Faut-il s'instruire ?

Par Ginette Lewis

Fini la campagne électorale, revenons aux choses sérieuses. Deux rapports blâment le gouvernement canadien pour la pauvreté chez les enfants. Parler des enfants pauvres, ça fait misérabiliste, ça fait bon capital politique pour l'opposition et ça, ça me gêne un peu. Car s'il y a des enfants pauvres, il y a surtout des parents pauvres...et surtout des mères pauvres...pourtant ça, s'est passé sous silence.

Ce qui me dérange aussi c'est de présenter les enfants pauvres comme une erreur dans le beau pays du Canada...Comment ça se fait qu'il y ait des enfants pauvres au Canada ? Les effets de la mondialisation sont ainsi passés sous silence.

Mais un des aspects de la pauvreté, c'est celui de la scolarisation. C'est inquiétant. L'UNICEF publiait cette semaine un rapport signalant qu'un enfant sur cinq (21 % soit 130 millions d'enfants) dans les pays non industrialisés ne sont pas scolarisés. L'Asie du Sud avec 68 % des enfants scolarisés et l'Afrique subsaharienne avec 57 % illustrent clairement cet indice de pauvreté. ( Le Devoir, 8 décembre 1998, p. B5, selon AFP ). A cela, il faut ajouter les enfants qui ne finissent pas leur cours élémentaire et demeurent des analphabètes fonctionnels. Ce sont 150 millions d'enfants. 67 % des enfants en Afrique subsaharienne, 59 % en Asie du Sud et 74 % en Amérique Latine ne réussissent pas à faire leur 4e année. (IDEM)

Fait particulier à signaler : 2 enfants sur 3 non scolarisées sont des filles soit 73 millions sur les 130. (IDEM). Pourquoi ? Elles doivent assumer le travail de survie et le travail invisible et gratuit de l'entretien du foyer.

Je me trouvais bien chanceuse d'être au Québec, où les femmes peuvent et même depuis, quelques années dépassent en scolarisation et dans certaines disciplines les hommes. Par exemple, les femmes sont majoritaires dans les études de premier cycle universitaire. Je croyais cela jusqu'à ce que je lise un article sur l'endettement des étudiants. A la fin de l'article (Le Devoir, 9 décembre 1998, p. A4, Paule Des Rivières), il est fait mention que les filles sont plus endettées, pour leurs études universitaires, même si elles sont majoritaires, de 1000 $ en général de plus que les gars et qu'elles ont plus de difficultés à rembourser (20 % des femmes contre 15 % pour les gars). A signaler leur salaire en 1996, date des statistiques, était inférieur de 3700 $ au salaire des hommes..

Alors j'ai compris que le rapport de l'UNICEF nous touchait aussi sous une autre forme. Ça s'appelle, je crois, la discrimination faite aux femmes.

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