Le manifeste du Rassemblement pour une alternative politique :
Un manifeste social-démocrate
qui ne confronte pas le pouvoir
de la haute-finance et des monopoles !

Par Alain Marcoux

Le congrès spécial du RAP, tenu à Montréal les 7 et 8 novembre 1998, a permis à celui-ci d’adopter son manifeste intitulé : Pour que renaisse l’espoir. L’adoption de ce manifeste faisait suite aux débats préalables tenus lors de son congrès de fondation en mai 1998. Le RAP possède donc maintenant un document reflétant sa base d’unification politique. Bien qu’il marque une rupture avec les politiques du « parti unique néolibéral » , le manifeste du RAP n’articule aucune perspective anticapitaliste explicite allant dans le sens de libérer les classes populaires des « griffes du capital financier ». Au-delà des constats généraux, le manifeste reste muet quant à l’énonciation de propositions concrètes visant à désarmer le Capital.

Quelle stratégie opposer à celle du déficit zéro ?

Dans les constats qu’il tire, le manifeste du RAP illustre très bien comment le déficit est utilisé comme arme d’intimidation pour justifier les multiples compressions que nous subissons. On y explique aussi l’origine de la dette accumulée et des déficits récurrents. C’est sans détour qu’on identifie les banques, les compagnies et les riches comme les responsables de l’endettement, mais aussi comme ceux qui en ont profité. Plus loin, ont y déclare la nécessité que nos impôts financent en priorité des programmes publics de création d’emplois qui soient universels et gratuits dans les domaines de la santé, de l’éducation, des garderies, etc. Après avoir fait ces constats, le manifeste se contente d'une formule générale telle que «il faut désarmer ce pouvoir économique mondial et le mettre hors d’état de nuire ». On aurait pu s’attendre à des propositions plus concrètes ! Comment en effet peut-on mettre désarmer les banques et les monopoles ? Quelles sont les propositions qui auraient pu être mises de l’avant dans ce manifeste ?

Tout d’abord pourquoi ne pas commencer par proposer le gel du paiement des intérêts de la dette publique jusqu’au plein emploi. En effet, nous voulons créer des emplois par des programmes publics visant à répondre à des besoins publics non comblés, mais une importante portion de nos impôts (25% des impôts payés au Québec en 97-98) va au paiement des intérêts sur la dette. C’est globalement, plus du quart de nos impôts qui va directement dans les poches des riches et des banques au lieu de contribuer au plein emploi. Le service de la dette représente le principal obstacle à un véritable combat contre le chômage qui passe par le financement de grands projets d’investissement dans les domaines négligés ou abandonnés depuis les dernières années : services publics, santé, éducation, logement, dépollution, rénovation des quartiers populaire, etc. Nous avons un choix stratégique à faire, soit nous donnons priorité aux banques et aux riches et on met de côté nos programmes sociaux, soit on coupe dans le paiement des intérêts de la dette et on taxe plus les profits, les revenus élevés et la richesse pour arrêter les coupures. Choisir la seconde option, c’est une façon concrète de désarmer le capital financier.

 Partager la richesse sans s’attaquer à ceux qui la concentrent entre leurs mains !

Mettre de l’avant, comme le fait le manifeste du RAP, une fiscalité « équitable » comme mesure de redistribution de la richesse sans aborder la question du service de la dette, c’est ne pas comprendre le rôle fondamental que joue aujourd’hui les banques et les institutions financières dans l’appauvrissement des classes populaires. De plus, non seulement on ne parle pas d’imposition lourde sur la fortune accumulée qui reste là en « jachère spéculative », mais on ne parle même pas de progressivité de l’impôt sur les revenus du capital. Rien dans tout ce qui est proposé ne permet de répartir réellement l’énorme réservoir de richesses accumulées et concentrées dans les mains des banques et des riches particuliers. Cette richesse énorme est le résultat de la grève de l’impôt des compagnies et des riches depuis les dernières décennies. Avec cet argent, ils ont prêté aux gouvernements à taux d’intérêt élevé grâce à la complicité de la Banque du Canada.

 Il n’est donc pas question pour l’avenir de réclamer une fiscalité équitable, mais de mettre de l’avant des mesures qui visent à redistribuer cette richesse accumulée et mise à l’abri. Non seulement les capitalistes ont-ils pu mettre ces richesses à l’abri de l’impôt, mais aujourd’hui ils ne cessent de s’enrichir avec les intérêts que nous leur versons années après années. Si l’instauration d’une « fiscalité équitable » signifie pour le RAP imposer davantage les profits, les revenus élevés et la richesse pour rembourser la dette, cela revient en fait à leur prendre d’une main pour leur redonner de l’autre sous forme d’intérêts ! Non vraiment, seul le gel du paiement de la dette publique permet de véritablement redistribuer la richesse et de mettre de l’avant une politique de plein emploi.

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