s'attend à «un bras de fer avec le gouvernement» dans les prochaines négociations du secteur public. Le relèvement des conditions de travail les travailleuses de ces syndiqué-e-s de ce secteur passera par le renouement avec les méthodes du syndicalisme de combat.

 Le mouvement syndical, les mouvements sociaux et la vaste majorité de la population du Québec ne retrouvera avec l'élection d'un gouvernement péquiste que la même intransigeance, la même lubie du déficit zéro, la même insensibilité aux besoins de la population. Encore une fois, il faudra compter d'abord et avant sur nos propres luttes et préparer d'arrache-pied une alternative politique qui nous ressemble !

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