Quel rendez-vous le parti de l'Action démocratique
du Québec-Mario Dumont a-t-il avec l'histoire
du Québec ?
par Bernard Rioux
L'ADQ de Mario Dumont a connu une montée importante de son soutien électoral aux dernières élections. Ce parti est passé de 6,48 % des voix en 1994 à 11,8% à 98. Il a donc plus que doublé son score. Ce phénomène mérite d'être expliqué.
Un programme réactionnaire sur toute la ligne
Lorsqu'on regarde le programme de l'ADQ, on se rappelle rapidement que son leader dirigeait l'aile jeunesse du Parti libéral du Québec durant le dernier gouvernement Bourassa. On y retrouve en effet les mêmes politiques présentées sous des dehors plus ou moins modernistes. Il reste que la fougue de la jeunesse de son chef conduit l'ADQ à situer son parti encore plus à droite que les partis bourgeois traditionnels.
C'est ainsi que l'ADQ n'a pas seulement comme objectif de parvenir au déficit zéro et de couper les programmes sociaux et de démanteler les services publics pour ce faire, il vise le paiement de la dette. Sa priorité, c'est l'enrichissement des banques, au mépris de l'appauvrissement du peuple. Bien sûr, il prend soin d'enrober le tout dans la sauce de la solidarité intergénérationnelle. L'ADQ s'oppose au développement d'un service public de garderies. Il préfère en ce domaine l'entreprise privée. Dans le secteur hospitalier, la médecine à deux vitesses ne lui fait pas peur. Dans sa logique de tout au privé, il a annoncé qu'il voulait mettre la hache dans la fonction publique et éliminer plus de 8 000 postes. Les organisations syndicales sont pour lui une cible de choix. Il a présenté un projet de loi pour faciliter la soustraitance et réduire la protection syndicale.
Pour ce qui est de la question nationale, il se fait le marchand d'une paix constitutionnelle. Il invite à la résignation. Il se contente de reprendre le programme autonomiste du rapport Allaire sans même esquisser l'ombre d'une stratégie pour faire plier Ottawa face à ces revendications.
La démagogie oppositionnelle
Il serait fort impressionniste d'interpréter le vote pour l'ADQ comme une politisation à droite de secteurs substantiels de la population. Il y a dans le vote adéquiste un vote typiquement petit-bourgeois, un vote de ces couches moyennes qui considèrent que la gestion néolibérale ne fait pas une assez bonne part aux petites entreprises qui veulent que les syndicats soient affaiblis et qui rêvent de voir baisser leur impôt.
Mais pour l'essentiel, ce n'est pas à cause de son programme que plus de 10% de la population a voté pour l'ADQ. En fait, la quasi totalité des personnes qui ont voté pour l'ADQ ne connaissait pas son programme. Ce n'est d'ailleurs pas ce dernier qui a été l'essentiel du discours de Mario Dumont au cours de la campagne. En fait, le discours médiatique de l'ADQ visait à se présenter comme une solution alternative, porteuse d'un véritable changement, s'opposant aux vieux partis croulants. L'ADQ a cherché à se présenter comme un parti jeune et moderniste, ayant un chef talentueux et télégénique qui n'avait pas peur de dire ce qu'il pensait et qui voulait éviter les manuvres politiciennes.
Relayée par les médias
Les mass medias ont choisi de donner à Mario Dumont et à son parti une couverture de presse à l'égale des autres partis. Alors que l'ADQ était passé , avec l'arrivée de Charest à la direction du PLQ de 10% des intentions de vote à moins de 5% et qu'il était resté à ce niveau jusqu'au mois de septembre 98, la couverture médiatique lui a permis de gonfler artificiellement son électorat.
Aidé par les médias et par les dirigeants des grands partis qui lui ont fait une place dans le débat des chefs, l'ADQ a réussi à devenir le véhicule des personnes qui rejetaient la gestion péquiste et qui refusaient de voter pour le PLQ, perçu comme un vieil appareil politicien. L'ADQ a réussi à récupérer les votes de protestation qui allaient aux dernières élections aux petits partis (dont certains de gauche) et aux candidat-e-s indépendants. Les petits partis ont recueilli le 30 novembre que 1,3% du vote contre 4,4% en 1994. C'est près de 100 000 votes des petits partis que l'ADQ seraient allés chercher. (Voir André Pratte, La Presse du 5 décembre 1998).
Quel rendez-vous le parti de Mario Dumont a-t-il avec l'histoire du Québec ?
La fonction politique de l'ADQ pour la consolidation de la domination politique bourgeoise est claire. C'est d'amener les personnes qui rejettent la gestion néolibérale et les manuvres politiciennes des grands partis dans une voie de garage. C'est de constituer un obstacle de plus sur le développement d'un parti des classes ouvrière et populaires pour vraiment défendre les intérêts de la majorité de la population. Le dépassement de ce genre d'obstacle passe par la construction d'un parti de classe et par la politisation des couches les plus larges de la population.
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