Mumia Abu-Jamal est un symbole vivant de détermination. Malgré sa situation, il refuse de se taire, il parte d'une voix forte depuis le couloir de la mort et cite les Etats-Unis au banc des accusés. Autour de lui s'est formée une formidable coalition qui regroupe une bonne partie de la communauté noire, certains communautés religieuses, toute la gauche et l'extrême-gauche américaines, beaucoup de libéraux et de militants des droits de l'homme et même l'Association américaine des policiers noirs. En 1995, une mobilisation internationale avait forcé le juge Albert Sabo à suspendre l'arrêt de mort signé par le gouverneur Ridge, au moins le temps que durerait les procédures légales engagées à l'époque. Ces procédures ont été épuisées le 29 octobre dernier et depuis, la vie d'un homme est en danger. Déjà des manifestations ont eu lieu un peu partout dans le monde. À Philadelphie, au début novembre, plus de 5 000 personnes ont exigé sa libération ; à Montréal, Toronto, Paris et Londres, on a également pris fait et cause pour le prisonnier politique.
Qui est cet homme ? Mumia Abu-Jamal est un père de famille de 44 ans qui croupit injustement en prison depuis son arrestation le 9 décembre 1981, pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Il fut condamné à mort le 3 juillet 1982. Depuis lors, malgré plusieurs irrégularités lors de son premier procès, et un dossier particulièrement bien étouffé prouvant, sinon son innocence, du moins que la justice élémentaire réclamerait un nouveau procès ; tous ses appels ont été rejetés. Le dernier en date, une requête de recours "post condamnation" engagée en 1995, a été rejeté par la Cour suprême de Pennsylvanie le 29 octobre 1998.Rappelons brièvement les faits. Le soir du 9 décembre 1981, Mumia Abu-Jamal exerçait son métier de circonstance - la station de radio qui l'employait l'ayant récemment congédié parce qu'elle le jugeait trop militant, il était devenu chauffeur de taxi dans les quartiers populaires de Philadelphie.
Par hasard, il tombe sur une opération policière de routine : Daniel Faulkner, un policier blanc, est en train de tabasser un Noir. Il s'avère que l'homme noir est le frère de Mumia, mais ce dernier ne le sait pas encore. Il arrête son taxi et en sort pour intervenir, savoir ce qui se passe. Un échange de coups de feu a lieu et lorsque la fumée se disperse, deux hommes baignent dans leur sang, seul Mumia Abu-Jamal survivra, et c'est probablement là son seul crime.
Une injustice grave Mumia Abu-Jamal n'est pas condamné à mort parce qu'il a tué un homme. La vérité est ailleurs. D'abord, s'il avait réellement tué un homme, comme la «justice» américaine le prétend, il serait déjà sorti de prison. En effet, les meurtriers, aux États-Unis, sont incarcérés pendant neuf ans en moyenne, et Mumia est en prison depuis plus de seize ans. D'autres facteurs, qui pèsent beaucoup plus lourd que le crime dont on l'accuse, jouent contre lui.Sur le plan politique, Mumia Abu- Jamal représente probablement la combinaison la plus menaçante possible pour l'élite américaine. Mumia fut un militant communiste noir, membre fondateur des Black Panthers dans sa ville. Au moment de son arrestation, c'est une personnalité montante un journaliste radio récipiendaire d'un prix d'excellence, président de l'Association des journalistes noirs , qui n'a pas renié ses convictions : dans le ghetto on le surnomme la «voix des sans-voix» à cause de ses commentaires quotidiens qui dénoncent toutes les injustices et mettent souvent en cause l'Administration municipaIe. La police le suivait de très près depuis ses quinze ans, elle avait essayé de le mettre hors circuit a quelques reprises dans le passé sans jamais réussir à le coincer. Le 9 décembre 1981, elle a eu sa chance et elle ne l'a pas ratée.
Son procès fut aussi entaché d'irrégularités. D'abord, la défense ne put amener à la barre les témoins quelle avait. Un policier qui contredisait un témoin de l'accusation est mystérieusement en vacances, d'autres qui avaient vu un homme s'enfuir sont introuvables, le frère de Mumia prend le maquis pendant plus de treize ans, etc. Ensuite, les témoins de l'accusation sont loin d'être irréprochable : tous ont des démêlés avec la police, tous n'en auront plus après le procès et treize ans plus tard trop tard , plusieurs se rétracteront. Jusqu'au rapport de balistique, enfin, qui est contesté.
Un procès politique Des le début, presque tout est contre Mumia. D'abord i1 est noir et pauvre, l'homme qu'on l'accuse d'avoir tué est blanc et policier. Le procès de Mumia fut présidé par un juge bien particulier, un dénommé Alberto Sabo. Cet homme-là a condamné à mort plus de personnes que n'importe quel autre juge en activité aux États-Unis et est membre à vie de la Fraternité des Policiers de Philadelphie (c'est assez pour que beaucoup le qualifient de réactionnaire). Le jury choisi fut blanc et de classe moyenne. Le seul facteur qui aurait pu jouer en faveur de Mumia, c'est qu'il est un intellectuel : il aurait très bien pu se défendre lui-même mais on lui a refusé ce droit en arguant qu'il intimidait le jury. On lui a plutôt commis d'office un avocat (ce dernier fut rayé du barreau quelques années plus tard pour incompétence c'est tout dire).Déjà le jury avait un préjugé défavorable envers l'accusé mais de surcroît l'accusation s'est efforcée tout au long du procès de prouver que Mumia Abu-Jamal avait toujours rêvé de casser du flic. Pour prouver que le meurtre était prémédité, on est allé jusqu'à produire un article de journal vieux de dix ans ou Mumia cite Mao en disant que «le pouvoir est au bout du fusil». Le pire c'est que ça a marché, un jury divisé (quatre contre trois) a condamné Mumia Abu-Jamal a la peine de mort pour meurtre au premier degré.
Mumia Abu-Jamal est dans le couloir de la mort depuis seize ans. On a essayé de l'enterrer vivant. En vain. Depuis huit ans, il a repris son travail de journaliste engagé. Ses textes ont été publiés dans plus d'une quarantaine de périodiques en Amérique du Nord et en Europe. Ils ont été rassemblés dans deux recueils qui sont largement diffusés. Nous ne pouvons laisser les États-Unis assassiner Mumia Abu-Jamal, ce serait un crime contre le peuple, un meurtre dans la lignée de ceux de Martin Luther King ou de Malcom X. Seule une mobilisation internationale pourra empêcher l'exécution et arracher la libération de Mumia. Le moment d'agir, C'EST MAINTENANT.
Mumia Abu-Jamal est l'auteur du livre, En direct du couloir de la mort, publié aux éditions La Découverte en 1996.
Que faire pour la libération de Mumia ? D'abord des pressions sur le gouverneur Thomas Ridge (Tél. : 1-717-787-2500; fax ; 1-717-783-4429) et sur le consulat américain local (Tél. : 692-2095). Ensuite rester informé en allant visiter le site web suivant : http://www.mumia.com .Une coalition devrait se mettre sur pied dans la région. Pour être tenu au courant des manifestations et autres actions (comme des chaînes téléphoniques et pétitions), laissez vos coordonnés au 522-0454.
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